updated 12 March 2015
© Columbia records

Igor Stravinsky

Compositeur et chef d'orchestre russe naturalisé américain né le 5 juin 1882 à Oranienbaum, près de Saint-Pétersbourg, mort le 6 avril 1971 à New York.

Stravinsky grandit à Saint-Pétersbourg dans un univers familial sévère. Il étudie le piano sans grand succès, aimant surtout improviser. Son père, chanteur de renom, ne lui transmet pas son art, ne croit pas aux premières tentatives de composition de son fils et l’inscrit d’autorité à la faculté de droit en 1901. L’année suivante, la mort de ce père décourageant puis la rencontre avec Rimski-Korsakov sont décisives. Ce dernier lui enseigne la composition jusqu’à sa mort en 1908, et notamment son art de l’orchestration rigoureuse autant qu’inventive. En 1909, Stravinksy crée les Feux d’artifice (orchestralement brillants, audacieux) devant l’impresario Diaghilev. C’est lui, ce dandy visionnaire, organisateur de concerts de musique russe à Paris, bientôt créateur des célèbres « Ballets russes » (aussitôt très à la mode et qui décideront de bien des tendances des avant-gardes internationales durant ces années cruciales de l’histoire de la musique) qui conduira le jeune compositeur vers son destin. Il commande le ballet L’Oiseau de Feu à Stravinsky et le crée à Paris en 1910, rendant ainsi le compositeur célèbre. Suivent Petrouchka et surtout Le Sacre du Printemps qui, après une création scandaleusement agitée, sur une chorégraphie révolutionnaire de Nijinski, convainc vite Paris (et Debussy le premier qui crie au génie) du talent de Stravinsky. Le « primitivisme » musical, la parfaite réponse aux Demoiselles d’Avignon de Picasso (1907), est inventé (s’ensuivra d’ailleurs une longue amitié avec Picasso lui-même). Néanmoins, le scandale de la première conduit Stravinsky à garder le lit durant six semaines, choqué, terrassé par une fièvre typhoïde.

À la déclaration de la guerre en 1914, les frontières se ferment. Stravinsky, qui pensait rentrer en Russie, est contraint à résider en Suisse où il rencontre Ramuz sur les textes duquel naîtront Renard ou Histoire du soldat. Les moyens de production, réduits en ces temps de guerre, favorisent l’édification de cette nouvelle modernité pour petits effectifs, celle des Noces.

En 1920, Stravinsky s’installe à Paris. La révolution russe l’a privé de sa fortune (il ne reverra brièvement sa terre natale qu’en 1962) et il doit se produire comme pianiste et chef d’orchestre pour la reconstituer. Le Concerto pour piano et orchestre d’harmonie répond notamment à ces nouveaux paramètres prosaïques. Par ailleurs, la fréquentation de Cocteau et la valorisation des idées « légères à la française » encouragent la fixation d’un nouveau style néoclassique, amorcé avec le ballet Pulcinella. Bientôt, une prise de conscience spirituelle conduit Stravinsky à rejoindre l’Église orthodoxe en 1926. S’en suivent des œuvres religieuses chorales, dont les inspirations graves sont curieusement concomitantes avec la légèreté de la période française.

En 1939, Stravinsky gagne les Etats-Unis. Son néoclassicisme continue à s’y épanouir jusqu’à l’écriture de son unique opéra, The Rake’s Progress. Mais la rencontre avec le chef d’orchestre Robert Craft en 1948 prépare de nouvelles orientations. Celui-ci le convainc qu’il n’est plus possible au compositeur du Sacre, au milieu du siècle moderne, de s’acharner dans son néoclassicisme et surtout d’ignorer le sérialisme. Stravinsky imagine alors écrire des séries mais à sa propre manière, vive, espiègle, où parfois le style s’amincit, radicalise le principe d’économie des moyens chers au compositeur, mais aussi reconduit l’ascétisme de Webern en même temps qu’il cherche un dépouillement mystique. Les œuvres ultimes, hantées par la mort, tendent vers l’inspiration religieuse funèbre, telles le Requiem Canticles, ou rendent hommage à de chers disparus, « in memoriam » T.S. Eliot ou Aldous Huxley. Compositeur caméléon, mais restant étonnamment lui-même sous toutes ses couleurs, Stravinsky parviendra aussi à s’adapter à « l’industrie culturelle » et jusqu’à sa mort, dirigera l’enregistrement sur disques de presque toutes ses œuvres, garantissant ainsi lui-même la pérennité de son testament musical. Après son décès en avril 1971, il sera enterré à Venise, à côté de celui qui décida de son destin : le dandy Diaghilev.


