updated 5 February 2020
© Maurice Foxall

Thomas Adès

Compositeur britannique né le premier mars 1971 à Londres.

Thomas Adès naît à Londres, le 1er mars 1971, dans une famille où les arts occupent une place prépondérante : sa mère, Dawn Adès, est notamment connue pour ses travaux sur le surréalisme, le mouvement Dada et l’art d’Amérique latine ; son père, Timothy Adès, a traduit de la littérature francophone, allemande et hispanophone. Cette ascendance explique en partie son goût pour la culture française et certaines sources d’inspiration (par exemple la conquête de l’Amérique du Sud par les Espagnols dans America – A Prophecy et le film de Luis Buñuel L’Ange exterminateur pour son troisième opéra).

Adès étudie le piano avec Paul Berkowitz à la Guildhall School of Music de Londres. En 1989, il remporte le Deuxième Prix du BBC Young Musician of the Year. Il se détourne alors d’une carrière de concertiste, abhorrant les programmes sans originalité qu’on ne manquerait pas de lui imposer. Adolescent, il s’était déjà essayé à la composition dans la classe d’Erika Fox, à la Guildhall School Junior. Il persévère dans cette voie auprès de Robert Saxton, toujours à la Guildhall School, puis d’Alexander Goehr au King’s College de Cambridge. Mais il se forme surtout de façon empirique en lisant et en écoutant des partitions ; il tient par ailleurs la partie de timbales dans l’orchestre universitaire. Lorsqu’il obtient son diplôme en 1992, il est déjà l’auteur des Five Eliot Landscapes, de la Chamber Symphony, de Darknesse Visible et de Still Sorrowing. Il donne son premier récital de piano à Londres, le 11 janvier 1993, et crée Still Sorrowing à cette occasion. L’événement attire l’attention du monde musical.

Entre 1993 et 1995, Adès est compositeur associé au Hallé Orchestra. Pendant cette période, il compose son premier opéra, Powder Her Face, dont la création (le 1er juillet 1995) secoue l’establishment : dans une scène devenue célèbre, le personnage principal (une Duchesse obsédée par la fellation) assouvit ses fantasmes sur un serveur d’hôtel. Mais le parfum de scandale ne suffit pas à expliquer le succès de l’opéra qui, sans sa virtuosité sonore et son efficacité dramatique, n’aurait pas fait l’objet de productions si nombreuses depuis lors. La notoriété d’Adès s’accroît encore avec Asyla (1997), œuvre symphonique qui affirme l’ambition d’un format plus ample (elle dure une vingtaine de minutes) et que récompense un Grawemeyer Award.

Adès poursuit sur cette lancée, s’illustrant dans tous les genres à l’exception de la musique avec électronique (il reproche à la technologie de devenir vite obsolète). Parmi ses œuvres, couronnées de nombreux prix, on retiendra en particulier America – A Prophecy (1999), pour mezzo-soprano, chœur et orchestre, le Piano Quintet (2000), Polaris (2010), « voyage pour orchestre », Totentanz (2013), scène lyrique pour mezzo-soprano, baryton et orchestre, et deux opéras : The Tempest (2004), d’après Shakespeare, et The Exterminating Angel, adaptation du film de Buñuel (2016). Par ailleurs, Adès se confronte à l’image avec In Seven Days (2008) en collaboration avec le vidéaste Tal Rosner, et la bande-son de Colette (film de Wash Westmoreland, 2018).

En 1999, il est nommé directeur artistique du Festival d’Aldeburgh, fonction qu’il occupe jusqu’en 2008. Cette même année, il signe un contrat d’exclusivité avec EMI, qui avait déjà publié plusieurs volumes de sa musique. Il fait partie des rares compositeurs de notre temps dont les œuvres sont systématiquement enregistrées quelques années après leur création, ses opéras bénéficiant de surcroît d’une sortie en DVD. En sus de ses propres partitions, il grave également un programme de miniatures pianistiques (Castiglioni, Grieg, Stantchinsky, Kurtág, Janáček, Busoni, Stravinsky, Nancarrow) et le Journal d’un disparu de Janáček avec Ian Bostridge. Il continue de se produire régulièrement comme pianiste, en solo ou en musique de chambre. Parmi ses partenaires privilégiés, on compte le violoniste Anthony Marwood, le violoncelliste Steven Isserlis et le ténor Ian Bostridge. Il est en outre devenu chef d’orchestre, en autodidacte, d’abord pour diriger sa propre musique, avant d’élargir le champ, notamment à Berlioz, Sibelius, Stravinsky (l’auteur du Rake’s Progress plus que celui du Sacre du printemps) et Tippett. À ces compositeurs admirés, il faut ajouter Couperin, le dernier Liszt, Janáček, Berg (en particulier pour Lulu) ou encore Kurtág.

