updated 21 August 2015
© Universal Edition

Alban Berg

Compositeur autrichien né le 9 février 1885 à Vienne, mort le 24 décembre 1935 à Vienne.

Alban Berg naît au sein d’une famille viennoise aisée. Enfant, son inclinaison va davantage à la littérature qu’à la musique ; c’est adolescent qu’il commence à composer des Lieder en autodidacte (le genre lui restera toujours familier par la suite). Il devient l’élève d’Arnold Schoenberg en octobre 1904. Il étudie avec lui le contrepoint et l’harmonie dans une perspective toujours historiciste. À 21 ans, il ne se consacre plus qu’à la musique et, un an plus tard, commence à composer, cela directement dans l’esthétique révolutionnaire de Schoenberg : si les Sept Lieder de jeunesse gardent leurs fonctions tonales, la Sonate op. 1 les bousculent déjà nettement. Si ses influences restent Wagner, Mahler, Strauss), cet audacieux opus 1 n’aurait pas été envisageable sans l’exemple plus proche et « opérant » de Schoenberg, le mentor et bientôt l’ami.

Berg devient une figure ardente de la Vienne au crépuscule, pour reprendre le titre du roman d’Arthur Schnitzler publié en 1908. Il fréquente les compositeurs Alexander von Zemlinsky et Franz Schreker, le peintre Gustav Klimt, l’architecte Adolf Loos, le poète Peter Altenberg. Il lit fidèlement les satires de Karl Kraus. Il rencontre Hélène Nahowski et, comme jadis Schumann confronté au père de Clara, a quelques difficultés à l’épouser (en 1911). C’est l’incontournable Schoenberg qui dirige en 1913 l’orchestre des Cinq Lieder sur des textes de cartes postales de Peter Altenberg, lesquels déclenchent un terrible chahut dans la salle : Berg est officiellement devenu un « compositeur radical ». L’œuvre choque moins encore par son langage que par la démesure luxueuse de son orchestre, qui semble se gâcher dans des mélodies très brèves.

Vient la guerre. D’abord patriote enthousiaste, Berg est vite déçu par sa vie de soldat (1915-1918). Cette expérience influencera, innervera le livret de l’opéra Wozzeck, d’après la pièce Woyzeck (1837) de Büchner, qui raconte les déboires d’un troufion psychologiquement instable. Ébauché durant cette période traumatisante, l’opéra s’écrit lentement jusqu’en 1922. Le chef-d’œuvre, qui bénéficie d’un nombre de répétitions exceptionnel, est créé le 14 décembre 1925 à Berlin, sous la baguette assurée d’Erich Kleiber. Le succès est rapide et bientôt international. Berg semble avoir dépassé le maître Schoenberg, et d’un point de vue social, c’est alors un fait certain. Il aura été le seul des trois Viennois (c’est-à-dire Schoenberg et ses deux élèves célèbres, Berg et Webern) à provoquer un engouement un tant soit peu populaire.

La Suite lyrique, son second quatuor à cordes, sera la première œuvre réellement dodécaphonique de bout en bout, après les essais du Concerto de chambre. Berg, malgré le succès, reste donc fidèle à l’exemple de Schoenberg qui a ébauché son célèbre système (la méthode de composition avec douze sons n’ayant de relations que les uns par rapport aux autres) vers 1923. Surtout, l’œuvre est inspirée d’une relation mystérieuse avec Hanna Fuchs, femme mariée comme lui, relation dont on ignore encore la réelle « consommation », probablement éphémère, insatisfaisante et de toute façon romantique.

Après le succès de Wozzeck, le prochain grand projet, longuement mûri, sera alors le second opéra, qui deviendra Lulu, d’après deux pièces du scandaleux dramaturge de Munich Frank Wedekind, « compactées » par Berg lui-même (L’Esprit de la terre, 1895, et La Boîte de Pandore, 1902). Deux commandes s’immiscent dans la composition de ce second chef-d’œuvre dramatique et engendrent Le Vin, d’après des poèmes de Baudelaire, et le célèbre Concerto pour violon dit « à la mémoire d’un ange » (en hommage à Manon, fille d’Alma Mahler et de l’architecte Walter Gropius, morte à 18 ans de la poliomyélite). Le concerto doit son succès, sans doute, à son retour relatif à un langage sinon tonal, du moins plus ancré dans le répertoire connu du public, notamment par ses citations. Ce léger retour imprègne également le langage de Lulu, qui contient aussi quelques éléments tonals. L’opéra retrace les splendeurs et misères d’une courtisane amorale, réponse féminine logique à l’oppression masculine (telle qu’exposée par Karl Kraus dans une conférence en 1905, elle aussi titrée La Boîte de Pandore). L’opéra restera cependant inachevé. Berg meurt le 24 décembre 1935, tué par une simple piqûre d’insecte qui engendre un abcès au dos, bientôt compliqué en septicémie (les antibiotiques seront inventés quatre années plus tard…). Il faudra attendre 1979 pour qu’on entende, à l’Opéra de Paris, dirigée par Pierre Boulez, une version de Lulu complétée par Friedrich Cerha.


© Ircam-Centre Pompidou, 2015

Catalog sources and details

Certaines œuvres de Berg ne sont pas mentionnées ci-dessus, comme quelques œuvres de jeunesse (dont les pièces pour piano éditées chez Universal dans le Volume 1 de Frühe Klaviermusik: Ausgewählte Stücke) ou les arrangements d’œuvres réalisés par le compositeur.

