Claire Schapira (1946)

Rumeur (1986)

pour soprano et cinq musiciens

  • General information
    • Composition date : 1986
    • Duration : 15 mn
    • Editor : Inédit
    • Livret (détail, auteur) :

      Georges Perec, Alphabets

Detailed formation
  • soliste : soprano solo
  • flûte alto, piano, violon, alto, violoncelle

Creation information

Program note

des potins des ragots ça murmure ça chuchote ça gronde ça bourdonne
les rumeurs les qu'en-dira-t-on ça bruisse ça crépite ça circule
ça grogne les langues se délient et susurrent
les oreilles à l'écoute sont tendues
brouhaha confusions des éclats un
tumulte un bruit se répand
dans le public une
rumeur s'élève
dans la salle
musique


Claire Schapira

Rumeur est écrit sur onze poèmes extraits du recueil de Georges Perec : Alphabets.

Perec a expérimenté diverses formes de contraintes en littérature, que l'on pourrait comparer à l'écriture « stricte » ou « obligée » des musiciens. (On se souvient de La Disparition, où la lettre E brille par son absence)

Dans Alphabets, Perec s'est fixé un certains nombre de règles très proches des techniques dodécaphoniques ; dans la présentation du recueil, il écrivait : « chaque vers utilise une même série de lettres différentes, quelque chose comme une gamme, dont les permutations produiront le poème selon un principe analogue à la musique sérielle : on ne peut répéter une lettre avant d'avoir épuisé la série. »

Lorsque ce texte est chanté, l'auditeur perçoit clairement la fréquence inhabituelle de certains phonèmes : chaque fragment a, dans Rumeur, un véritable timbre consonantique.

Ce code textuel si prégnant est déconstruit en musique. Les divers poèmes sont éclatés, mêlés, et ces éclats s'associent parfois des motifs musicaux récurrents, souvent traités de façon… sérielle ! Arraché à son support spatial — la page et sa typographie — le texte est soumis à l'épreuve du temps. Dans la dernière partie de la pièce, la soprano restée seule met en scène ce travail de l'érosion : la chanteuse hésite, « cherche à se souvenir », s'essouffle, procède « pas à pas», comme par « bribes de mémoire». De l'omission de certaines syllabes naissent de nouveaux mots, et la « fureur » de l'incertitude se transforme en jubilation : la jouissance de l'oubli provoque une « joie farouche ».

Peter Szendy.