updated 24 March 2016

Tan Dun

Compositeur chinois né le 18 août 1957 à Changsha, Chine.

Tan Dun naît le 18 août 1957 à Changsha, dans la province du Hunan, en Chine. Ses premières impressions musicales sont chamaniques, issues des rituels villageois. La Révolution culturelle, amorcée en 1966, le conduit à travailler comme planteur de riz durant deux ans. Puis il apprend le jeu de divers instruments à cordes traditionnels. Le naufrage d’un bateau voit la disparition de plusieurs membres de l’Opéra de Pékin, et Tan est alors appelé en remplacement, en tant que joueur de viole et arrangeur. Il entre ensuite, en 1977, à la suite d’un concours particulièrement sélectif, au Conservatoire central de musique de Pékin. Ses premières influences y sont Tōru Takemitsu, George Crumb, Alexander Goehr, Hans Werner Henze, Isang Yun, Chou Wen-Chung. On parlera plus tard de la « génération de 1978 » pour le réunir, un peu hâtivement, à ses camarades Qigang Chen, Chen Yi, Zhou Long, Xu Quiasong, Guo Wenjing, Mo Wuping.

Son quatuor Feng Ya Song (1982) emporte le second prix au Concours international Weber de musique de chambre de Dresde, en 1983. Trois ans plus tard, Tan Dun émigre aux États-Unis, tout d’abord comme étudiant en troisième cycle à la Columbia University. Là, Chou Wen-Chung, ancien élève de Edgard Varèse, est son professeur. Tan découvre à la fois la musique de John Cage et celle des minimalistes et post-minimalistes américains comme Steve Reich, Philip Glass et Meredith Monk. Sa thèse de compositeur (un mémoire autour d’une brève symphonie), soutenue en 1993, trahit déjà un goût pour la transversalité et les arts plastiques : Mort et feu – dialogue avec Paul Klee.

Auparavant, en plus de ses études, il a signé la musique de plusieurs films peu diffusés, souvent documentaires, et composé des pièces de concert pour les milieux underground new-yorkais, ainsi que l’opéra « expérimental » (sans canevas dramatique narratif) Neuf Chansons (1989), sur des poèmes de Qu Yan, pour lequel le potier Ragnar Naess construit spécialement cinquante instruments en céramique (percussions, cordes et vents). Tan a aussi amorcé en 1990, dans la lignée de son premier opéra, sa série de « musiques rituelles » (Théâtre orchestral n° 1, trois autres numéros suivront), prolongeant la tradition performative et interactive américaine.

Le tournant de sa carrière vient avec son second opéra qui mêle les styles dramatiques occidental et de l’opéra de Pékin, Marco Polo (1995), sur un argument de Paul Griffiths. Des passages oniriques (dans le style pékinois), transhistoriques, voient des apparitions de Dante, Shéhérazade, Freud, Mahler, John Cage. Une narration du célèbre voyage se tisse cependant entre ces intermèdes. Cet ensemble hétéroclite remporte le Prix Grawemeyer en 1998, ce qui propulse le musicien dans sa carrière planétaire. La même année, l’opéra Le Pavillon aux pivoines est créé dans la mise en scène de Peter Sellars.

1998 encore, année clef pour Tan, voit la composition du Concerto pour eau, qui marque déjà un aboutissement pour les « musiques organiques » qu’il compose pour des ensembles de percussions, de vents ou de cordes en céramique, papier ou eau. Ces nouvelles organologies, depuis plusieurs années, apparaissent ponctuellement dans les pièces de chambre, d’orchestre ou dramatiques. Elles culminent en 2002 dans Thé : Le Miroir de l’âme, nouvel opéra qui s’articule foncièrement avec elles, un acte pour chaque « élément ».

En 2000, la musique du célèbre film Tigre et Dragon offre un Oscar et une renommée plus vaste encore, populaire. Cette gloire est alimentée ensuite par d’autres musiques de films chinois, atemporels, présentant des héros experts en arts martiaux, Héros (2002), puis Le Banquet (2006). Chacun de ces trois succès engendre alors un concerto associé (telles les anciennes suites de concert qui prolongeaient les ballets), servi par un soliste de très grande renommée (respectivement le violoncelliste Yo-Yo Ma, le violoniste Itzhak Perlman et le jeune pianiste Lang Lang).

Le réalisateur du second film (Héros), Zhang Yimou, mettra en scène la première production du dernier opéra en date, Le Premier Empereur (2006), commande du Metropolitan Opera, dont le rôle titre est créé par Plácido Domingo.

Depuis, les consécrations internationales exceptionnelles se poursuivent encore. C’est notamment, en 2008, la commande par Youtube/Google d’une symphonie pour l’inauguration de leur orchestre symphonique (réunissant plus de trente nations). Tan Dun est nommé Ambassadeur de Bonne Volonté par l’UNESCO en 2013.