Catalog source(s)

Certaines œuvres de Berg ne sont pas mentionnées ci-dessus, comme quelques œuvres de jeunesse (dont les pièces pour piano éditées chez Universal dans le Volume 1 de Frühe Klaviermusik: Ausgewählte Stücke) ou les arrangements d’œuvres réalisés par le compositeur.

Liens internet

Bibliographie sélective

  • Theodor W. ADORNO, Alban Berg. Le maître de la transition infime (traduit de l’allemand par Rainer Rochlitz), Paris, Gallimard, 1989.
  • Étienne BARILIER, Alban Berg. Essai d’interprétation, Lausanne, L’Âge d’homme, 1978.
  • Alban BERG, Écrits, Paris, Christian Bourgois, 1985.
  • Mosco CARNER, Alban Berg (traduit de l’anglais par Dennis Collins), Paris, Lattès, 1979.
  • David GABLE et Robert P. MORGAN (sous la direction de), Alban Berg: Historical and Analytical Perspectives, New York, Oxford University Press, 1991.
  • Alain GALLIARI, Concerto à la mémoire d’un ange : Alban Berg (1935), Paris, Fayard, 2013.
  • Patricia HALL, Berg’s Wozzeck, New York, Oxford University Press, 2011.
  • Dominique JAMEUX, Alban Berg, Paris, Seuil, 1980.
  • Douglas JARMAN (sous la direction de), The Berg Companion, Basingstoke, Macmillan, 1989.
  • Pierre-Jean JOUVE et Michel FANO, Wozzeck d’Alban Berg, Paris, Christian Bourgois, 1985.
  • Jean-Paul OLIVE, Alban Berg. Le tissage et le sens, Paris, L’Harmattan, 1997.
  • George PERLE, Style and Idea in the Lyric Suite of Alban Berg, Stuyvesant, Pendragon Press, 1995.
  • Anthony POPLE, The Cambridge Companion to Berg, New York, Cambridge University Press, 1997.
  • Willi REICH, The Life and Works of Alban Berg, Londres, Thames & Hudson, 1963.

Discographie sélective

  • Alban BERG,« Lieder », JugenliederSieben frühe LiederLieder op. 2, Mitsuko Shirai : mezzo soprano, Hartmut Höll : piano, 1 cd Capriccio 10419, 1992.
  • Alban BERG, « Complete Chamber Music», Quatuor à cordes op. 3 ; « Hier ist Friede » (extrait des Altenberg Lieder op. 4, arrangement pour piano, harmonium, violon et violoncelle par Berg) ; Quatre Pièces pour clarinette et piano op. 5 (arrangement pour alto et piano par Henk Guittart) ; Adagio (extrait du Concerto de chambre, arrangement pour violon, clarinette et piano par Berg) ; Suite lyrique, Schoenberg Quartet, Pierre Woudenberg : clarinette, Bob Zimmerman : harmonium, Sepp Grotenhuis : piano, 1 cd Chandos CHAN 9999, 2002.
  • Alban BERG,Lulu Suite ; Altenberg Lieder ; Trois Pièces pour orchestre, Margaret Price, London Symphony Orchestra, direction : Claudio Abbado, 1 cd Deutsche Grammophon 423 238, 1971.
  • Alban BERG, Wozzeck, Walter Berry, Isabel Strauss, Albert Weinkenmeier, Carl Doench, Ingeborg Lasser, Richard van Vrooman, Fritz Uhl, Walter Poduschka, Raymond Steffner, Gerard Dunan, Orchestre et chœur de l’Opéra de Paris, direction : Pierre Boulez, 2 cds CBS Records 01 79251-10, 1963.
  • Alban BERG, Lulu, Franz Mazura, Gerd Nienstedt, Hanna Schwarz, Helmut Pampuch, Kenneth Riegel, Robert Tear, Teresa Stratas, Toni Blankenheim, Yvonne Minton, Orchestre de l’Opéra de Paris, direction : Pierre Boulez, 3 cds Deutsche Grammophon 463 6172, 1979.
  • Alban BERG,Lulu, Patricia Wise, Brigitte Fassbaender, Wolfgang Schöne, Hans Hotter, Peter Strake, Graham Clark, Bodo Schwanbeck, Cynthia Clarey, Orchestre National de France, direction : Jeffrey Tate, 3 cds EMI CDS 7 54622, 1992.
  • Alban BERG,Concerto pour violon, Anne-Sophie Mutter : violon, Chicago Symphony Orchestra, direction : James Levine, 1 cd Deutsche Grammophon 437 093-2, 1999.
  • Alban BERG,Sonate pour piano, Maurizio Pollini : piano, 1 cd Deutche Grammophon 423 678-2, 1999.

Filmographie

  • Lulu, Patricia Petibon, Julia Juon, Ashley Holland, Paul Groves, Symphony Orchestra of the Gran Teatre del Liceu, direction : Michael Boder, mise en scène : Olivier Py, 1 dvd Deutsche Grammophon, 2011.
  • Wozzeck, Franz Grundheber, Hildegard Behrens, Wiener Philharmoniker, direction : Claudio Abbado, mise en scène : Adolf Dresen, 1 dvd Deutsche Grammophon, 1988.