updated 28 May 2024
© Didier Olivré

Martin Matalon

Argentine composer born 17 October 1958 in Buenos Aires.

Born in Buenos Aires in 1958, Martin Matalon studied at the Juilliard School in New York, graduating with a Master’s degree in composition. In 1986, he received the Charles Ives Prize from the American Academy of Arts and Letters, and in 1988 a Holtkamp AGO Award and numerous composition awards from ASCAP and BMI. In the Summers of 1987 and 1988, he attended classes with Olivier Messiaen and Pierre Boulez at Centre Acanthes (then in Villeneuve-lès-Avignon). A Fulbright scholarship allowed him to undertake further study in France with Tristan Murail in 1988-89.

In 1989, he founded “Music Mobile,” an ensemble based in New York dedicated to contemporary repertoire. He served as the group’s director until 1996.

In 1993, Matalon settled in Paris. The composition of La Rosa profunda for an exhibition at the Pompidou Centre of works related to Jorge-Luis Borges marked the beginning of a long period of collaboration with IRCAM. The same institution subsequently commissioned him to compose a soundtrack for a newly-restored version of Fritz Lang’s Metropolis. Following the completion of this large-scale piece, Matalon turned his attention to the work of Luis Buñuel, composing soundtracks for three surrealist films by the Spanish director: Las siete vidas de un gato in 1996 for Un Chien Andalou (1927), the orchestrated version of which became El torito catalan (2001); Le scorpion in 2001 for L’Âge d’or (1931); and Traces II (la cabra) (2005) for Land Without Bread (1932).

Two series of works make up a significant part of Matalon’s catalogue: Trames (started in 1997), a collection of pieces skirting the boundary between concertos and chamber music; and Traces, a set of works for solo instruments with real-time electronics, which represents a sort of “compositional diary” for the composer. Additionally, he has composed extensively for chamber ensemble, with notable works including Formas de arena for flute, viola, and harp, and Lineas de agua for cello octet.

In 2005, Matalon received both the J.S Guggenheim Foundation Award (New York) and the Institute of France/Academy of Fine Arts Prize. In 2001, he was awarded the City of Barcelona Prize for his score for Metropolis. Finally, in 1989, he received the “Opéra Autrement” Prize from Centre Acanthes for the commission and production of the chamber opera The Secret Miracle, based on Jorge-Luis Borges’ short story of the same name.

A number of Matalon’s works have been written specifically for young audiences, including the three musical tales La légende de M. Chance (2006), Tulles et les ombres (2007), and Har le Tailleur de Pierre (2008). He was awarded the “Prix des Lycéens” (a prize judged by high school students) in 2007.

During a residency at the Metz Arsenal in 2003-04, three of his symphonic works were recorded by the Orchestre National de Lorraine, conducted by Jacques Mercier, and subsequently released on CD in 2006 on the Universal label. He was in residence at Muse en Circuit from 2005 to 2010, during which Sillages Ensemble premiered the complete Traces cycle, a recording of which was released by Sismal Records in 2010. He was composer-in-residence at the Stavanger Festival (Norway) in 2011, and guest composer at the Les Arcs Festival in 2014.

He has taught composition at the Aubervilliers-La Courneuve Conservatory (in the northern suburbs of Paris) since 2010, and at the Lyon Conservatory (CNSM) since 2017. He has also served as a guest professor at McGill University (2004-08), IRCAM, Centre Acanthes, Domaine Forget with Nouvel Ensemble Modern (2009), and numerous other summer academies, including CompoLab, Injuve, and the Institut français-Barcelona.

His opera L’Ombre de Venceslao was nominated for the Victoires de la Musique (French Ministry of Culture Awards recognising outstanding achievements in the music industry) in 2017.


© Ircam-Centre Pompidou, 2018

Sources

  • site du compositeur ;
  • Pascal Ianco, livret des cds.

By Héloïse Demoz

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Si je veux composer une pièce,
je n’entends pas une mélodie ou une
harmonie, mais je vois des formes ;
et de ces formes je trouve après les sons.
Martin Matalon (Documentaire Martin Matalon, rugged lines1)


L’éclectisme de l’œuvre du compositeur argentin Martin Matalon, élève de Vincent Persichetti et Bernard Rands à la Julliard School of Music de New York, n’est plus à démontrer. En effet, seule une moitié de son catalogue concerne la musique purement instrumentale, le reste étant réservé à des formats et des genres beaucoup plus variés comme l’opéra, le Hörspiel, le ballet, la musique de cirque (Caravansérail, 2016), le conte musical (La légende de Mr Chance, 2006 ; Tulles et les ombres, 2007 ; Har le Tailleur de Pierre, 2008 ; Trois pommes d’or, 2013) ou le ciné-concert. Ces différentes collaborations sont fondamentales car elles ouvrent une nouvelle façon d’aborder l’écriture musicale en y ajoutant un « autre », un support externe (image, danse, texte), créant ainsi de nouvelles problématiques qui pourront renouveler le langage. Martin Matalon a aussi un impact significatif sur la transmission et la médiation de la musique contemporaine, car il fait partie des rares compositeurs à penser ce répertoire comme support pédagogique pour les jeunes interprètes.

Les premières influences : sons plastiques et objets mobiles, temps et littérature

Marqué par les spécificités harmoniques et sonores du courant spectral (Tristan Murail, Philippe Hurel, Gérard Grisey) – influences qui se retrouvent notamment dans les filtrages harmoniques utilisés dans Traces IV et III – Matalon considère le son « dans sa forme plastique, mais aussi comme un objet en mouvement2 ». L’importance accordée à la plasticité sonore vient de la musique de Messiaen – dont il suit les cours au Centre Acanthes de Villeneuve-lès-Avignon en 1987 et 1988 – , mais aussi de la période sérielle de Stravinsky et plus précisément de la pièce Variations (Aldous Huxley in Memoriam3) (1964). Le thème initial de cette pièce, se présentant sous la forme d’une « ligne homophonique unique, dessinée dans l’espace, qui change de volume, de densité, de forme et de couleur devenant ainsi extrêmement fine ou dense4 » est le point de départ de la recherche d’une musique pensée comme élément mobile dans l’espace. La ligne stravinskienne, ainsi que ses multiples dérivées, se retrouvera dans de nombreuses œuvres de Matalon. Elle s’intègre dans une pensée plus picturale avec Lignes de fuite (2007), puis dans Lineas, puntos, planos (2018) qui rappelle le fameux essai de Kandinsky Point et ligne sur plan ; et enfin avec Rugged pour double orchestre (2018) commençant « avec une ligne atomisée et fragile, qui se déploie sur tout le registre orchestral5 ».