À ses débuts, Adès fut souvent désigné comme le successeur de Britten. Il n’a cessé, depuis, de brouiller les pistes, à l’image de son portrait peint par Phil Hale en 2002, désormais exposé la National Portrait Gallery de Londres : le compositeur se tient dans la position tortueuse d’un dandy désabusé. Si la facture du tableau évoque une photographie, la représentation prend toutefois ses distances avec la réalité, comme si Adès était devenu un objet dissimulant la nature de sa substance.


© Ircam-Centre Pompidou, 2020

Sources


Bibliographie

  • Huw BELLING, Thinking Irrational. Thomas Adès and New Rhythms, Master of Music Degree, Royal College of Music, 2010, lire ici.
  • Hélène CAO, Thomas Adès, le voyageur. Devenir compositeur. Être musicien, Paris, Éditions mf, 2007.
  • Hélène CAO, « Thomas Adès : héritier malgré lui ? », Penser et analyser la musique de Benjamin Britten au XXIe siècle, Colloque de l’Université de musicologie d’Évry-Val d’Essonne sous la direction de Grégoire Tosser, 12 et 13 décembre 2013, lire ici.
  • Jairo DUARTE-LOPEZ, Structural Continuities in the First Movement of Thomas Adès’s *Violin Concerto (Concentric Paths)*op. 23, PhD, University of Rochester, 2006, télécharger le document ici.
  • Christopher FOX, « Tempetuous Times: The Recent Music of Thomas Adès », The Musical Times, CXLV/1888 (2004), p. 41-56.
  • Daniel FOX, « Multiple Time-Scales in Adès’s Rings », Perspectives of New Music, LII/1 (2014), p. 28-56, lire ici.
  • Emma GALLON, « Narrativities in the Music of Thomas Adès », dans Michael L. KLEIN et Nicholas REYLAND (éds.), Music and Narrative since 1900, Bloomington, Indiana University Press, 2013, p. 216-233.
  • Mark Aled HUTCHINSON, « Lamenting the Pas, Living the Moment: Loss and Memory in Kurtag and Adès », RMA Students’ Conference, York, 2010, p. 1-12, lire ici.
  • Stella Ioanna MARKOU, A Poetic Synthesis and Theoretical Analysis of Thomas Adès’ Five Eliot Landscapes, PhD, University of Arizona, 2010, lire ici.
  • John ROEDER, « Co-Operating Continuities in the Music of Thomas Adès », Music Analysis, XXV/1-2 (2006), p. 121-154.
  • John ROEDER, « A Transformational Space Structuring the Counterpoint in Adès’s ‘Auf dem Wasser zu singen’ », Music Theory Online, XV/1 (2009), lire ici.
  • Gesine SCHRÖDER, « Komponieren um 2000. Drei Modelle nach Originalen von Thomas Adès, Jörg Widmann und Olga Neuwirth », Zeitschrift der Gesellschaft für Musiktheorie, IV/3 (2007), p. 305-322, lire ici.
  • Tom SERVICE, Thomas Adès: Full of Noises. Conversation with Tom Service, Londres, Faber and Faber, 2012.
  • Philip STOECKER, « Aligned-Cycle Spaces », Journal of Music Theory , LX/2 (2016), p. 181-212.
  • James Aaron TRAVERS, Interval Cycles, Their Permutations and Generative Properties in Thomas Adès’ Asyla , PhD, Eastman University, 2004, lire ici.
  • Edward VENN, « ‘Asylum gained ?’: Madness and Sanctuary in Thomas Adès’s Asyla », Music Analysis, XXV/1-2 (2006), p. 89-120.
  • Edward VENN, « Thomas Adès and the Pianto », Proceedings of the International Conference on Music Semiotic. In memory of Raymond Monelle, University of Edinburgh, 26-23 octobre 2012, PANOS, Nearchos et al., Édimbourg, IPMDS, 2013, p. 309-317, lire ici.
  • Edward VENN, « Thomas Adès and the Spectres of Brahms », Journal of the Royal Musical Association, CXL/1 (2015), p. 163-212.
  • Edward VENN, Thomas Adès: Asyla, Londres / New York, Routledge, 2017.
  • Edward VENN, « Thomas Adès’s The Exterminating Angel » (2017), lire ici.
  • Dominic WELLS, « Plural Styles, Personal Style: The Music of Thomas Adès », Tempo, LXVI/260 (2012), p. 2-14.
  • Arnold WHITTAL, « James Dillon, Thomas Adès, and the Pleasures of Allusion », dans Peter O’HAGAN (éd.), Aspects of British Music of the 1990s, Aldershot, Ashgate, 2003, p. 3-27.

(liens vérifiés en février 2020).