© Ircam-Centre Pompidou, 2016

Bibliographie sélective

  • Jeff BOND, « Crouching Composer, Hidden Cellist », in Film Score Monthly, V/9-10 (2000), p. 45-48.
  • Tan, DUN, « Death and Fire: Dialogue with Paul Klee. An analysis. », thèse sous la direction de George Edwards, Columbia University, 1993.
  • Eric HUNG, « Tan Dun through the Lens of Western Media », in Notes, LXVII/3 (2011), p. 601-618 ; et LXVIII/3 (2012), p. 659-666.
  • Joanna Ching-Yun LEE, « Tan Dun », Grove Music Online.
  • Joanna Ching-Yun LEE, « Romantic Gesture », in Opera News, LXXI/6 (2006), p. 16-20.
  • Anthony W. SHEPPARD, « Blurring the Boundaries: Tan Dun’s Tinte and The First Emperor », in Journal of Musicology, XXVI/3 (2009), p. 285-326.
  • Catherine, SWATEK, « Boundary Crossing’s: Peter Sellars’s Production of Peony Pavilion », in Asian Theatre Journal, vol. 19/1, 2002, p. 147-158.
  • Christian UTZ, « Komponieren zwischen Abstraktion und Konkretion: Die Tradition des chinesischen Musiktheaters als Folie heutiger chinesischer Musik », in Österreichische Musikzeitschrift, LIII/5 (1998), p. 35-45.
  • Christian UTZ, Neue Musik und Interkulturalität: von John Cage bis Tan Dun, Stuttgart, Franz Steiner, 2002, (en particulier p. 323-501).
  • Christian UTZ, « Kunstmusik und reflexive Globalisierung: Alterität und Narrativität in chinesischer Musik des 20. und 21 Jahrunderts », in Archiv für Musikwissenschaft, LXVII/2 (2010), p. 81-103.
  • Hoi-Yan WONG, « Bartók’s Influence on Chinese New Music in the Post–Cultural Revolution Era », in Studia Musicologica: An International Journal of Musicology of the Hungarian Academy of Sciences, XLVIII/1-2 (2007), p. 237-243.
  • Samson YOUNG, « The Voicing of the Voiceless in Tan Dun’s The Map: Horizon and Rhetoric of National Style », in Asian Music, XL/1 (2009), p. 83-99.
  • Siu Wah YU, « Two Practices Confused in one Composition: Tan Dun’s Symphony 1997: Heaven, Earth, Man », in Locating East Asia in Western Art Music, sous la direction de Yayoi Uno Everett et de Frederick Lau, Middletown, Wesleyan University Press, 2004, p. 57-71.

Discographie sélective

  • On Taoism/Orchestral Theatre I/Death and Fire: Dialogue with Paul Klee, BBC Scottish Symphony Orchestra, sous la direction de Tan Dun, Koch Schwann, 1994.
  • Ghost Opera, Kronos Quartet, Wu Man, Nonesuch Records, 1997.
  • Marco Polo: An Opera in a Opera, Netherlands Radio Kamerorkest, Cappella Amsterdam, sous la direction de Tan Dun, Sony Classical Records, 1997.
  • 2000 Today: A World Symphony for the New Millenium, BBC Concert Orchestra, sous la direction de Tan Dun, Sony Classical Records, 1999.
  • Crouching Tiger, Hidden Dragon (bande originale), Shanghai Symphony Orchestra, Shanghai National Orchestra, Shanghai Percussion Ensemble, Yo-Yo Ma, Coco Lee, Sony Classical Records, 2001.
  • Water Passion after Saint Matthew, Maya Beiser, Mark O’Connor, Elizabeth Keusch, Stephen Bryant, RIAS Kammerchor, sous la direction de Tan Dun, Sony Classical Records, 2002.
  • Martial Arts Trilogy, Yo-Yo Ma (violoncelle), Lang Lang (piano), Itzhak Perlman (violon), Sony Classical Records, 2011.
  • Concerto for Orchestra, Hong Kong Philharmonic Orchestra, sous la direction de Tan Dun, Naxos, 2012.

DVD

  • The Map, Shanghai Symphony Orchestra, Anssi Karttunen, sous la direction de Tan Dun, Deutsche Grammophon, 2004.
  • Tea: A Mirror of Soul, NHK Symphony Orchestra, sous la direction de Tan Dun, Deutsche Grammophon, 2005.
  • The First Emperor, Metropolitan Opera, sous la direction de Tan Dun, EMI, 2008.
  • Water Concerto, Royal Stockholm Philharmonic Orchestra, David Cossin, sous la direction de Tan Dun, Opus Arte, 2009.
  • Paper Concerto, Royal Stockholm Philharmonic Orchestra, Haruka Fujii, sous la direction de Tan Dun,  Opus Arte, 2009.

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