La deuxième influence musicale majeure est celle de Pli selon Pli de Pierre Boulez, qu’il écoute pour l’écriture de la percussion et les effets de résonance, et à propos de laquelle il dit : « J’ai compris l’utilisation de l’espace comme je ne l’avais jamais imaginé, des formes puissantes pénétraient l’espace l’une après l’autre. En tout cas c’est le souvenir indélébile que m’avait laissé ce mouvement6 ». Une nouvelle perception de l’espace, mais aussi du temps. En effet, on retrouve à plusieurs reprises dans les notices d’œuvres de Matalon, les termes « temps suspendu » et « temps pulsé » (Dos formas del tiempo, 2000, Traces I, Traces X) qui rappellent sans équivoques les « trois modèles temporels » de Boulez, « temps lisse, temps strié, temps pulsé » qui apparaissent dans Penser la musique aujourd’hui7. Pour donner un exemple concret, Traces I, construite sur « deux conceptions du temps musical », oppose un « environnement où le temps musical est lisse et suspendu » à un mouvement dont la forme circulaire « s’articule dans un temps musical pulsé, strié8 ». Au-delà de cette conception temporelle, Matalon travaille aussi à une certaine forme d’enrichissement du rythme de la musique contemporaine. Mais il ne s’agit pas tant de richesse que d’une diversité rythmique et de ruptures stylistiques, qui intéressent le compositeur car « elles ouvrent de nouvelles portes ». Il va aller chercher la complexité rythmique dans la musique populaire comme celle d’Astor Piazzolla, dans la danse sud-américaine (tango, milonga, samba), dans le free jazz ou le jazz rock de John McLaughlin.

La troisième influence majeure provient de la littérature. Découvert à dix neuf ans, au moment de quitter l’Argentine, José Luis Borges est un écrivain qui a littéralement formé la façon de penser de Matalon jusqu’à lui donner envie d’en imiter certaines caractéristiques comme l’art de la forme brève. Celle-ci, typique de la littérature borgésienne est difficile à maitriser car elle est « d’une économie totale et en même temps d’une grande exubérance et richesse9 » et se présentera musicalement sous la forme de courtes sections ou miniatures dans lesquelles l’idée musicale sera présentée « de façon essentielle, sans les divers développements linéaires que l’on connaît : prolifération, accumulation, processus, répétitions ». Après l’opéra de chambre pour cinq voix et dix instruments Le Miracle Secret en 1989, Matalon compose La rosa profunda (Monedas de Hierro), un parcours musical sur des textes de Borges. Sorte de mélodies parlées, le cycle La rosa profunda utilise les techniques traditionnelles de mise en musique d’un texte, tant en termes de forme que d’écriture. Espejo ou Atlas biográfico adoptent la structure traditionnelle de la mélodie avec prélude, interlude et postlude instrumentaux, tandis que Tango est une juxtaposition stricte entre le texte et l’accompagnement musical. De même, toujours en s’inscrivant dans la tradition du figuralisme du lied et de la mélodie, le compositeur a recours à une écriture qu’il nomme « métaphorique » : ainsi la flûte de l’Atlas biográfico représente Borges lui-même, tandis que le solo de basson qui se détache de l’atmosphère mystérieuse de Lecturas semble évoquer le lecteur tant attendu par le livre : « un livre est une chose parmi les choses, un volume parmi les volumes qui peuplent l’univers indifférent, jusqu’à ce qu’il trouve son lecteur10 ». Dans Espadas, l’aura martiale de la trompette soutient musicalement l’évocation de « Gram, Durandal, Joyeuse et Excalibur », les mythiques épées des plus célèbres épopées. Enfin la pédale de la voyageant de timbre en timbre, se transformant au gré des instruments, crée cette impression de dialogue voulue par le poème Conversaciones. L’évocation d’une atmosphère au moyen d’une orchestration spécifique est l’une des spécificités de l’écriture de Matalon et se retrouve ici dans Tango et Buenos Aires : l’un se termine sur une milonga stylisée tandis que l’autre, grâce à un duo de contrebasse et trompette en sourdine recrée parfaitement l’atmosphère intemporelle, voire irréelle, de la ville décrite par Borges (« Buenos Aires pour moi n’a jamais commencé comme l’eau, comme l’air, je la crois immortelle11 »). « Si les bois sont associés à Lecturas et à l’idée d’artisanat que peut évoquer un livre, les miroirs sont quant à eux associés à l’iridescence des percussions12 ». Ainsi, que ce soit dans Espejos, dans Cronologias (dont les vers du poèmes disent : « que la mémoire enserre dans ses miroirs ») ou encore dans l’Atlas biográfico (« Je suis un miroir, un écho ») le timbre de la percussion, sans cesse varié, crée une ligne subtile reliant les poèmes. L’œuvre Rosa Profunda existe aussi en version de concert, pour dix musiciens et électronique sous le titre Monedas de Hierro (1993). Ici encore, la petite forme borgésienne a été exploitée par le compositeur, car « chaque mouvement de l’œuvre présente une idée musicale de la manière la plus essentielle, sans aucune sorte de développement, de prolifération, de processus ou de répétition13 ».

Au-delà de l’utilisation des textes de Borges, Matalon se base aussi sur d’autres grands auteurs comme Raúl Damonte Botana, dit Copi, romancier, dramaturge et dessinateur argentin francophone (L’ombre de Vanceslaos), ou Bertolt Brecht (Celui qui dit non). Le ballet Rugged lines, commande du Festival de Musiques Contemporaines de Barcelone, conçue pour un ballet de cinquante minutes, chorégraphié par Maria Rovira en 1997 est – quant à lui – basé sur les Leçons américaines d’Italo Calvino. Écrites en 1984 pour les « Charles Eliot Norton Poetry Lectures » à l’université de Harvard, ces Six propositions pour le prochain millénaire (sous-titre de l’ouvrage) abordent les thèmes de la Légèreté, la Rapidité, l’Exactitude, la Visibilité, la Multiplicité et la Cohérence, que le compositeur résume ainsi : « l’exactitude, définie comme la recherche de la concision à travers la mise en œuvre de concept précis ; la visibilité, valeur ouvrant les territoires de l’imaginaire ; la rapidité, rapportée à la virtuosité de la pensée, son agilité et sa flexibilité ; la légèreté, qui donne à la vie son côté aérien et éthéré ; la multiplicité favorisant l’arborisation de l’idée, sa prolifération14 ». Matalon a essayé de reprendre le processus de Calvino en « tentant de créer une version globale cohérente à partir de mots-clés en apparence complémentaires15 » tout en se posant une série de questions telles que « Comment évoquer la légèreté sans se confronter à la densité ? De quelle manière la rapidité met-elle en œuvre la lenteur ? Ou encore, que serait l’exactitude à notre pratique de l’ornementation ? ». Il en ressort une musique toute en légèreté faite de timbres mélangeant instruments traditionnels, instruments ethniques et dispositif. La multiplicité, sera de nouveau le point central d’une œuvre en 2014, dans Spirals, loops, lines pour 15 instruments dans laquelle chaque « idée musicale va se transformer et devenir une nouvelle idée [..] créant ainsi parenthèses, commentaires et gloses, formant une sorte de labyrinthe et dynamisant le rythme formel de l’œuvre16 ». Lignes, spirales et labyrinthes, les thèmes récurrents de l’écriture de Matalon voient le jour progressivement, par réutilisation successive du matériau.

