flute (also bass flute, clarinet (also contrabass clarinet, bassoon (also contrabassoon, horn, trumpet, trombone, 2 percussionists, piano, harp, violin, cello
Musique pour le film Die Austernprinssezin de Ernst Lubitsch.
Le film d’Ernst Lubitsch La Princesse aux huîtres m’a interpellé pour plusieurs raisons. En premier lieu parce qu’il est extrêmement musical, dans le sens où tout est rythme. Les idées, les situations s’enchaînent avec rapidité, tout semble en apesanteur, progressant avec esprit et légèreté. Cette légèreté caractéristique de Lubitsch a un effet libérateur au niveau de l’écriture musicale, me poussant à trouver des solutions à des problématiques que, en tant que compositeurs, nous n’avons pas toujours l’habitude d’aborder. Par exemple, la musique n’étant pas signifiante (elle n’explique pas par des mots), comment traduire l’humour ? L’humour tient souvent à la vitesse et à la légèreté, or les films muets des années vingt sont assez lents car il fallait être parfaitement explicite. Dans La Princesse aux huîtres, au contraire, tout circule, tout est très mobile et d’une extrême rapidité. La musique peut alors se caler sur ce rythme trépidant, et rendre l’humour à travers de vifs échanges entre instruments et images, ce qui crée des situations truculentes. Certaines scènes sont tout à fait chorégraphiques, d’ailleurs, et montées avec une grande précision. Le film est plein d’inventivité, la réalisation est d’une grande finesse. Tous ces facteurs sont autant de cheminements musicaux à explorer. Il y a des scènes que je trouve très réussies, des images magnifiques comme dans la scène du foxtrot où la danse se propage telle une épidémie.
Le ciné-concert permet de transformer un spectacle figé en spectacle vivant. Il ajoute aux images une dimension musicale et spatiale qui n’existe pas dans un film muet accompagné d’une musique préenregistrée. C’est un médium qui offre une lecture différente du film, une nouvelle interprétation et, si l’alchimie est bonne, peut même actualiser ou « contemporanéiser » l’œuvre. La musique en devient la parole. Par ailleurs, l’ajout de l’électronique me permet d’influencer l’espace : elle offre une expérience immersive au public, qui se retrouve entouré par le son, placé tout autour de lui. L’électronique permet aussi de compléter ou de prolonger la musique instrumentale, d’en modifier le timbre, la matière, l’acoustique… L’idéal étant que le film et la musique se confondent en une même entité, un monde sonore et visuel captivant pour le spectateur.
Martin Matalon
Propos recueillis par Benoist Baillergeau
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