© Ircam-Centre Pompidou, 2015

Catalog sources and details

  • Grove, Oxford University Press, 2007-2009
  • éditions Boosey & Hawkes
  • éditions Schott
  • éditions Chester music
  • éditions Faber music
  • éditions Breitkopf & Härtel

Catalog source(s)

  • Grove, Oxford University Press, 2007-2009
  • éditions Boosey & Hawkes
  • éditions Schott
  • éditions Chester music
  • éditions Faber music
  • éditions Breitkopf & Härtel

Bibliographie sélective

  • André BOUCOURECHLIEV, Igor Stravinsky, Fayard, Paris, 1982.
  • Robert CRAFT, Igor Stravinsky : Chronicle Of A Friendship, Vanderbilt University Press, Nashville, 1994.
  • Robert CRAFT (éd.), Stravinsky, selected correspondence, vol. 1 à 3, Faber and Faber, Londres, 1984.
  • Jonathan CROSS (dir.), The Cambridge Companion to Stravinsky, Cambridge University Press, 2003.
  • Jonathan CROSS, The Stravinsky Legacy, Cambridge University Press, 1998.
  • Valérie DUFOUR (éd.), Igor Stravinsky, Confidences sur la musique, propos recueillis (1912-1939), Actes Sud, Arles, 2013.
  • Valérie DUFOUR, Stravinsky et ses exégètes, éditions de l’Université de Bruxelles, 2006.
  • François LESURE, Stravinsky : études et témoignages, Jean-Claude Lattès, Paris, 1982.
  • Jann PASLER (dir.), Confronting Stravinsky : Man, Musician and Modernist, University of California Press, Berkeley, 1986.
  • André SCHAEFFNER, Strawinsky, Rieder, Paris, 1931.
  • Joseph N. STRAUS, Stravinsky’s Late Music, Cambridge University Press, 2001.
  • Igor STRAVINSKY, Robert CRAFT, Souvenirs et commentaires, Gallimard, Paris, 1970.
  • Igor STRAVINSKY, Robert CRAFT, Dialogues, Faber and Faber, Londres, 1968.
  • Igor STRAVINSKY, Robert CRAFT, Memories and Commentaries, Faber and Faber, Londres, 1960.
  • Igor STRAVINSKY, Robert CRAFT, Expositions and Developments, Faber and Faber, Londres, 1962.
  • Igor STRAVINSKY, Chronique de ma vie, Denoël-Gonthier, Paris, 2001.
  • Igor STRAVINSKY, Poétique musicale, Flammarion, Paris, 2000.
  • Richard TARUSKIN, Stravinsky and the Russian Traditions, University of California Press, Berkeley, 1996.
  • Pieter C. VAN DEN TOORN, The music of Igor Stravinsky, Yale University Press, 1983.
  • Eric Walter WHITE, Stravinsky, le compositeur et son œuvre, Flammarion, Paris, 1981.
  • Strawinsky : Sein Nachlass. Sein Bild., catalogue d’exposition, Kunstmuseum Basel, 1984.

Discographie sélective

  • Igor STRAVINSKY, « Boulez conducts Stravinsky », 6 cds Deutsche Grammophon, 2010.
  • Igor STRAVINSKY, « The ballets », direction : Robert Craft, 6 cds Naxos, 2009.
  • Igor STRAVINSKY, « A Portrait », 2 cds Naxos, 2008.
  • Igor STRAVINSKY, « Works of Igor Stravinsky », direction : Igor Stravinsky, 22 cds Sony / BMG, 2007.
  • Igor STRAVINSKY, « Bernstein conducts Stravinsky », direction : Leonard Bernstein, 2 cds Deutsche Grammophon, 1995.