Le « journal intime compositionnel » : Traces et Trame

Composés à la manière d’un journal intime compositionnel depuis le début de la carrière de Matalon, les deux cycles Traces et Trame sont un voyage à l’intérieur du son qui aborde aussi différentes problématiques compositionnelles fondamentales comme la notion d’espace, la narration musicale ou la brièveté formelle. Leur format, mettant en valeur les instruments solistes, se situe dans la lignée des Sequenze de Luciano Berio à la différence qu’en lieu et place d’une série de pièces pour instruments soliste, les Traces sont des pièces mixtes avec électronique en temps réel.

L’électronique des Traces (la dernière Traces XIX date de 2024) est pensée comme un moyen de « créer un environnement qui démultiplie, transforme et transcende l’espace17 », sans provoquer d’opposition entre l’instrument soliste et l’électronique. Au contraire, ces derniers cohabitent au point de créer un nouveau monde voire un nouvel instrument. Chaque Traces est pensée avec des dualités et des contrastes comme « l’apesanteur et la densité (Traces V), la multiplicité et l’unité (Traces II et VI), l’idée de construction/déconstruction (Traces VIII) ou encore temps pulsé/temps suspendu (Traces I), son expansif/son intime (Traces I et Traces II18) ».
Les Traces III pour cor et dispositif électronique, Traces IV pour marimba et électronique et Traces V pour clarinette et électronique seront regroupées pour former l’opéra radiophonique Nocturnes (2006) sur un livret original d’Alan Pauls construit sur des fragments de journaux intimes d’écrivains tels que Kafka, Gombrowicz, Jünger et Barthes. Ce triptyque dont la trame narrative est résumée par le compositeur par « L’homme qui meurt, L’enfant qui attend, et La Femme qui fuit » symbolise musicalement « trois histoires [qui] se passent en une seule et même nuit, en une seule et même ville » et qui pourront éventuellement se croiser.

Le titre Trame, vient d’un poème de Borges, La Trama, dévoilant « une synchronie invisible et inconcevable entre tous les éléments qui constituent “l’histoire universelle19“ ». Ces partitions sont composées pour instruments soliste et ensemble de chambre et mettent en lumière « la tension entre une écriture de musique de chambre qui valorise tous les instruments en établissant des liens complexes entre eux et une écriture soliste qui individualise un des interprètes20 ». De fait, le tissage musical des Trame permet d’explorer les différentes dimensions narratives d’une forme. Ici encore, l’orchestration va devenir un medium essentiel, comme dans Trame II dans laquelle le clavecin (soliste) est accompagné avec un ensemble aux sonorités représentatives comme « le steel drum des Caraïbes, le udu (percussion digitale africaine), le bandonéon associé au tango argentin, l’orgue hammond emblématique du rock des années 7021 […] » ; qui permettent un dialogue stylistique et historique entre les instruments.
Si les Traces peuvent êtres mises en parallèle avec les Sequenze de Berio, les Trames sont peut-être une démarche similaire aux Chemins : un moyen de développer le matériau initial des Traces afin de proposer un travail plus conséquent sur le timbre, l’espace et l’écriture concertante ?

Dans la lignée de ces pièces et à la demande de la compagnie Cadéëm et du Conservatoire à Rayonnement Régional de Gennevilliers, le compositeur va écrire de courtes pièces pédagogiques : les Mini Traces. Ces partitions pour jeunes instrumentistes possèdent un accompagnement électronique très simple d’utilisation, à la fois techniquement et musicalement, dont les deux caractéristiques principales sont : une pulsation intégrée au sein même de la composition, afin que l’interprète se repère facilement ; une sonorité très proche du timbre instrumental pour lequel la bande est composés, afin d’obtenir un « faux temps réel ». Les Mini Traces font suite à d’autres pièces pédagogiques, pour duo ou petit ensemble écrites dès 2020 (dos nocturnos pour 2 flûtes et 2 clarinettes (2 étudiants + 2 professeurs) ; fanfare & blues pour trompette et trombone ténor ; Paseo pour xylophone et vibraphone ; pendulo pour violon et violoncelle ; sombra pour basson et piano).

« Contrepoints cinématographiques » et ciné-concert : de Fritz Lang à Luis Buñuel

Le genre du ciné-concert arrive dès le début de la carrière de Matalon et s’inscrit dans un contexte plus large : celui de la campagne de restauration des chefs-d’œuvres du cinéma muet, « initié[e] en France au milieu des années 1970, notamment sous l’impulsion de Jean-Jacques Birgé […] et, dynamisé[e] ensuite par les nombreuses commandes de Cinémémoire au début des années 1990, de l’Auditorium du Louvre, du Musée d’Orsay, de la Cinémathèque française, de l’Ircam, ou encore de l’Orchestre national d’Île-de-France22 ». Après l’inclassable Metropolis de Fritz Lang (1926-27) en 1995, il aborde des films surréalistes avec Luis Buñuel, Un Chien Andalou (1929) en 1996, L’Âge d’or (1930) en 2002 et Terre sans pain (1933). En 2005, le compositeur réaborde la musique de film et le genre plus léger de la comédie, dix ans après avec La Princesse aux Huîtres d’Ernst Lubitsch (1919), suivie par une série de courts métrages de Buster Keaton (L’Épouvantail 1920, La maison démontable 1920 et Frigo Fregoli 1921) en 2021 ; et enfin une série de Charlie Chaplin (dont la commande de l’Ircam Chaplin Factory, 2024). Comme le précise souvent le compositeur, toutes ces pièces ne sont pas uniquement des musiques de film, mais surtout des ciné-concerts, forme dans laquelle la musique vivante, l’orchestre, est au cœur de la représentation. D’ailleurs, ces « contrepoints cinématographiques » possèdent même des titres indépendants : Las siete vidas de un gato pour huit musiciens et électronique correspond au film Le chien andalou, Le scorpion pour six percussions, deux pianos et électronique (2002) à été composé pour L’Âge d’or ; Traces II La cabra pour alto et électronique est la musique de Las Hurdes (« Terre sans pain ») et enfin La Persecuta accompagne The Adventurer de Chaplin.

