updated 20 June 2012
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Dimitri Chostakovitch

Compositeur russe né le 25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg, mort le 9 août 1975 à Moscou.

Manifestant dès sa petite enfance des dons précoces pour la musique, dont la pratique est ancrée dans son univers familial, Chostakovitch reçoit ses premières leçons de piano par sa mère et, à partir de 1915, commence immédiatement à composer, notamment des pièces pour piano. À l’automne 1919, il entre au très réputé conservatoire de Pétrograd, où, via le directorat d’Alexandre Glazounov, l’influence de Rimski-Korsakov est encore très présente et où il est l’élève de Maximilien Steinberg, Alexandra Rozanova, Nikolaï Sokolov et Léonid Nikolaïev en classe de piano, d’harmonie, de fugue, de contrepoint, d’histoire de la musique, d’orchestration et de composition.

À partir de 1923, il est accompagnateur de film muets, activité qui le liera aux univers de la danse, du théâtre et du cinéma dans le bouillonnement culturel de la fin des années 1920 à Moscou et à Léningrad. En 1925, l’année de l’achèvement de sa première symphonie (qui sera reprise par de nombreux chefs à l’ouest dès 1926 et lui apportera une renommée internationale), il fait la connaissance du Maréchal Mikhaïl Toukhatchevski, qui devient son mécène et à qui il devra de nombreuses rencontres décisives pour sa carrière de compositeur. En 1927, simple finaliste au premier concours de piano Chopin à Varsovie (la déception enterrera définitivement ses perspectives d’une carrière de soliste), il rencontre Sergueï Prokofiev, le metteur en scène Vsevolod Meyerhold (qui l’engage dans son théâtre moscovite dès 1928), et Alban Berg lors d’une représentation de Wozzeck à Léningrad, qui aura un grand impact sur lui.

Chostakovitch accède alors à une notoriété importante, qui lui vaut de recevoir dès 1927, pour le dixième anniversaire de la Révolution, de nombreuses commandes émanant directement du parti. Le compositeur doit alors faire le grand écart entre deux positions a priori incompatibles : son statut de compositeur officiel, contraint de composer avec la ligne dictée par le régime, et ses propres aspirations de compositeur d’avant-garde – cette double casquette génèrera une angoisse permanente et une production musicale schizophrène. Les années 1930 inaugurent ses premiers déboires avec le pouvoir que Staline tient d’une main de fer depuis 1928. Après avoir rejoint la section de Léningrad de l’Union des compositeurs soviétiques en 1932, puis avoir été élu député du district du soviet de Léningrad (1933), il se voit violemment critiqué par un article de la Pravda du 28 janvier 1936 qui parle du « galimatias musical » de son opéra Lady Macbeth du district de Mzensk, « anti-réaliste », anti-populaire, vulgaire et souvent atonal, bien qu’il ait été créé avec succès en janvier 1934 à Léningrad et Moscou, puis en 1935 à New York et Stockholm, notamment. C’est dans ce contexte difficile, au cœur des purges staliniennes, que naissent ses deux enfants, Galina et Maxime, respectivement en 1936 et 1938. Chostakovitch accepte des charges d’enseignement au conservatoire de Léningrad à partir de 1937, puis à Moscou (où il s’est fraîchement installé) à partir de 1943.

En 1941, alors qu’est rompu le pacte germano-soviétique et que l’armée allemande avance sur Léningrad, il s’engage dans les forces armées et écrit des arrangements destinés à être joués au front. Évacué avec sa famille le premier octobre 1941 (après la couverture du magazine Time le montrant portant un casque de pompier), il termine sa Septième symphonie qui est jouée dans la ville assiégée le 9 août 1942, et devient l’hymne de l’URSS victorieuse de l’armée nazie.

En février 1948, la violente campagne anti-formaliste menée par Tikhon Khrennikov qu’Andreï Jdanov a nommé à la tête de l’Union des compositeurs, place plusieurs de ses œuvres sur la liste noire, le contraint à l’autocritique et l’oblige à abandonner ses postes d’enseignant en août 1948. En mars 1949, il fait partie de la délégation soviétique au Congrès de la Paix aux États-Unis, où il se rendra de nouveau en 1959 et 1973. Dans les années 1950 et 1960, tout en acceptant des postes officiels et en participant à des élections, il multiplie les séjours à l’étranger, à la suite de sa réhabilitation par le régime de Khrouchtchev : pour le bicentenaire de la mort de Bach à Leipzig (en 1950) ; en mai 1958, alors qu’il vient de présider le premier concours Tchaïkovski, il enregistre les concertos pour piano à Paris – il y ressent les premiers symptômes de ce qui sera diagnostiqué comme une maladie neurologique motrice ; en 1960, lors d’un voyage à Londres, il se lie d’amitié avec Benjamin Britten ; en 1962, la ville d’Édimbourg lui consacre un festival.

Mais sa santé, qui a toujours été fragile, se dégrade rapidement. En 1966, alors qu’il a reçu le titre de héros du travail socialiste, il est victime d’une première crise cardiaque, suivie d’un séjour de deux mois à l’hôpital. La seconde, en septembre 1971, le paralyse partiellement. Enfin, hospitalisé en décembre 1972 pour traiter un cancer du poumon, il décède sur son lit de malade en août 1975.


