updated 25 April 2018
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Paul Dessau

Compositeur allemand né le 19 décembre 1894 à Hambourg, mort le 28 juin 1979 à Berlin-Est.

Paul Dessau est né le 19 décembre 1894 à Hambourg. Il grandit dans un univers musical : son grand-père est chantre à la synagogue, son père mélomane. Un de ses cousins, Max Winterfeld, alias Jean Gilbert, est chef d’orchestre et compositeur d’opérettes. Dès son plus jeune âge, Dessau apprend le violon, mais il doit abandonner l’idée d’une carrière d’instrumentiste en raison d’un problème physiologique à la main gauche. Il se convertit alors à la direction d’orchestre, qu’il étudie de 1909 à 1913 à Berlin. Âgé de 18 ans tout juste, il est répétiteur au théâtre de Hambourg.

En mai 1915, Paul Dessau est appelé sur le front français, où il est blessé. Il est ensuite assigné à un poste de musicien militaire dans le Schleswig. Après la Première Guerre mondiale, il obtient différents engagements de chef d’orchestre, à Hambourg, puis à Cologne (1919-1923), auprès d’Otto Klemperer. Suivent des contrats à Mayence (1923-1924) et au Städtische Oper de Berlin (1925-1926). À partir de 1926, c’est au cinéma (Wiesbaden, puis Berlin) qu’il dirige et compose sur des films muets. Il écrit aussi quelques compositions pour le culte juif, et à partir de 1930, pour des chœurs ouvriers.

Politiquement à gauche, de confession juive et musicien d’avant-garde, Paul Dessau est triplement menacé dans l’Allemagne aux mains des nationaux-socialistes depuis le 30 janvier 1933. Il fuit en France en août 1933. Dessau sort de facto de la carrière « classique » de compositeur qui s’offrait à lui pour mener une vie de bohème, pendant laquelle il connaît la pénurie. Le succès ne se mesure plus à l’aune du grand public, mais d’un cercle restreint d’amis et de connaissances. L’exil l’incite aussi à se rapprocher de ses racines juives. Pendant la guerre civile d’Espagne, il compose des chants pour les Brigades internationales. C’est aussi pendant l’exil en France qu’il commence une collaboration avec Bertolt Brecht.

En juillet 1939, Dessau s’installe à New York. Il vit d’emplois divers, comme ceux de correcteur et copiste de partitions ou de professeur de piano. Son intégration dans la communauté juive se renforce. La disparition de sa mère, déportée et morte à Theresienstadt en 1942, est un élément déterminant pour la suite de son engagement. Sur les conseils de Brecht, Dessau quitte New York pour Hollywood en octobre 1943. Son réseau et la présence de nombreux intellectuels et artistes allemands en exil l’aident à s’intégrer. Des compositions pour les studios d’Hollywood lui permettent de vivre. Sa collaboration avec Brecht s’intensifie.

Fuyant la « chasse aux sorcières » qui sévit aux États-Unis, Dessau rentre en Europe en juillet 1948 : passant par Paris, puis par Stuttgart, il s’installe finalement dans la partie Est de Berlin. Les autorités soviétiques laissent encore une relative liberté artistique dans leur zone d’occupation, alors qu’en URSS même, la lutte contre le « formalisme » décrié par Jdanov bat son plein. Contrairement à Bertolt Brecht ou Hanns Eisler, plus réservés, Dessau prend sa carte au Parti socialiste unifié (SED) dès novembre 1948, puis la nationalité est-allemande après la création de la RDA le 7 octobre 1949. Tandis qu’il espère œuvrer au renouveau démocratique de l’Allemagne et rapporte d’exil de nombreuses partitions, il se heurte à une méfiance des autorités est-allemandes.

Entretenant un rapport distant aux institutions, Dessau ne se charge jamais de responsabilités administratives. En revanche, la tâche d’enseignement (à l’Académie des Arts principalement) lui tient à cœur. Il devient l’un des compositeurs les plus renommés de RDA et noue des liens privilégiés avec des musiciens de l’Ouest ou de l’Est, comme Luigi Nono, Hans Werner Henze, Boris Blacher ou Alfred Schnittke. Il fait en effet partie de l’intelligentsia autorisée à voyager. Lauréat, à plusieurs reprises, du prix national de la RDA (1953, 1956, 1965, 1974), il participe en quelque sorte de la « vitrine » culturelle que la RDA se plaît à afficher. Cette position lui laisse une relative liberté d’expression qu’il n’hésite pas à mettre au service des artistes et amis en butte à la rigidité du régime.

