violon, violon II, alto, violoncelle
Washington, Etats-Unis
Quatuor Kolisch
Lorsque, le 6 août 1934, Béla Bartók s’attelle à la composition de son Quatuor à cordes n° 5, sept années ont passé depuis l’achèvement du Quatuor à cordes n° 4 et le compositeur renoue avec les œuvres d’envergure. Depuis 1931 et son monumental Concerto pour piano n° 2, en effet, Bartók s’est consacré à de courtes pièces, souvent didactiques – même si certaines sont de véritables chefs-d’œuvre (les 44 Duos pour violons, par exemple). Exception faite de quelques arrangements de danses hongroises, 1933 représente d’ailleurs une année quasi blanche : la folie fasciste qui s’empare de l’Europe est un cauchemar pour Bartók.
La genèse de ce nouveau quatuor sera très rapide – un mois, jour pour jour. Comme pour le Quatuor n° 4, le compositeur adopte une forme en arche (ABCBA), laquelle sert autant à rythmer l’œuvre dans sa globalité qu’à nourrir son énergie expressive. Cependant, au contraire de son prédécesseur pour lequel le choix de l’arche avait été relativement tardif, il a ici été envisagé dès le début de la composition. Résultat : la structure palindromique est à la fois plus complexe et plus organique, le principe de symétrie générant également la forme locale de chaque mouvement. À l’inverse du Quatuor n° 4, qui s’organisait autour d’un mouvement lent et introspectif, les arches concentriques successives s’ordonnancent ici autour du sommet/pierre angulaire qu’est le Scherzo – le mouvement le plus nerveux et agité de l’œuvre. Marqué «alla Bulgarese», il est l’occasion pour le père de l’ethnomusicologie de puiser dans le riche folklore bulgare, auquel ledit Scherzo emprunte son mètre si singulier, à la scansion irrégulière, qui peut paraître bancale au premier abord.
D’un bout à l’autre de ce savant jeu de miroir, l’impression dégagée reste celle de l’expectative, voire de l’appréhension, puis de l’effroi. Un mal sombre, sournois et rampant n’attend qu’une petite ouverture pour faire exploser toute sa violence. La forme en arche, ainsi que quelques détails lyriques, ironiques ou mélancoliques égarés ça et là, donnent le sentiment d’un quatuor à cordes habité par l’angoisse de l’irréversibilité du temps – et, plus douloureusement encore, de l’Histoire.
Ceci est un extrait. La version complète est disponible à la médiathèque de l'IRCAM.
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