updated 22 October 2014
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Maurice Ohana

Compositeur français d'origine espagnole né le 12 juin 1913 à Casablanca, Maroc, mort le 13 novembre 1992 à Paris.

Maurice Ohana passe l’essentiel de son enfance au Maroc. Entre 1927 et 1929, sa famille s’installe temporairement à Biarritz où il travaille le piano avec Jehanne Pâris. Après l’obtention de son baccalauréat, en 1932, il débute des études d’architecture (qu’il abandonnera quelques années plus tard) à Paris tout en étudiant le piano avec Lazare Lévy puis avec Frank Marshall à Barcelone. Il donne plusieurs récitals, rencontre « La Argentinita », célèbre danseuse, et son guitariste Ramón Montoya, effectue une tournée avec la cantatrice Lotte Schöne, travaille le contrepoint avec Daniel-Lesur et compose ses premières œuvres (détruites ou retirées du catalogue). En 1939, il se marie avec sa première épouse et s’engage, un an plus tard, dans l’armée britannique avec laquelle il est amené à voyager en Europe et en Afrique. En 1944, il est mobilisé en Italie, d’abord à Naples où il rencontre André Gide avec qui il se liera d’amitié, puis à Rome, où il entre à l’Académie Santa Cecilia dans la classe de piano d’Alfredo Casella. C’est à cette époque qu’il compose le Caprice n°1 pour piano.

Démobilisé en 1946, Ohana revient habiter à Paris et fonde, un an plus tard avec Alain Bermat et Pierre de La Forest Divonne, le groupe Zodiaque qui défend la liberté de langage contre toutes les « tyrannies artistiques ». C’est dans cet esprit d’indépendance qu’est créée, en 1950, une de ses œuvres majeures, le Llanto por Ignacio Sánchez Mejías, influencé à la fois par Manuel de Falla et le « cante jondo » espagnol. Il met de côté sa carrière de concertiste pour se consacrer exclusivement à la composition. Il s’initie à la musique concrète auprès de Pierre Schaeffer et réalise de nombreuses pièces radiophoniques à travers lesquelles il poursuit l’élaboration de son langage personnel, marqué à la fois par un refus de tout intellectualisme et une fidélité à la tradition espagnole et aux rythmes africains, qui s’exprime notamment dans les Cantigas (1953-54), et les Etudes chorégraphiques pour percussion (1955).

Poursuivant son exploration de l’univers sonore, il mène des recherches sur les micro-intervalles qu’il utilise notamment dans le Tombeau de Claude Debussy (1962), œuvre qui marque un tournant dans son parcours, selon ses propres dires. Il reçoit le grand prix de l’Académie Charles Cros pour les enregistrements de Syllabaire pour Phèdre et Signes, puis, plus tard, de Cantigas et Cris. Les années 1970 constituent une nouvelle étape dans son activité créatrice avec la composition d’œuvres majeures comme les Vingt-quatre Préludes pour pianocréés par le pianiste Jean-Claude Pennetier en 1973, l’Anneau du Tamarit pour violoncelle et orchestre (1976), les Lys de Madrigaux pour voix de femmes et ensemble instrumental, la Messe, créée au festival d’Avignon en 1977, qui cherche à renouer avec la liturgie des premiers temps chrétiens, le Livre des Prodiges (1978), une de ses rares partitions pour grand orchestre ou les Trois Contes de l’Honorable Fleur (1978) dont le livret a été rédigé avec le concours de la seconde épouse du compositeur, la philosophe Odile Marcel.

Il continue à explorer l’écriture pianistique au début des années 1980, notamment à travers des œuvres comme le Concerto pour piano et orchestre (1980) dédié à Jean-Claude Pennetier et les six premières Etudes d’interprétation (1981-82). Il se consacre alors essentiellement à son opéra La Célestine (1982-87) qui est créé à l’opéra de Paris en 1988. A quelques exceptions près comme le Concerto pour violoncelle et orchestre « In dark and blue » (1988-90), son Troisième Quatuor à cordes « Sorgin-Ngô » (1989) ou Anonyme XXe siècle (1988) pour deux guitares, ses dernières œuvres sont essentiellement vocales.