Il est d’autant plus surprenant qu’il approuve le Parti en 1976 dans « l’affaire Wolf Biermann », déchu de la nationalité est-allemande après un concert à Cologne, et qui n’est pas autorisé à rentrer dans son pays. L’attitude de Dessau peut s’expliquer par son attachement à l’Allemagne de l’Est, alternative largement préférable à ses yeux à l’Allemagne capitaliste, qui fut le berceau du fascisme en un autre temps. Dessau fait partie de ceux qui espèrent transformer le régime de l’intérieur.

Toutefois, un scepticisme croissant du compositeur à l’égard de la stagnation de son pays semble s’exprimer dans son œuvre ultime, l’opéra Léonce et Léna,créé cinq mois après sa mort survenue le 28 juin 1979, à l’âge de 84 ans. Une de ses dernières volontés fut le refus d’obsèques nationales.


© Ircam-Centre Pompidou, 2018

Catalog sources and details

Laetitia Devos et éditeurs.

Catalog source(s)

Laetitia Devos et éditeurs.

Bibliographie sélective

Ecrits et interviews du compositeur
  • DESSAU, Paul, Notizen zu Noten, Leipzig, Reclam, 1974. Traduction française de « A propos de ma collaboration avec Brecht », A propos de l’opéra La Condamnation de Lucullus », « A propos de l’opéra Puntila », « L’opéra, un genre artistique actuel ? » dans Feneyrou 2003, par Olivier Mannoni et Laurent Feneyrou.
  • DESSAU, Paul, Aus Gesprächen, Leipzig, Deutscher Verlag für Musik, 1974. Traduction française de « Einstein » dans Feneyrou 2003, par Olivier Mannoni et Laurent Feneyrou.
  • DESSAU, Paul, « Let’s Hope fort he Best »*.* Briefe und Notizbücher aus den Jahren 1948 bis 1978. Edité par Daniela Reinhold, Stiftung Archiv der Akademie der Künste, Hofheim, Wolke, 2000.
  • STÜRZBECHER, Ursula, Komponisten in der DDR, 17 Gespräche, Hildesheim, Gerstenberg, 1979, p. 129-137.
  • Archives Paul Dessau: Stiftung Archiv Akademie der Künste, Robert-Koch-Platz, Berlin.
Littérature critique
  • ANGERMANN, Klaus (dir.), Paul Dessau –**Von Geschichte gezeichnet. Symposionsberichte des Musikfestes Hamburg , Hofheim, Wolke, 1995
  • DEVOS, Laetitia, L’opéra en RDA. Sous le signe de Büchner, Rennes, PUR, collection le Spectaculaire, 2012.
  • FENEYROU, Laurent, Musique et dramaturgie. Esthétique de la représentation au XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 131-138.
  • FISCHER, Matthias, Komponieren für und wider den Staat. Paul Dessau in der DDR, Cologne, Böhlau, 2009. Résumé en anglais : FISCHER, Matthias, « Exile – Remigration – Socialist Realism: The Role of Classical Music in the Works of Paul Dessau », in: FRACKMAN Kyle / POWELL, Larson (dir.), Classical music in the german democratic republic, Rochester, Camden House, 2015, p. 183-194.
  • LEIBOWITZ, René, Introduction à la musique de douze sons. Les Variations pour orchestre op. 31 d’Arnold Schoenberg, Paris, l’Arche, 1949, p. 259-261.
  • LUCCHESI, Joachim (éd.), Das Verhör in der Oper. Die Debatte um die Aufführung « Das Verhör des Lukullus»von Bertolt Brecht und Paul Dessau, Berlin, BasisDruck, 1993.
  • NEEF, Sigrid et Hermann, Deutsche Oper im 20. Jahrhundert. DDR, 1949-89, Berlin, Peter Lang, 1992, p. 61-118.
  • REINHOLD, Daniela (éd.), Paul Dessau 1894-1979 : Dokumente zu Leben und Werk, Stiftung Archiv der Akademie der Künste, Berlin, Henschel, 1995.
  • “Dessau, Paul” Munzinger Online/KDG - Komponisten der Gegenwart, URL: http://www.munzinger.de.561319464.erf.sbb.spk-berlin.de/document/17000000118 [consulté le 15/8/2017]

Discographie sélective :