Composer pour un film muet donne une plus grande liberté à l’espace sonore et à la musique tant dans sa forme que dans son timbre. La musique que propose Matalon n’est jamais illustrative. Au contraire, grâce à une analyse minutieuse du montage, il crée une relation « amicale » avec les images et réussit à garder son propre langage et sa propre dramaturgie tout en étant toujours en relation avec le film : « peut-être que la clé, le secret, pour écrire de la musique d’un film muet, c’est être conscient du montage. Le montage fournira le rythme global du film. Si vous en êtes conscient (cela ne signifie pas que vous devez le suivre inconditionnellement), si vous savez toujours pourquoi vous le suivez ou pourquoi vous décidez de le contredire, alors vous pouvez vous libérer des images23 ». Ainsi, que ce soit dans Métropolis ou dans le triptyque de Buñuel, les partitions tentent d’exploiter les diverses relations possibles entre musique et image ; en passant du parallélisme à la divergence totale.
C’est à la lecture de cette critique du film de Lang par Buñuel et en s’attachant plus aux images qu’à la narration en tant que telle que Matalon commence à concevoir la musique du film de Metropolis.
« Metropolis n’est pas un film unique. Metropolis, ce sont deux films collés par le ventre, mais avec des nécessités spirituelles divergentes, d’un extrême antagonisme. Ceux qui considèrent le cinéma comme un discret conteur d’histoires éprouveront avec Metropolis une profonde déception. Ce qui nous est raconté est trivial, ampoulé, pédant, d’un romantisme suranné. Mais, si à l’anecdote nous préférons le fond “plastico-photogénique” du film, alors Metropolis comblera tous les vœux, nous émerveillera comme le plus merveilleux livre d’images qui se puisse composer24 ».

Le clair-obscur du film, le contraste entre les jardins suspendus et le monde des travailleurs trouve un rapport concret dans l’alternance de sons simples et purs, qui s’opposent avec les sons plus denses des synthétiseurs. Le parallélisme entre la musique et l’image se trouve dans la scène d’ouverture, montrant des « jeux complexes d’engrenages gigantesques, axes, leviers, poulies unies dans une composition cubiste25 ». Ici, la musique se fait « le double formel de l’image, la prolongeant de manière presque palpable dans le son et dans l’espace ». Grâce à une spatialisation des objets sonores « en mouvements contraires, qui s’éloignent puis se rapprochent avec des vélocités différentes26 ». Au contraire, la divergence se produit au moment de la scène d’inondation, violente dans l’image, mais musicalement « statique et intériorisée27 ». Au chaos cinématographique s’oppose un silence musical. L’orchestration, elle-même, intégrant des timbres jazz ou extraeuropéens, « allège l’atmosphère expressionniste du film28 ». Enfin, si le compositeur n’a pas recours au leitmotiv, certains timbres reviennent régulièrement pour assurer une continuité dramaturgique : la basse fretless pour Freder le contremaître, le son pur de la guitare électrique pour Maria, et sa distorsion à son double maléfique29.

Les films de Buñuel sont très différents de celui de Lang. La symétrie et le découpage presque cubique de Metropolis laissent place à un foisonnement surréaliste influencé par l’univers de Salvador Dali. En opposition totale avec le film précédent, dans Un chien andalou (Las siete vidas de un gato), il n’y a plus de logique temporelle, du fait des inscriptions irrationnelles sur les cartons, l’unité d’espace n’existe plus ce qui engendre une forme plutôt fragmentée. Cet aspect formel s’inscrit dans la continuité de ce que Matalon travaillait déjà avec la forme brève borgesienne : « j’ai totalement épousé le principe buñuelien d’une forme dont chaque section débouche sur une autre, les deux n’ayant que peu ou pas de relation entre elles. C’est sans doute la forme musicale qu’on retrouve le plus souvent dans mon travail30 ». De même, il n’y a pas de personnages forts, mais cette absence va être contrecarrée par le compositeur par la création d’éléments qui ne vont cesser de s’affirmer tout au long de la partition, accompagné d’une certaine forme de surenchère orchestrale et rythmique (marche militaire, tango, valse). Le scorpion, quant à lui, va jouer sur un espace de timbre grâce à son instrumentation très originale. La partition suit le découpage du film documentaire, et s’articule en quatorze intermèdes évocateurs : Les scorpions / La descente / La choza / Les bandits / Les majorquins / Rome / Valse dalienne / Valse buñuelesque / Les marquis de X / La claque A / La claque B / The love scene / La girafe, le cousin et l’évêque / Le duc de blanchis. En termes formels, cette œuvre utilise un processus de développement déjà rencontré dans Traces et Trame, qui est le principe de complémentarité, qui se traduit concrètement par le fait « d’agrafer » deux scènes consécutives avec un détail commun parfois très anodin comme un timbre instrumental, un objet mélodique. Les percussions utilisées pour Le Scorpion rassemblent les éléments de la nature : les bois (marimba, bamboo chimes, guiro), le métal (vibraphone, bols japonais et tibétain, gons thaï, crotal), la peau (caisse claire, Bongo timbales et timbalès), la terre cuite (udu pot de fleurs) le sable (maracas et arbre à pluie), l’eau (calebasse) et la pierre. Cette utilisation du matériau/matières naturelles se retrouvera aussi dans l’œuvre vocale, composée pour l’ensemble De Caelis, Formas in Pulvere (2012) pour 5 voix de femmes, percussion et dispositif électronique en temps réel, sur un texte d’Omar Khayyam, structurée en trente miniatures qui s’enchaînent comme une métaphore de la vie, de l’éphémère et de la façon dont la matière se dissout. Ces thèmes tournant autour de la nature apparaissent aussi dans Formas de arena (2001) et De polvo y piedra (2013). La nomenclature de six percussionnistes requises pour Le Scorpion, typique des œuvres écrites pour les Percussions de Strasbourg, se retrouve dans Les Caramba (2001) composée pour les quarante ans de l’ensemble, mais également dans Del color a la materia (2010-2011), pour piano concertant, six percussionnistes et électronique destinée à la dixième édition du Concours international de piano.

Le devenir d’une œuvre : réécriture ou « œuvre en suspens » ?

La présence récurrente des Traces, ainsi que leur intégration au sein d’œuvres plus vastes (Nocturnes, Traces II–La cabra), les réutilisations successives du même matériaux (Las siete vidas de un gato va devenir en 2002 El Torito Catalan) sont une caractéristique propre à Matalon et ne se retrouvent que rarement, à un tel niveau, chez d’autres compositeurs contemporains. Il s’agit moins d’une réécriture — telle que la pensait Boulez pour les différentes versions de Visage nuptial, par exemple — que d’un processus de réinterprétations de l’œuvre comme le pratique Magnus Lindberg avec Corrente, Decorrente, Corrente II ou Coyote Blues et Dotz Coyote, entre autres. Mais il serait possible aussi d’y voir une résurgence des labyrinthes et des miroirs de l’écriture borgésienne, dont le poème La Trama évoque justement ce pouvoir de toutes les formes de réitérations : « Al destino le agradan las repeticiones, las variantes, las simetrías » [Le destin aime les répétitions, les variantes, les symétries].