Fidèle à ses origines andalouses, tout en élargissant leur essence musicale à des dimensions universelles et en recourant à des modes d’expressions résolument contemporains, Maurice Ohana a progressé vers une synthèse tout à fait personnelle. Epris de liberté, il se définissait comme un « moderne archaïque ». Ce grand superstitieux, qui disait d’ailleurs être né en 1914 - et non en 1913 -, est décédé à Paris, ironie du sort, un vendredi 13 au mois de novembre 1992, laissant derrière lui une œuvre riche et profondément originale.

Principales distinctions

  • 1961 : Prix Italia pour Histoire véridique de Jacotin qui épousa la sirène des océans ;
  • 1975 : Grand prix national de la musique ;
  • 1978 : Prix Florence Gould de l’Académie des beaux-arts ;
  • 1982 : Commandeur dans l’ordre des Arts et Lettres, prix Arthur Honegger ;
  • 1983 : Prix musical de la Ville de Paris ;
  • 1985 : Prix Maurice Ravel ;
  • 1990 : Chevalier de la Légion d’honneur ;
  • 1992 : Prix SACEM de la meilleure composition contemporaine pour le Concerto pour violoncelle « in dark and blue ».

© Ircam-Centre Pompidou, 2014

Sources

François Porcile, Édith Canat de Chizy, Maurice Ohana, Fayard, 2005 ; site de l’association Les amis de Maurice Ohana (voir ressources).

Liens Internet

  • Site de l’association des Amis de Maurice Ohana, www.mauriceohana.com (lien vérifié en septembre 2014).
  • Site des éditions Billaudot, page sur Maurice Ohana, www.billaudot.com (lien vérifié en septembre 2014).

Bibliographie

  • Christophe CASAGRANDE, Maurice Ohana ou la musique de l’énergie, préface de Jésus Aguila, postface de Guy Reibel, Château-Gontier, Aedam Musicae, coll. « Musiques XX-XXIe siècles », 2013.
  • Edith CANAT DE CHIZY, François PORCILE, Maurice Ohana, Paris, Fayard, 2005.
  • Marie-Pierre LASSUS (sous la dir. de), Pensée mythique et création musicale (actes du colloque autour de Maurice Ohana, 2 et 3 avril 2001, Maison de la recherche de l’Université de Lille 3), Lille, Université de Lille III, coll. « UL3 – travaux et recherches », 2006.
  • Marie-Lorraine MARTIN, La Célestine de Maurice Ohana : d’un mythe fondateur de la culture espagnole à un « opéra-monde », préface de Christine Prost, Paris, L’Harmattan, coll. « Musique et Musicologie », 1999.
  • Christine PROST (sous la direction de), « Maurice Ohana. Miroirs de l’œuvre », La Revue Musicale, n° 391-392-393, 1986.
  • Caroline RAE, The Music of Maurice Ohana, Aldershot, Ashgate, 2000.
  • Jean ROY (sous la direction de), Le monde de la musique, Cahier spécial Maurice Ohana, 1994.
  • Jean ROY, Odile MARCEL, Christine PROST, Maurice OHANA, « Maurice Ohana. Essais, Etudes et Documents »*, La Revue Musicale*, n° 351-352, 1982.
  • « Maurice Ohana. La Célestine, Syllabaire pour Phèdre, Trois Contes de l’Honorable Fleur », L’Avant-Scène Opéra, Hors-série n° 3A, 1991.