  1. Musique symphonique
  • In memoriam Bertolt Brechtfür großes Orchester (1956/57);Bach-Variationen für großes Orchester (1962/63), Gewandhausorchester Leipzig, Paul Dessau. Berlin Classics 21822 (enregistrements de 1966 et 1974, CD 1994)
  • Symphonische Mozart-Adaptation des Quintetts Es-Dur, KV 614für Orchester (1964/65), Staatskapelle Berlin, dir. Otmar Suitner;Orchestermusik Nr. 3 „Lenin“(1969); Chor der Deutschen Staatsoper Berlin, Kinderchor des Deutschlandsenders, Staatskapelle Berlin, dir. Paul Dessau;Sinfonie Nr. 2, Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin, dir. Rolf Kleinert. Berlin Classics 0091822 (enregistrements de 1972 et 1978, CD 1997)
  • Orchestermusik Nr. 2 „Meer der Stürme“für großes Orchester (1967);Orchestermusik Nr. 4 für großes Orchester (1972/73), Rundfunkchor Leipzig, RSO Leipzig, Herbert Kegel; RSO Leipzig, Berlin Classics 0021822 (enregistrement de 1974, CD 1994)
  • Erste Sinfoniefür großes Orchester (1926; rev. 1929);Les Voix pour Soprano, Piano obligato et Orchestre (Paul Verlaine, 1939/40; orch. 1943); Staatsorchester Frankfurt (Oder), dir. Nikos Athinäos. Signum X65–00 (CD 1995)
  1. Oeuvres pour piano:
  • Sonate für Klavier in F-Dur(1914/15; revue en 1917 et 1948);Neuen Studien für Klavier(1932-1933);Guernica (nach Picasso)(1938);Sonatine für Klavier (1975) ; Siegfried Stöckigt (Piano), Dresdner Philharmonie, dir. Herbert Kegel. Berlin Classics 0091 812 ( enregistrement de 1979, CD 1996)
  1. Oeuvres vocales:
  • Hagadah. Ein szenisches Oratorium für Chor, Kinderchor, Soli und Orchester (Max Brod, 1934/36).
  • Chor des Norddeutschen Rundfunks, Berliner Männerchor „Carl Maria von Weber“, Hamburger Alsterspatzen, Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, dir. Gerd Albrecht. – Capriccio 10 590–591 (CD 1995)
  • Deutsches Miserere für gemischten Chor, Kinderchor, Sopran, Alt, Tenor und Bass solo, großes
  • Orchester, Orgel und Trautonium (Bertolt Brecht, 1843/47; daraus: 2. Teil, Nr.XXV.–XXVIII.), Rundfunk-Chor Leipzig, Rundfunk Sinfonie-Orchester Leipzig, dir. Herbert Kegel. BMG Classics 74321 73508 (CD 2000)
  • Songs:Begrüßung(1952-/1974),Hebräisches Hirtenlied(1931/32),Aus Vier Lieder des Glückgotts(1943/47*) : Söhnlein, kauf dir einen Strick*(1944/45).Kleines Lied(1965).AusFünf Lieder(1955):Wir Vögel singen nicht egal.Aus27 Lieder(1963-67):Dreistrophig,Philosophen und die Liebe, Weltklavier, Froher Morgen, an die Bäume, Intermezzo, Zu den Sternen, Jahreskreis, Küsse,*Konzert,Rundgesang, Alles für die Liebste, Schöne Tage, Der Stör. Aus*Der gute Mensch von Sezuan(1947):Lied vom achten Elefanten, Arioso der Shen Te, Lied von der Wehrlosigkeit der Götter und Guten. AusZwei Lieder(1950):Wo bist du jetzt.AusFünf Lieder(1955):Ein Herz laviert nicht. Shakespeare-Sonett 8(1975).Tierverse(1967-73). AusDer Kaukasische Kreidekreis(1954):Lied des Azdak. Kriegslied(3. Fassung, 1950). AusDrei Lieder(1974):Doktrin. Chanteurs: Roswitha Trexler, Sylvia Geszty, Sonja Kehler, Annelies Burmeister, Peter Schreier, Siegfried Vogel, Vladimir Bauer. Piano: Jutta Czapski, Walter Olbertz. Flûte: Siegfried Hermann. Guitare: Thomas Heyn. Leizpiger Kammermusikvereinigung, gruppe neue musik hanns eisler, dir. Max Pommer / Helge Jung. Berliner Classics 0090592 (enregistrements de 1969, 1977 et 1981, CD 1995).
  1. Opéras :
  • Die Verurteilung des Lukullus . Rundfunkchor Leipzig, Rundfunk-Kinderchor Leipzig, Rundfunk-Sinfonie-Orchester Leipzig, dir. Herbert Kegel. Berlin Classics 10732 (enregistrement de 1966, CD 1993)
  • Puntila . Chor der Deutschen Staatsoper Berlin, Staatskapelle Berlin, dir. Paul Dessau. Berlin Classics 0021842 (enregistrement de 1969, CD 1994)
  • Einstein . Chor der Deutschen Staatsoper, Berlin, Staatskapelle Berlin, dir. Otmar Suitner, Berlin Classics 0091092 (enregistrement de 1978, CD 1996)
  • Leonce und Lena . Chor der Deutschen Staatsoper Berlin, Staatskapelle Berlin, dir. Otmar Suitner. Berlin Classics 1074-2 (enregistrement de 1981, CD 1993)