1. Martin Matalon, rugged lines, un film écrit et réalisé par Serge Leroux, France, 1998, 13 minutes, Hibou Production.
2. Ibid.
3. https://medias.ircam.fr/x17dd27_martin-matalon-aldous-huxley-variations
4. Pour une analyse plus complète, voir https://medias.ircam.fr/x17dd27_martin-matalon-aldous-huxley-variations
5. Martin Matalon, Rugged, pour double orchestre, concert « Berlioz, Chausson, Ravel, Matalon et Debussy » par l’Orchestre philharmonique de Radio France, publié sur France Musique le 25 octobre 2018.
6. Martin Matalon, entretien avec Charles Arden : https://www.olyrix.com/articles/actu-des-artistes/575/interview-martin-matalon-lombre-de-venceslao-rennes
7. Pierre Boulez, Penser la musique aujourd’hui, Gallimard, 1987.
8. Martin Matalon : https://martinmatalon.com/traces-i/
9. Fernando Benadon, « An Interview with Martin Matalon », Computer Music Journal, MIT Press, Summer, 2005, Vol. 29, n°2, p. 13-22.
10. Tous les extraits de poèmes de Borges ainsi que leur traduction sont issus du livret du disque « La Rosa Profunda : Parcours Musical Sur Des Textes De Jorge Luis Borges », IRCAM CD 0003, 1992. Traduction des poèmes de José Luis Borges : Jean-Pierre Bernès.
11. Ibid.
12. Pascal Ianco, livret du disque « La Rosa Profunda : Parcours Musical Sur Des Textes De Jorge Luis Borges », IRCAM CD 0003, 1992. Traduction des poèmes de José Luis Borges : Jean-Pierre Bernès.
13. Ibid.
14. Martin Matalon : https://martinmatalon.com/rugged-lines/
15. Ibid.
16. Ibid.
17. Martin Matalon, livret du disque Traces, Ensemble Sillages, Sismal Records – SR005, 2005.
18. Ibid.
19. Note de programme Trame II : https://brahms.ircam.fr/fr/works/work/10563/
20. Ibid.
21. Martin Matalon : https://martinmatalon.com/trame-ii/
22. Philippe Langlois, « Musique contemporaine et cinéma, panorama d’un territoire sans frontière », revue Circuit, Montréal, volume 26 numéro 3, 2016, p. 12.
23. Fernando Benadon, « An Interview with Martin Matalon », Computer Music Journal, MIT Press, Summer, 2005, Vol. 29, n°2, p. 13-22, 16.
24. Luis Buñuel, « Metropolis » in : Cahiers du Cinéma N° 223, Paris août 1970, p. 20
25. Site du compositeur : https://martinmatalon.com/metropolis/
26. Ibid.
27. Ibid.
28. Ibid.
29. Pour plus de renseignements, voir l’entretien réalisé par Philippe Langlois : https://medias.ircam.fr/xa723cb_music-for-metropolis-by-martin_matalon
30. Martin Matalon : https://martinmatalon.com/las-siete-vidas-de-un-gato/