Discographie

  • Thomas ADÈS, The Fayrfax Carol, BBC Singers, BBC Music, CD WMEF 0063-2, 2000.
  • Thomas ADÈS, Darknesse Visible, Andreas Haefliger, Avie, CD AV 0041, 2004.
  • Thomas ADÈS, The Tempest, Simon Keenlyside (Prospero), Cyndia Sieden (Ariel), Ian Bostridge (Caliban), Kate Royal (Miranda), Toby Spence (Ferdinand), Philip Langridge (Le Roi de Naples), Donald Kaasch (Antonio), Stephen Richardson (Stefano), David Cordier (Trinculo), Jonathan Summers (Sebastian), Graeme Danby (Gonzalo), The Royal Opera Chorus, The Orchestra of the Royal Opera House, Thomas Adès (dir.), Classics, 2 CDs, 50999 6 95234 2, 2009.
  • Thomas ADÈS, Arcadiana, Kuss Quartett, Sony Classical, CD 88697092162, 2007.
  • Thomas ADÈS, The Fairfax Carol, Gabrieli Consort, Paul McCreesh (dir.), Deutsche Grammophon, CD 477 7635, 2008.
  • Thomas ADÈS, Tevot, Violin Concerto « Concentric Paths**»,Three Studies from Couperin, Dances from Powder Her Face, Berliner Philharmoniker, Simon Rattle (dir.), Anthony Marwood (violon), Chamber Orchestra of Europe, Thomas Adès, (dir.), The National Youth Orchestra of Great Britain, Paul Daniel (dir.), EMI Classics, CD 4578132, 2010.
  • Thomas ADÈS, Chamber Symphony, London Philharmonic Orchestra, Marin Alsop (dir.), LPO, CD LPO-0035, 2008.
  • Thomas ADÈS, In Seven Days, Nancarrow Studies, Nicolas Hodges, Rolf Hind et Thomas Adès (pianos), London Sinfonietta, Thomas Adès (dir.), Signum, CD SIGCD277, 2011.
  • Thomas ADÈS, Lieux retrouvés, Steven Isserlis (violoncelle), Thomas Adès (piano), Hyperion, CD CDA67948, 2012.
  • Thomas ADÈS, Violin Concerto « Concentric Paths**», Augustin Hadelich (violon), Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, Hannu Lintu (dir.), Avie, CD AV 2276, 2014.
  • Thomas ADÈS, Piano Quintet, The Four Quarters, Arcadiana, Calder Quartet, Signum Classics, CD SIGCD413, 2015.
  • Thomas ADÈS, Illuminating from Within : Traced Overhead, Trois Mazurkas, Thrift (A Cliff**Flower),Darknesse Visible,Still Sorrowing,Concert Paraphrase on Powder Her Face », Winston Choi (piano), Cuicatl, CD La Buissonne 005, 2015.
  • Thomas ADÈS, Arcadiana, Quatuor Varèse, NoMadMusic, CD NMM 033, 2016.
  • Thomas ADÈS, Arcadiana, Danish String Quartet, ECM New Series, CD ECM 2453, 2016.
  • Thomas ADÈS, Asyla, Tevot, Polaris, Brahms, Samuel Dale Johnson (baryton), London Symphony Orchestra, Thomas Adès (dir.), LSO Live, CD LSO0798, 2017.
  • Thomas ADÈS, Arcadiana, Piano Quintet, The Four Quarters, DoelenKwartet Rotterdam, Dimitri Vassilakis (piano), Cybele Records, SACD 261603, 2017.

Vidéographie

  • Thomas ADÈS, Powder Her Face, Mary Plazas (La Duchesse), Heather Buck (La Soubrette), Dan Norman (L’Électricien), Graeme Broadbent (Le Directeur de l’hôtel), Birmingham Contemporary, Music Group, Thomas Adès (dir.), Margaret Williams (réalisation), Digital Classics, DVD.
  • Thomas ADÈS, Asyla, Berliner Philharmoniker, Simon Rattle (dir.). EMI Classics, DVD.
  • Thomas ADÈS, The Tempest, Simon Keenlyside (Prospero), Audrey Luna (Ariel), Alan Oke (Caliban), Isabel Leonard (Miranda), Alek Shrader (Ferdinand), William Burden (Le Roi de Naples), Toby Spence (Antonio), Kevin Burdette (Stefano), Iestyn Davies (Trinculo), Christopher Feigum (Sebastian), John del Carlo (Gonzalo), The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet, Thomas Adès (dir.), mise en scène de Robert Lepage, Deutsche Grammophon, DVD, 2013.
  • Thomas ADÈS, The Exterminating Angel, Amanda Echalaz (Lucia), Audrey Luna (Leticia), Alice Coote (Leonora), Sally Matthews (Silvia), Christine Rice (Blanca), Sophie Bevan (Beatriz), Joseph Kaiser (Nobile), Frédéric Antoun (Raul), David Adam Moore (Colonel), Iestyn Davies (Francisco), David Portillo (Eduardo), Kevin Burdette (Russell), Rod Gilfry (Roc), John Tomlinson (Doctor), Christian Van Horn (Julio), Metropolitan Opera Chorus & Orchestra, Thomas Adès (dir.), mise en scène de Tom Cairns, Erato, DVD et Blu-Ray, 2019.