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Bibliographie

  • Liouba BOUSCANT, Les Quatuors à cordes de Chostakovitch : pour une esthétique du sujet, Paris, L’Harmattan, coll. « Univers musical », 2003.
  • Dimitri CHOSTAKOVITCH, Lettres à un ami. Correspondance avec Isaac Glikman (1941-1975), Paris, Albin Michel, coll. « Domaine russe », 1994.
  • Dimitri CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mzensk ; Le Nez [livret, présentation, analyse des deux opéras], Paris, Premières Loges, Revue Avant-scène opéra, n° 141 », 1991.
  • Bertrand DERMONCOURT, Dimitri Chostakovitch, Arles, Actes Sud, coll. « Classica », 2006.
  • David FANNING, Laurel E. FAY, Entrée« Shostakovich », in The New Grove Dictionary of Music and Musicians, 2e éd., Londres, Macmillan, 2001.
  • Pauline FAIRCLOUGH, David FANNING (éd.), The Cambridge Companion to Shostakovich, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.
  • David FANNING (éd.), Shostakovich studies, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
  • Laurel E. FAY, Shostakovich. A Life, Oxford, Oxford University Press, 2000.
  • Derek C. HULME, Dmitri Shostakovich. A Catalogue, Bibliography and Discography, 3e éd., Lanham, Scarecrow Press, 2002.
  • Pascal HUYNH (éd.), Lénine, Staline et la musique: 1917-1953. Paris, Fayard & Cité de la musique, Coll. « Musique », 2010.
  • Sofia KENTHOVA, Chostakovitch : la vie et l’œuvre [en russe], Moscou : Kompozitor, 1996 (1ère éd. en deux vol. : 1985-1986).
  • Ernst KUHN, Günter WOLTER, Jaschas NEMTSOV, Andreas WEHRMEYER (et al.), Schostakowitsch-Studien [plusieurs volumes d’ouvrages collectifs), Berlin, Ernst Kuhn, 1996-…
  • Frans C. LEMAIRE, Le Destin russe et la musique. Un siècle d’histoire de la Révolution à nos jours. Paris, Fayard, Coll. « Les Chemins de la musique », 2005.
  • Ian MACDONALD, The New Shostakovich, New edition revised and updated by Raymond Clarke, Londres, Pimlico, 2006 (1ère éd. : Londres, Fourth Estate, 1990).
  • Krzysztof MEYER, Dimitri Chostakovitch, Trad. par Odile Demange, Paris, Fayard, Coll. « Bibliothèque des grands musiciens », 1994.
  • Grégoire TOSSER, Les dernières œuvres de Dimitri Chostakovitch : une esthétique musicale de la mort (1969-1975), Préface de Michel Guiomar, Paris, L’Harmattan, Coll. « Univers musical », 2000.
  • Solomon VOLKOV, Chostakovitch et Staline. L’artiste et le tsar, trad. par Anne-Marie Tatsis-Botton, Monaco, Éditions du Rocher, Coll. « Anatolia », 2005 [éd. orig. 2004].
  • Solomon VOLKOV, Témoignage. Les mémoires de Dimitri Chostakovitch, trad. par André Lischke, Paris, Albin Michel, 1980.
  • Elizabeth WILSON, Shostakovich. A Life Remembered, Londres & Boston, Faber & Faber, 2006 (1ère éd. : 1994).

Discographie

  • Shostakovich Edition (Symphonies, concertos, suites, quatuor à cordes, musique de chambre), 27 CD + DVD, Brilliant Classics, 2006.
  • Intégrale des symphonies, Orchestre philharmonique de Moscou, dir. Kirill Kondrachine, 11 CD, Melodiya, 2006.
  • Intégrale des quatuors à cordes, Quintette avec piano, Sviatoslav Richter (piano), Quatuor Borodine, 6 CD, Melodiya, 1997.
  • Le Nez, Les Joueurs, Eduard Akimov, Valéry Belykh, etc., Orchestre philharmonique de Léningrad, Guennadi Rojdestvenski, 2 CD, Melodiya, 1998.

Vidéographie

Films documentaires
  • Dimitri Chostakovitch : Chants et danses de la mort, un film de Marie-Christine Gambart (2003), Naïve, Coll. « Les Leçons de musique de Jean-François Zygel », 2005.
  • Dimitri Chostakovitch : Sonate pour alto, un film de Semion Aranovitch et Alexandre Sokourov (1981), Ideale Audience International, 2005.
  • Notes interditesetGuennadi Rojdestvenski : profession chef d’orchestre (2004), deux films de Bruno Monsaingeon, Ideale Audience International, 2007.
  • Shostakovich Against Stalin : The War Symphonies, un film de Larry Weinstein (1997), Universal Music, 2005.
  • Le Voyage de Dimitri Chostakovitch, un film de Oksana Dvornichenko et Helga Landauer (2006), Les Films du paradoxe, 2009.
DVD proposant des œuvres de Chostakovitch
  • Le Boulon, Ballet du Bolchoï, Bel Air Media, 2007.
  • Lady Macbeth de Mzensk, Nadine Secunde, Christopher Ventris, etc., Symphony Orchestra and Chorus of the Gran Teatre del Liceu (Barcelona), dir. Alexander Anissimov [enreg.live en 2002], EMI, 2004.
  • Lady Macbeth de Mzensk, Eva-Maria Westbroek, Christopher Ventris, etc., Chœur du Nederlandse Opera & Royal Concertgebouw Orchestra, dir. Mariss Jansons [enreg.live en 2002], Opus Arte Media Productions, 2009.
  • Le Nez, Eduard Akimov, Alexander Lomonosov, etc., The Moscow Chamber Opera Theatre, dir. Guennadi Rojdestvenski [enreg. En 1979], Vai, 2010.
  • Symphonie n° 1 in Rehearsal and Performance, The Schleswig-Holstein Festival Music Orchestra, dir. Leonard Bernstein, Euro Arts & Harmonia Mundi, 2008.
  • Symphonies n° 6 et 9, Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Leonard Bernstein, Universal Music & Deutsche Grammophon, 2006.
  • Vingt-quatre préludes et fugues op. 87, Tatiana Nikolaïéva (piano), Medici Arts & Harmonia Mundi, 2008.

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