© Ircam-Centre Pompidou, 2024

  • Solo (excluding voice)
    • Dos formas del tiempo for piano (2000), 10 mn, Eschig [program note]
    • elec Traces I for cello and electronics (2004), 15 mn, Billaudot
    • Short Stories for vibraphone (2005), 10 mn, Billaudot
    • elec Traces II La cabra, music for Las Hurdes ("Land without bread") by Luis Buñuel, for viola and electronics (2005), 40 mn, Billaudot
    • elec ircam Traces III for horn and electronic device (2006), 10 mn, Billaudot
    • elec ircam Traces IV for marimba and electronics (2006), 10 mn, Billaudot
    • elec ircam Traces V for clarinet and electronic device (2006), 10 mn, Billaudot
    • elec Traces VI for flute and electronic device (2006), 16 mn, Billaudot
    • God speed (2012)
    • elec Traces VIII for violin and electronics (2012), 14 mn
    • elec Traces IX for cello and deferred time electronic device (2014), 8 mn 30 s, Billaudot
    • elec Traces X for accordion and deferred time electronic device (2014), 13 mn 30 s, Billaudot
    • elec Traces XII for harp and deferred time electronic device (2017), 12 mn, Billaudot
    • elec Traces XIII for piano and electronic device (2018), Billaudot
    • elec Traces XIV for guitar and deferred time electronic device (2019), 18 mn about , Billaudot
    • elec Traces XV for bass clarinet and electronic device (2021), 13 mn about , Billaudot
    • elec Traces XVI for vibraphone and electronic device (2021), 13 mn about , Billaudot
    • elec Traces XVII for marimba and electronic device (2021), 16 mn about , Billaudot
    • elec Minitrace 8 educational piece for harp and electronics (stereo) (2022), 2 mn 30 s, Billaudot
    • Piano-Galxaxie for piano (2023), 9 mn 30 s about
    • elec Traces XVIII for timpani and electronic device (2023), 10 mn about , Billaudot
  • Chamber music
    • Bestiario for two clarinets (1993), Eschig
    • La cifra for flute, cello, piano and percussion (1994), 13 mn, Eschig
    • ...del matiz al color... for eight cellos (1999), 12 mn, Eschig
    • Formas de arena for flute, harp and viola (2001), 13 mn, Billaudot
    • Les Caramba for six percussions (2001), 4 mn 30 s, Billaudot
    • elec ircam Le scorpion music for the film L'Age d'or by Luis Buñuel, for six percussions, two pianos and electronics (2002), 1 h 7 mn, Billaudot
    • Lineas de agua for eight cellos (2003), 12 mn, Billaudot
    • Prelude and blue trio for saxophone, percussion and double bass (2005), 15 mn, Billaudot
    • elec La Makina for two pianos, two percussions and electronics (2007), 25 mn, Billaudot
    • elec Har le Tailleur de Pierre musical tale, for three percussionists and electronics (2008), 50 mn, Inédit
    • Loop & épilogue for piano, accordion and cello (2014), 6 mn, Billaudot
    • Metal sobre Metal for horn and two trumpets (2015), 10 mn
    • 3 Interludes for accordion trio (2018), 7 mn about , Inédit
    • Intermezzo for accordion quartet (2018), 10 mn about , Billaudot
    • Lineas, puntos, planos for violin, cello and piano (2018), 14 mn about , Billaudot
    • Spin for 2 pianos and 2 percussions (2018), 17 mn about , Billaudot
    • Atomization, loop & freeze for three pianos and three percussions (2019), 22 mn about , Billaudot
    • La Rueda for violin, piano and electronic device (2019), 13 mn, Billaudot
    • dos nocturnos educational work for 2 flutes and 2 clarinets (2 students + 2 teachers) (2020), 4 mn, Lemoine
    • fanfare & blues pedagogical piece for trumpet and tenor trombone (2020), 3 mn, Billaudot
    • Paseo educational piece for xylophone and vibraphone (2020), 3 mn, Billaudot
    • pendulo educational piece for violon and cello (2020), 2 mn, Billaudot
    • sombra educational piece for bassoon and piano (2020), 2 mn, Billaudot
    • elec La Persecuta music for the film The Adventurer by Charlie Chaplin (2021), 25 mn, Billaudot
    • One Week music for Buster Keaton's movie One Week (2021), 21 mn 30 s, Billaudot
    • Scarecrow music for the movie Scarecrow by Buster Keaton (2021), 18 mn 30 s, Billaudot
    • The Playhouse music for the film The Playhouse by Buster Keaton (2021), 23 mn 30 s, Billaudot
    • Axes for flute, clarinet, percussion, piano, violin and cello (2022), 18 mn 30 s about , Billaudot
    • elec Minitrace 1 for piano four hands and electronics (stereo) (2022), 4 mn 30 s, Billaudot
    • elec Minitrace 2 for flute, percussion and electronics (stereo) (2022), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 3 educational piece for oboe, clarinet in Bb and electronics (stereo) (2022), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 4 educational piece for mandolin, harp, guitar and electronics (stereo) (2022), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 5 educational piece for two percussionists and electronics (stereo) (2022), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 6 educational piece for accordion, bandoneon and electronics (stereo) (2022), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 7 educational piece for violin, viola, cello and electronics (stereo) (2022), 3 mn, Billaudot
  • Instrumental ensemble music
    • elec El Matarife for ensemble of sixteen instrumentalists (1991), 20 mn, Ricordi [program note]
    • elec Monedas de hierro for ten musicians and electronics (1993), 15 mn, Billaudot
    • elec ircam Metropolis music for the film by Fritz Lang, for ensemble and electronics (1995, 2001-2007, 2011), 2 h 20 mn, Eschig [program note]
    • elec Las siete vidas de un gato for eight musicians and electronics, music for Un Chien Andalou by Luis Buñuel (1996), 18 mn, Eschig
    • elec ircam stage Rugged lines ballet for nine instruments and electronics (1997), 50 mn, Eschig
    • elec Rugged lines memos for nine instruments and electronics (1999), 20 mn, Eschig
    • Otras ficciones for winds, percussions, two pianos, two harps and double basses (2001), 27 mn, Eschig
    • El torito catalan for orchestra (2002), 17 mn, Billaudot
    • Trame V concerto for trumpet and orchestra (2003), 23 mn, Billaudot
    • La légende de M. Chance musical tale, for orchestra (2006), 40 mn, Billaudot
    • Lignes de fuite for orchestra (2007), 18 mn, Billaudot
    • stage Tulles et les ombres musical tale, for seven instrumentalists (2007), 50 mn
    • elec Tunneling for ensemble and electronics (2009), 18 mn 30 s
    • …de tiempo y de metal… for brass ensemble (2010), 16 mn, Billaudot
    • elec De polvo y piedra for ensemble and electronics (2013), 20 mn, Billaudot
    • elec stage Trois pommes d’or tale for seven instrumentalists and electronic device (2013), 55 mn
    • Spirals, loops, lines for ensemble of fifteen instruments (2014), 20 mn, Billaudot
    • elec Foxtrot Délirium film soundtrack, for twelve instruments and electronic device (2015), 58 mn, Billaudot
    • stage Caravanserail for circus artists and thirteen instrumentalists (2016), 40 mn, Billaudot
    • Rugged for orchestra (2018), 10 mn, Billaudot
    • Wenceslao Orchestral suite for orchestra (2020), 15 mn, Billaudot
    • elec Metropolis Rebooted music for the restored version of Fritz Lang's Metropolis (2021, 2021), 2 h 20 mn, Durand
    • elec flux & freeze for 2 flutes, clarinet(s), saxophone(s), 2 percussions, piano, synthesizer and electronics (prerecorded) (2022), 16 mn, Billaudot
    • Suite musicale un prologue for clarinet(s), bassoon, trumpet, trombone, percussion, violin et double bass (2023), 15 mn
    • Relatos concerto for orchestra (2024), 27 mn about
  • Concertant music
    • Trame I for oboe and five instrumentalists (1997), 13 mn, Billaudot
    • Trame II for harpsichord and six instrumentalists (1999), 18 mn, Eschig [program note]
    • Trame III concerto for cello and orchestra (2000), 23 mn, Eschig
    • Trame Ia for soprano saxophone and five instrumentalists (2001), 13 mn, Billaudot
    • Trame IV for piano and eleven instrumentalists (2001), 16 mn, Billaudot
    • Trame VI for viola and chamber orchestra (2004), 22 mn, Billaudot
    • Trame VII for horn and ensemble (2005), 21 mn, Billaudot
    • Trame IX concerto for oboe and orchestra (2008), 21 mn, Billaudot
    • Trame VIII for solo marimba and eight instruments (2008), 20 mn, Billaudot
    • Trame X for accordion and ensemble (2009), 17 mn, Billaudot
    • elec Del color a la materia for concerto piano, six percussionists and electronics (2010-2011), Billaudot
    • K/D/M Concerto for two percussionists, accordion and chamber orchestra (2010-2011), Billaudot
    • Trame XI for solo double bass and ensemble (2011), 14 mn, Billaudot
    • Trame XII for solo trumpet and string orchestra (2011), Billaudot
    • Trame XIII for soprano saxophone and orchestra (2015), 16 mn, Billaudot
    • elec Spinning lines for 2 to 5 soloists and orchestra (2017), 28 mn, Billaudot
    • Trame XIV for clarinet and ensemble (2018), Billaudot
  • Vocal music and instrument(s)
    • stage Le Miracle Secret chamber opera, for five voices and ten instruments (1989), 45 mn, Ricordi
    • elec ircam La rosa profunda (Monedas de Hierro) a musical journey on texts by Jorge Luis Borges, for narrator, ensemble and electronics (1992), 45 mn, Inédit
    • ircam Nocturnes radio opera for three solo instruments and three actors (2006), 30 mn, Inédit
    • elec stage La Rosa... for mezzo-soprano, narrator, accordion, instrumental ensemble and electronic device (2011), 1 h 5 mn, Billaudot
    • elec Formas in Pulvere for 5 female voices, percussion and real-time electronics (2012), 35 mn, Billaudot
