updated 26 January 2021
© Patricia Dietzi/Durand

Betsy Jolas

Compositrice franco-américaine née le 5 août 1926 à Paris.

Compositrice franco-américaine née à Paris le 5 août 1926, Betsy Jolas baigne, jusqu’à l’été 1940, dans le milieu artiste parisien de la revue transition (1927-1938), fondée par ses parents.

De 1940 à 1946, la famille vit à New York. Betsy Jolas obtient son Bachelor of Arts au Bennington College, après avoir participé, comme choriste et accompagnatrice, aux Dessof Choirs, dirigés par Paul Boepple, également directeur de l’école Dalcroze dont elle est élève. Révélateur des polyphonistes du Moyen Âge et de la Renaissance, Boepple l’initie au contrepoint et à l’harmonie. Elle travaille l’orgue avec Carl Weinrich et le piano avec Hélène Schnabel.

De retour à Paris elle suit, à l’École normale, la classe d’Arthur Honegger, puis, sur l’avis d’André Marchal, entre au Conservatoire, où elle obtient un Deuxième Prix de fugue (1953), dans la classe de Simone Plé-Caussade. Lauréate au concours de direction d’orchestre de Besançon (1953), elle poursuit en 1954 sa formation en analyse, auprès d’Olivier Messiaen (Première Mention, 1954), et en composition, chez Darius Milhaud (Deuxième Accessit, 1955).

De 1955 à 1970, chargée de programmation à la radio, elle reçoit, soutenue par Henri Dutilleux, de nombreuses commandes (cantates radiophoniques, pièces orchestrales). Entre 1971 et 1974, elle assiste Olivier Messiaen au Conservatoire, avant de lui succéder en qualité de professeur d’analyse (1975), puis de composition (1978-1992). Dès la fin des années 1970, elle enseigne aussi aux États-Unis : Yale, Berkeley, Harvard, Mills College (Chaire Darius-Milhaud).

Alors que Monteverdi, connu dès avant la guerre, puis Debussy, révélé par le disque à New York, guident sa vocation, Betsy Jolas, fascinée par le premier Webern, demeure néanmoins à distance de l’école de Vienne, ne cherche pas la rupture alors revendiquée avec le romantisme et se montre attentive aux compositeurs d’Outre-Atlantique. Des rencontres décisives, de durables amitiés se créent avec Iannis Xenakis, Gilbert Amy, Jean-Claude Éloy, André Boucourechliev, puis, dans les années 1970, avec Earle Brown, Elliott Carter, George Crumb, Morton Feldman, John Cage… En contact fréquent avec Pierre Boulez, qui programme aux concerts du Domaine musical Quatuor II (1966), elle est aussi en lien régulier avec Luciano Berio et Karlheinz Stockhausen.
Jouée dans divers festivals (Royan, Avignon, Paris, Strasbourg), elle reçoit d’importantes commandes, aussi bien de l’État français, dont Schliemann (1982-1993), avec le concours de l’Opéra de Lyon, que d’institutions étrangères : Tales of a Summer Sea (Festival de Tanglewood, 1977), A Little Summer Suite (Orchestre philharmonique de Berlin, 2015).

Sensibilisée dès son enfance à la réciprocité des arts et au dialogue Europe/Amérique, elle interroge doublement la musique à travers l’ambiguïté de la vocalité et du dire poétique, et l’identification de l’instrument à une voix parlante, sinon à un personnage. Aussi les titres de ses partitions inversent-ils genres et formations : D’un opéra de voyage (1967), pour vingt-deux instruments, ou Sonate à 12 (1970), pour douze voix solistes sans texte. De là l’attention de Betsy Jolas aux poètes, écrivains et hommes de théâtre, parmi lesquels Pierre Reverdy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Bernard Sobel ou Bruno Bayen, ainsi qu’aux artistes (Sam Szafran, Diego Giacometti, Jean-Paul Riopelle, Joan Mitchell). L’œuvre abondante de Betsy Jolas, parce qu’elle recherche l’imprévisible fluidité d’un « bâti sans coutures », souscrit à des formations diversifiées qui évoquent dans leur désignation aussi bien des genres et des formes répertoriés (opéra, motet, concerto, sonate…), qu’imprécises (figures, tranche, états, épisode…).