Discographie

  • Maurice OHANA, Syllabaire pour Phèdre ; Cris ; Messe ; Llanto por Ignacios Sánchez Mejìas ; Cantigas ; Signes ; Livres des prodiges ; Chiffres de clavecin ; Anneau de Tamarit ; Sorôn-Ngô ; Sacral d’IIx ; Deux pièces pour clavecin ; Carillon pour des heures du jour et de la nuit, 4 cds Erato, 2006, n° 2564 61321 – 2.
  • Maurice OHANA, « La voix transfigurée », Llanto por Ignacios Sánchez MejìasSyllabaire pour PhèdreSwan Song ; Nuit de PouchkineLe tombeau de Louize LabéLys de MadrigauxCrisSibylleLux NoctisDies Solis ; MesseAvoahaOffice des Oracles ; Cantigas ; Sundown Dances, Ensemble Musicatreize, direction : Roland Hayrabedian, 5 cds Musicatreize, 2013, n° M13018.
  • Maurice OHANA, Les Trois Contes de l’Honorable Fleur, Ensembles Musicatreize et Arabesques, Kiyoko Okada : soprano, direction : Roland Hayrabedian, 1 cd Musicatreize, 2014, n° M133C11.
  • Maurice OHANA, In Dark and BlueT’Harân-NgôConcerto pour piano, Sonia Wieder-Atherton : violoncelle, Jean-Claude Pennetier : piano, Orchestre Philharmonique de Luxembourg, Arturo Tamayo : direction, 1 cd Timpani, 1997, n° 1C1155.
  • Maurice OHANA, Tombeau de DebussySilenciaireChiffres de clavecin, Elisabeth Chojnacka : clavecin, Christian Ivaldi : piano, Sylvie Sullé : soprano, Laure Morabito : cithare, Orchestre Philharmonique du Luxembourg, Arturo Tamayo : direction, 1 cd Timpani, 1998, n° 1C1147.
  • Maurice OHANA, Livre des ProdigesAnneau du Tamarit ; Synaxis, Anssi Karttunen : violoncelle, Pascal Devoyon et Christian Ivaldi : pianos, Orchestre Philharmonique du Luxembourg, Arturo Tamayo : direction, 1 cd Timpani, 1999, n° 1C1056.
  • Maurice OHANA, Miroir de Célestine ; Deux Pièces pour clavecin ; So Tango ; Sacral d’Ilx ; Carillons ; Tiento ; Sarabande, Elisabeth Chojnacka : clavecin, Béatrice Daudin : percussions, Fabrice Mélinon : hautbois, Miklós Nagy : cor, Orchestre Philharmonique du Luxembourg, Arturo Tamayo : direction, 1 cd Timpani, 2002, n°1C1161.
  • Maurice OHANA, « La musique de chambre », Quatre Improvisations ; Neumes ; Syrtes ; Sarc ; Noctuaire ; Satyres ; Kypris, Étienne Plasman, Markus Brönnimann : flûtes, Fabrice Mélinon : hautbois, Kris Landswerk : alto, Aleksandr Khramouchin : violoncelle, Thierry Gavard : contrebasse, Pascal Devoyon : piano, 1 cd Timpani, 2002, n° 1C1137.
  • Maurice OHANA, Trois Caprices ; Vingt-quatre Préludes, Jean-Claude Pennetier, piano, CD Arion, 1989, N° ARN 68091.
  • Maurice OHANA, Douze études d’interprétation, Jean-Efflam Bavouzet : piano, Florent Jodelet : percussions, 1 cd Harmonic Records, 1993, n° 9354.
  • Maurice OHANA, « Complete Piano Music Vol. 1 », Sonatine MonodiqueTrois Caprices ; Vingt-Quatre Préludes ; So Tango, Prodromos Symeonidis : piano, 1 cd Telos music, 2010, n° TLS 09.
  • Maurice OHANA, « Complete Piano Music Vol. 2 », Douze Études d’Interprétation, Prodromos Symeonidis : piano, Friedemann Werzlau : percussions, 1 cd Telos music, 2012, n° TLS 091.
  • Maurice OHANA, Dix Études d’Interprétation, Maria-Paz Santibanez : piano, 1 cd La Ma de Guido, 2011, n° 4009.
  • Maurice OHANA, Intégrale des quatuors, Quatuor Psophos, CD AR Ré-Sé, 2004, n° 2004 – 7.
  • Maurice OHANA, « L’œuvre pour guitare », Si le jour paraîtCadran lunaireTiento, Stephan Schmidt : guitare 10 cordes, 1 cd Astréee-Auvidis, 1993, n° E 8513.