    • elec stage Les Morts qui touchent sonic theater, for narrator, mezzo-soprano, ensemble and electronic device in deferred time (2013), 1 h 25 mn
    • elec La Carta for mezzo-soprano, clarinet, accordion, percussion and electronic device (2015), 16 mn, Billaudot
    • stage L’ombre de Venceslao opera in two acts (2016), 1 h 25 mn, Billaudot
    • stage Celui qui dit non opera (2023), 35 mn, Billaudot
    • elec ircam Behind the screen cinema screening with live music for the film by Charlie Chaplin (2024), 23 mn 30 s
    • elec ircam The Immigrant cinema screening with live music for the film by Charlie Chaplin (2024), 24 mn
    • elec ircam The Vagabond cinema screening with live music for the film by Charlie Chaplin (2024), 25 mn 30 s
  • A cappella vocal music
    • Tabula es for choir (2004), 8 mn, Billaudot
    • elec Traces VII for soprano and electronics (2008)
    • elec Dos Lineas for 5 female voices and delayed-time electronic device (2013), 8 mn, Billaudot
    • elec Traces XIX for mezzo-soprano and electronic device (2024), 10 mn about
  • Electronic music / fixed media / mechanical musical instruments
    • elec ircam Le Tunnel sous l'Atlantique music for a televirtuality event between the Center Pompidou and the Montreal Museum of Contemporary Art (1995), 40 mn, Inédit
  • 2024
    • elec ircam Behind the screen cinema screening with live music for the film by Charlie Chaplin, 23 mn 30 s
    • Relatos concerto for orchestra, 27 mn about
    • elec ircam The Immigrant cinema screening with live music for the film by Charlie Chaplin, 24 mn
    • elec ircam The Vagabond cinema screening with live music for the film by Charlie Chaplin, 25 mn 30 s
    • elec Traces XIX for mezzo-soprano and electronic device, 10 mn about
  • 2023
  • 2022
    • Axes for flute, clarinet, percussion, piano, violin and cello, 18 mn 30 s about , Billaudot
    • elec Minitrace 1 for piano four hands and electronics (stereo), 4 mn 30 s, Billaudot
    • elec Minitrace 2 for flute, percussion and electronics (stereo), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 3 educational piece for oboe, clarinet in Bb and electronics (stereo), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 4 educational piece for mandolin, harp, guitar and electronics (stereo), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 5 educational piece for two percussionists and electronics (stereo), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 6 educational piece for accordion, bandoneon and electronics (stereo), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 7 educational piece for violin, viola, cello and electronics (stereo), 3 mn, Billaudot
    • elec Minitrace 8 educational piece for harp and electronics (stereo), 2 mn 30 s, Billaudot
    • elec flux & freeze for 2 flutes, clarinet(s), saxophone(s), 2 percussions, piano, synthesizer and electronics (prerecorded), 16 mn, Billaudot
  • 2021
    • elec La Persecuta music for the film The Adventurer by Charlie Chaplin, 25 mn, Billaudot
    • elec Metropolis Rebooted music for the restored version of Fritz Lang's Metropolis, 2 h 20 mn, Durand
    • One Week music for Buster Keaton's movie One Week, 21 mn 30 s, Billaudot
    • Scarecrow music for the movie Scarecrow by Buster Keaton, 18 mn 30 s, Billaudot
    • The Playhouse music for the film The Playhouse by Buster Keaton, 23 mn 30 s, Billaudot
    • elec Traces XV for bass clarinet and electronic device, 13 mn about , Billaudot
    • elec Traces XVI for vibraphone and electronic device, 13 mn about , Billaudot
    • elec Traces XVII for marimba and electronic device, 16 mn about , Billaudot
  • 2020
    • Paseo educational piece for xylophone and vibraphone, 3 mn, Billaudot
    • Wenceslao Orchestral suite for orchestra, 15 mn, Billaudot
    • dos nocturnos educational work for 2 flutes and 2 clarinets (2 students + 2 teachers), 4 mn, Lemoine
    • fanfare & blues pedagogical piece for trumpet and tenor trombone, 3 mn, Billaudot
    • pendulo educational piece for violon and cello, 2 mn, Billaudot
    • sombra educational piece for bassoon and piano, 2 mn, Billaudot
  • 2019
    • Atomization, loop & freeze for three pianos and three percussions, 22 mn about , Billaudot
    • La Rueda for violin, piano and electronic device, 13 mn, Billaudot
    • elec Traces XIV for guitar and deferred time electronic device, 18 mn about , Billaudot
  • 2018
    • 3 Interludes for accordion trio, 7 mn about , Inédit
    • Intermezzo for accordion quartet, 10 mn about , Billaudot
    • Lineas, puntos, planos for violin, cello and piano, 14 mn about , Billaudot
    • Rugged for orchestra, 10 mn, Billaudot
    • Spin for 2 pianos and 2 percussions, 17 mn about , Billaudot
    • elec Traces XIII for piano and electronic device, Billaudot
    • Trame XIV for clarinet and ensemble, Billaudot
  • 2017
    • elec Spinning lines for 2 to 5 soloists and orchestra, 28 mn, Billaudot
    • elec Traces XII for harp and deferred time electronic device, 12 mn, Billaudot
  • 2016
  • 2015
    • elec Foxtrot Délirium film soundtrack, for twelve instruments and electronic device, 58 mn, Billaudot
    • elec La Carta for mezzo-soprano, clarinet, accordion, percussion and electronic device, 16 mn, Billaudot
    • Metal sobre Metal for horn and two trumpets, 10 mn
    • Trame XIII for soprano saxophone and orchestra, 16 mn, Billaudot
  • 2014
    • Loop & épilogue for piano, accordion and cello, 6 mn, Billaudot
    • Spirals, loops, lines for ensemble of fifteen instruments, 20 mn, Billaudot
    • elec Traces IX for cello and deferred time electronic device, 8 mn 30 s, Billaudot
    • elec Traces X for accordion and deferred time electronic device, 13 mn 30 s, Billaudot
  • 2013
    • elec De polvo y piedra for ensemble and electronics, 20 mn, Billaudot
    • elec Dos Lineas for 5 female voices and delayed-time electronic device, 8 mn, Billaudot
    • elec stage Les Morts qui touchent sonic theater, for narrator, mezzo-soprano, ensemble and electronic device in deferred time, 1 h 25 mn
    • elec stage Trois pommes d’or tale for seven instrumentalists and electronic device, 55 mn
  • 2012
  • 2011
    • elec Del color a la materia for concerto piano, six percussionists and electronics, Billaudot
    • K/D/M Concerto for two percussionists, accordion and chamber orchestra, Billaudot
    • elec stage La Rosa... for mezzo-soprano, narrator, accordion, instrumental ensemble and electronic device, 1 h 5 mn, Billaudot
    • Trame XI for solo double bass and ensemble, 14 mn, Billaudot
    • Trame XII for solo trumpet and string orchestra, Billaudot
  • 2010
  • 2009
    • Trame X for accordion and ensemble, 17 mn, Billaudot
    • elec Tunneling for ensemble and electronics, 18 mn 30 s
  • 2008
    • elec Har le Tailleur de Pierre musical tale, for three percussionists and electronics, 50 mn, Inédit
    • elec Traces VII for soprano and electronics
    • Trame IX concerto for oboe and orchestra, 21 mn, Billaudot
    • Trame VIII for solo marimba and eight instruments, 20 mn, Billaudot
  • 2007
  • 2006
    • La légende de M. Chance musical tale, for orchestra, 40 mn, Billaudot
    • ircam Nocturnes radio opera for three solo instruments and three actors, 30 mn, Inédit
    • elec ircam Traces III for horn and electronic device, 10 mn, Billaudot
    • elec ircam Traces IV for marimba and electronics, 10 mn, Billaudot
    • elec ircam Traces V for clarinet and electronic device, 10 mn, Billaudot
    • elec Traces VI for flute and electronic device, 16 mn, Billaudot
  • 2005
    • Prelude and blue trio for saxophone, percussion and double bass, 15 mn, Billaudot
    • Short Stories for vibraphone, 10 mn, Billaudot
    • elec Traces II La cabra, music for Las Hurdes ("Land without bread") by Luis Buñuel, for viola and electronics, 40 mn, Billaudot
    • Trame VII for horn and ensemble, 21 mn, Billaudot
  • 2004
    • Tabula es for choir, 8 mn, Billaudot
    • elec Traces I for cello and electronics, 15 mn, Billaudot
    • Trame VI for viola and chamber orchestra, 22 mn, Billaudot
  • 2003
    • Lineas de agua for eight cellos, 12 mn, Billaudot
    • Trame V concerto for trumpet and orchestra, 23 mn, Billaudot
  • 2002
    • El torito catalan for orchestra, 17 mn, Billaudot
    • elec ircam Le scorpion music for the film L'Age d'or by Luis Buñuel, for six percussions, two pianos and electronics, 1 h 7 mn, Billaudot
  • 2001
    • Formas de arena for flute, harp and viola, 13 mn, Billaudot
    • Les Caramba for six percussions, 4 mn 30 s, Billaudot
    • Otras ficciones for winds, percussions, two pianos, two harps and double basses, 27 mn, Eschig
    • Trame IV for piano and eleven instrumentalists, 16 mn, Billaudot
    • Trame Ia for soprano saxophone and five instrumentalists, 13 mn, Billaudot
  • 2000
  • 1999
  • 1997
    • elec ircam stage Rugged lines ballet for nine instruments and electronics, 50 mn, Eschig
    • Trame I for oboe and five instrumentalists, 13 mn, Billaudot
  • 1996
  • 1995
    • elec ircam Le Tunnel sous l'Atlantique music for a televirtuality event between the Center Pompidou and the Montreal Museum of Contemporary Art, 40 mn, Inédit
    • elec ircam Metropolis music for the film by Fritz Lang, for ensemble and electronics, 2 h 20 mn, Eschig [program note]
  • 1994
    • La cifra for flute, cello, piano and percussion, 13 mn, Eschig
  • 1993
  • 1992
  • 1991
  • 1989
    • stage Le Miracle Secret chamber opera, for five voices and ten instruments, 45 mn, Ricordi