Sa carrière jalonnée par divers prix s’orne de nombreuses distinctions : Prix de la Fondation Copley de Chicago (1954), Prix de l’ORTF (1961), Prix de l’American Academy of Arts (1973), Fondation Koussevitzky et Grand Prix national de la musique (1974), Grand Prix de la ville de Paris (1981), Grand Prix de la Sacem (1982), Prix international Maurice-Ravel et « Personnalité de l’année » pour la France (1992), Prix Sacem de la meilleure création de l’année (1994), Prix René-Dumesnil (2003), Prix du Président de la République (2012). Betsy Jolas est par ailleurs professeur honoraire au Conservatoire de Paris, membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres (1983) et de l’Académie américaine des Arts et Sciences (1995), Commandeur des Arts et Lettres (1985), Officier de l’Ordre national du mérite (2001) et de la Légion d’honneur (2011).


© Ircam-Centre Pompidou, 2021

Sources

  • Site de Betsy Jolas (voir ressources documentaires) ;
  • Xavier Hascher, Editions Billaudot.

Catalog sources and details

Compositions pour des courts-métrages
  • Aventure en Laponie (1956, produit par Pierre Braunberger)
  • Poussins d'un jour (1956, produit par Pierre Braunberger)
  • Photo Souvenir (Henri Fabiani, produit par Pierre Braunberger, « Les Films de la Pléiade », 1960, la musique composée par Betsy Jolas ne sera finalement pas retenue)

Catalog source(s)

Compositions pour des courts-métrages
  • Aventure en Laponie (1956, produit par Pierre Braunberger)
  • Poussins d'un jour (1956, produit par Pierre Braunberger)
  • Photo Souvenir (Henri Fabiani, produit par Pierre Braunberger, « Les Films de la Pléiade », 1960, la musique composée par Betsy Jolas ne sera finalement pas retenue)

Liens internets

(liens vérifiés en janvier 2021).

Bibliographie

  • Betsy JOLAS, « Interview by Guy Livingston », Paris Transatlantic Magazine, 2 décembre 1993 (lien vérifié en janvier 2021).
  • Betsy JOLAS, Molto espressivo, textes rassemblés, présentés et annotés par Alban Ramaut, Paris, L’Harmattan, coll. « L’Itinéraire », 1999.
  • Betsy JOLAS, D’un opéra de voyage. Entretiens avec Bruno Serrou, Paris, Cig'art, 2001 (voir également, dans les archives de l’Ina les Grands Entretiens, série « Mémoire musique », entretien de Bruno Serrou, réalisation de Jean-Baptiste Mathieu (lien vérifié en janvier 2021).
  • Betsy JOLAS, De l’aube à minuit, écrits et entretiens réunis et édités par Alban Ramaut, Paris, Hermann, coll. « Gream / Création contemporaine », 2017.

  • Marie-Jeanne CHAUVIN, « Entretiens avec Betsy Jolas », Courrier musical de France, 28 (1969), p. 163-173.

  • Makis SOLOMOS, « Musique — Entretien avec Betsy Jolas — Des féroces modernes à la postmodernité », Le Monde de l’éducation, 316 (2003), p. 17-25.
  • Antoine CAZÉ, « “Les Américains chantent et font de la musique spontanément.” Conversation avec Betsy Jolas », Revue française d’études américaines, III/117 (2008), p. 85-108.
  • Jean-Yves BOSSEUR, De vive voix. Dialogues sur les musiques contemporaines, Paris, Minerve, 2010.