Sites Internet

Interviews en ligne

(liens vérifiés en mars 2024).

Bibliographie

  • Fernando BENADON, « An Interview with Martin Matalon », in Computer Music Journal, 29(2), 2005, p. 13-22.
  • Sylviane FALCINELLI, « Martin Matalon ou le labyrinthe des effervescences », L’éducation musicale, janvier-février 2006, n° 529-530, p. 33-36.

Discographie

  • Martin MATALON, … del color alla materia … ; La Makina, Ensemble Batida, 1 cd VDE-Gallo, 2017, cd-1496.
  • Martin MATALON, Trame IV ; Trame VII ; Trame I ; Trame VIII, Ensemble Mesostics, dans « Tramages » avec des œuvres de Philippe Hurel et Bernard Cavanna, 1 cd Hortus, 2014.
  • Martin MATALON, Trame II ; Trame IV ; Trame VIII, Maude Gratton, clavecin ; Florence Cioccolani, piano ; Eriko Minami, marimba ;**Ensemble Les Siècles ; François-Xavier Roth, direction, 1 cd Musicales Actes Sud, 2011.
  • Martin MATALON, « Traces » : Traces II pour alto ; Traces VI, pour flûte ; Traces IV, pour marimba ; Traces V, pour clarinette ; Traces III, pour cor ; Traces VII, pour soprano, ensemble Sillages : Gilles Deliège, Sophie Deshayes, Eve Payeur, Pierre Dutrieu, Pierre Remondière, Donatienne Michel-Dansac, direction artistique : Philippe Arrii Blaschette et Martin Matalon, 1 cd Sismal Records, 2010.
  • Martin MATALON, Metropolis, musique pour le film de Frizt Lang, réédition Ircam-Centre Pompidou, Ernest Martinez-Izquierdo : direction, enrégistrement public au théâtre du Châtelet les 30 et 31 mai 1995, 1 cd Ircam-Centre Pompidou, deuxième édition : 2006.
  • Martin MATALON, Trames III et V ; Torito Catalan, œuvres pour orchestre, Marc Coppey, violoncelle, Eric Aubier, trompette, orchestre national de Lorraine, direction : Jacques Mercier, enregistré en septembre 2004 à l’Arsenal de Metz, 1 cd Accord-Una Corda, MFA, 2006.
  • Martin MATALON, Le Scorpion, musique pour le film de Luis Buñuel, Percussions de Strasbourg, technique Ircam (Spat), 1 sacd Accord-Una Corda-MFA, 2004, 476 1280.
  • Martin MATALON, De tiempo y de arena, comprenant aussi Monedas de hierro, ensemble court-circuit, direction : Pierre André Valade, …del matiz al color…, L’Octuor de violoncelles de Beauvais ; Dos formas del tiempo, pour piano, Dimitri Vassilakis, piano ; Formas de arena, Trio Nobis ; Las siete vidas de un gato, Ensemble Ictus, direction : Georges Élie Octors,  1 cd Accord-Una Corda, 2003, 476 070-2.
  • Martin MATALON, La rosa profunda, parcours musical, sur des textes de Luis Borges, Rodolfo de Suza, récitant, Martin Matalon, direction, 1 cd Ircam-Centre Pompidou, 1992, CD0003.

Documentaires vidéos

  • Métropolis résonances – Martin Matalon, documentaire écrit et réalisé par Serge Leroux. France, 2001, 26 minutes, Hibou Production.
  • Martin Matalon, rugged lines, documentaire écrit et réalisé par Serge Leroux, France, 1998, 13 minutes, Hibou Production.