  • Philippe ALBÉRA, Le Son et le Sens. Essais sur la musique de notre temps, Genève, Contrechamps, 2007, p. 359-360.

  • André BOUCOURECHLIEV, « Jolas, Betsy », The New Grove Dictionary of Music and Musicians (Stanley Sadie, éd.), Londres, Macmillan, 1980.
  • James R. BRISCOE, Contemporary Anthology of Music by Women, Bloomington, Indiana University Press, 1997, p. 60-96.
  • Danielle COHEN-LÉVINAS, Récit et représentation musicale, Paris, L’Harmattan, coll. « L’Itinéraire », 2002.
  • Nicolas DARBON, « La représentation de l’opéra dans les pièces instrumentales de Betsy Jolas », Les Cahiers du Cirem, 37-38-39 (1996), p. 83-96.
  • Nicolas DARBON, « L’opéra postmoderne. La quête de l’Unitas multiplex », Labyrinthe, 10 (2001), p. 65-82.
  • Desamparados FABRA CRESPO, Betsy Jolas’s Musical Language, PhD., City University of New York, 2012.
  • Alban RAMAUT, « Schliemann de Betsy Jolas : l’opéra comme genre », Composer un opéra aujourd'hui (Béatrice Ramaut-Chevassus, éd.), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, coll. « Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’expression contemporaine (CIEREC) », 2003, p. 47-67.
  • Michel RIGONI, « Méthodologies de l’analyse de la musique contemporaine : pluralité des esthétiques, multiplicité des analyses », Musurgia, III/3 (1996), p. 56-80.
  • Ivanka STOÏANOVA, « Betsy Jolas », Revue musicale suisse, 6 (1974), p. 342-349.

Discographie

  • Betsy JOLAS, Quatuor II, Mady Mesplé, Trio à cordes français, EMI, CDC7 49904 2, 1989.
  • Betsy JOLAS, Musique de jour, dans « L’Orgue contemporain 1 », Bernard Foccroulle (orgue), Ricercare, RIC 072051, 1990.
  • Betsy JOLAS, Études aperçues, Thierry Miroglio (percussion), Salabert / MFA, SCD9411, 1992.
  • Betsy JOLAS, Épisode quatrième, dans « Claude Delangle. The Solitary Saxophone », Grammofon AB BIS, BIS-CD-640, 1994.
  • Betsy JOLAS, Fusain, dans « Récital », Pierre-Yves Artaud (flûte), coll. « 2e2m », cd 1004, 1995.
  • Betsy JOLAS, Stances ; B for Sonata ; J.D.E. ; Points d’aube, Claude Helffer, Jacques Prat, Serge Collot, Claude Maisonneuve, Nouvel Orchestre philharmonique de Radio-France, sous la direction de Marius Constant, Ensemble Ars Nova, sous la direction de Gilbert Amy, Adès, 205762, 1997.
  • Betsy JOLAS, O Wall, dans « Répertoires Polychromes 1 », MFA – Radio France, 216021/22, 1998.
  • Betsy JOLAS, Épisodes I & II, dans « Œuvres françaises du xxe siècle », Juliette Hurel (flûte), Conservatoire de Paris / Cité de la Musique, CREC 99/006, 1999.
  • Betsy JOLAS, Quatuor VI « avec clarinette » ; Motet IV « Ventosum Vocant » ; Lovemusic ; Trio « Les Heures », Ensemble Accroche Note, Accord 442 8449, 2006.
  • Betsy JOLAS, B for Betsy, Quatre Duos, Quoth the Raven, Pièce pour Saint-Germain, Ruht wohl, Épisode sixième, B for Sonata, Géraldine Dutroncy (piano) et Laurent Camate (alto), Hortus 099, 2012.
  • Betsy JOLAS, Lassus-Fantaisie, « Ô doux parler », dans « Mutations. Les chimères de Clément Janequin », Ensembles Xasax et Thélème, sous la direction Jean-Christophe Groffre, Coviello, COV 92011, 2020.