updated 30 September 2013
© archives Sikorski

Galina Ustvolskaïa

Compositrice russe née le 17 juillet 1919 à Petrograd, morte le 22 décembre 2006 à Saint-Pétersbourg.

Établir une biographie, même succincte, de Galina Ivanovna Oustvolskaïa, ou Ustwolskaja (on adopte souvent cette translittération allemande des caractères cyrilliques de son nom du fait que son éditeur, Hans Sikorski, est hambourgeois), ou Ustvolskaja, ou Ustvolskaya, demeure, aujourd’hui encore, problématique, en raison d’un accès difficile, de seconde main, aux documents majoritairement en langue russe et de la rareté de la parole de la compositrice.

Née le 17 juin 1919, à Petrograd (Petrograd de 1914 à 1924, Leningrad de 1924 à 1991, Saint-Pétersbourg ensuite), d’un père avocat et d’une mère institutrice, Galina Oustvolskaïa joue sur le piano familial, étudie l’allemand et le violoncelle, avant d’entrer à l’École professionnelle de musique (1934-1937), puis au Conservatoire (1937-1948) de sa ville natale. Évacuée à Tachkent en août 1941, elle retrouve sa mère et sa sœur dans la République des Komis, regagne Leningrad en 1944 et y reprend ses études de composition au Conservatoire, où elle est élève de Maximilien Steinberg et de celui qu’elle tient alors pour le seul capable de lui enseigner quelque chose, Dimitri Chostakovitch. « Je crois que l’art de Galina Oustvolskaïa sera reconnu par tous ceux qui apprécient l’art musical vrai », écrira ce dernier au compositeur Boris Tichtchenko, le 17 avril 1970 — et Chostakovitch de citer un thème du Trio de son élève dans son Quatuor à cordes n° 5 ou dans la Suite sur des vers de Michel-Ange (n° 9). Mais la relation, personnelle — elle est demandée en mariage —, se distend bientôt. Oustvolskaïa déclare que la musique de Chostakovitch l’a toujours « déprimée », dénie toute influence de son professeur et l’accuse même d’avoir tué ses « meilleurs sentiments ». Chostakovitch, lui, écrit dans une lettre du 26 février 1960 à Isaac Glikmann par exemple : « On a beau être philosophe à l’égard de la misère, à la fin cette dernière (la misère) devient insupportable. Je pense que ni l’autodépréciation ni l’autoglorification ne font partie des qualités principales d’un artiste ». Admise à l’Union des compositeurs, Galina Oustvolskaïa est nommée, en 1947, professeur de composition à l’École professionnelle de musique du Conservatoire Rimski-Korsakov de Leningrad, poste qu’elle occupera jusqu’en 1975, mais sans guère de vocation pédagogique, et où elle comptera Tichtchenko parmi ses élèves.

Au cours des années cinquante, Galina Oustvolskaïa compose, dans la veine du réalisme socialiste en vigueur en Union soviétique, des œuvres qu’elle détruira ou retirera de son catalogue. Aussi diverses publications officielles du régime encensent-elles alors son inventivité, ses thèmes, sa maîtrise de la forme, sa connaissance de l’orchestration et des traditions classiques russes. Mais des manuscrits conservés de ses musiques de film portent l’indication : « Pour l’argent ». En 1958, une délégation de musiciens américains visite l’Urss dans le cadre d’un accord culturel à peine conclu et entend sa Sonate pour violon et piano (1952), que le compositeur Roy Harris tient pour « une sorte d’horreur ». Lors de sa visite en Urss, quatre ans plus tard, Stravinsky la comparera, selon Robert Craft, dans son Journal, à la date du 7 octobre 1962, à du Béla Bartók, en raison de ses tierces mineures descendantes « terriblement tristes », avant de faire, moqueur, de la compositrice « une élève de plus de Chostakovitch ».

À partir de 1961, progressivement isolée, refusant de participer à la vie institutionnelle et politique de Leningrad (« Il m’est difficile d’avoir des contacts avec qui que ce soit. Je suis extrêmement asociale »), et s’éloignant radicalement des idéaux réalistes socialistes, Galina Oustvolskaïa n’obtient que de rares exécutions de ses œuvres. Entre 1960, date de la mort tragique de son ami, le compositeur Youri Balkachine, et 1970, elle ne conserve de ce qu’elle compose que le Duo pour violon et piano (1964). Si la critique la tient encore en estime, le VAAP, l’organisme chargé des échanges avec l’étranger dans le domaine de la musique, ne lui consacre une plaquette que tardivement, en 1976. Menant une existence recluse, refusant les entretiens, s’opposant en outre à toute utilisation de sa musique au théâtre et pour la danse, elle édifie, en marge de l’esthétique officielle, des œuvres spirituelles et pleines d’« esprit religieux », qu’elle délivre avec parcimonie : « Je ne crois pas en ces compositeurs qui écrivent des centaines d’œuvres […]. On ne peut rien trouver de neuf dans un tel océan ».

La reconnaissance est tardive, sous l’impulsion de Jürgen Köchel, directeur des éditions Hans Sikorski, et du musicologue hollandais Elmer Schönberger, qui découvrent certaines de ces œuvres à Leningrad et entreprennent de les éditer et de les diffuser dans les principaux festivals de musique contemporaine européens, notamment aux Pays-Bas, où Reinbert de Leeuw donne des interprétations pour lesquelles Galina Oustvolskaïa s’enthousiasme. Dès lors, les concerts se multiplient en Occident (à Amsterdam, Vienne, Berne, Varsovie, Bastad, Paris…), incitant la compositrice à quitter à six occasions la Russie (en 1995, 1996, 1998, 1999, 2004 et 2005). Galina Oustvolskaïa meurt à Saint-Pétersbourg, le 22 décembre 2006.


© Ircam-Centre Pompidou, 2013

Catalog sources and details

Le catalogue de Galina Oustvolskaïa compte vingt-cinq œuvres, auxquelles il convient d’ajouter dix autres œuvres détruites, perdues, reniées ou rebaptisées :

  • Quatuor à cordes (1945), partition détruite au milieu des années 1960, création inconnue ;
  • Sonate pour violoncelle et piano (1946), partition détruite au milieu des années 1960, création inconnue ;
  • Sonatine pour violon et piano (1947), édition originale inconnue, création inconnue ;
  • Jeunes Pionniers (1950), suite symphonique, édition originale inconnue, création inconnue ;
  • Sinfonietta (1951), en trois mouvements, sur des thèmes propres et des thèmes populaires, partition détruite au milieu des années 1960, création inconnue ;
  • L’Homme de la haute montagne (1952), poème-cantate pour basse, chœur d’hommes et orchestre, partition probablement détruite, création inconnue ;
  • Aurore sur la patrie (1952), cantate, partition probablement détruite, création inconnue ;
  • Enfants (1955), suite symphonique, édition originale en 1958, création en 1957 ;
  • Chant de louange (1961), pour chœur d’enfants, trompettes, percussion et piano (sur un poème de Sergei Davidov), édition originale en 1974, création inconnue ;
  • Symphonie n° 2(1967), distincte de laSymphonie n° 2 du catalogue officiel, création inconnue, édition originale inconnue.

À ces œuvres s’ajoutent encore cinq musiques des films :

  • République de Mordovie (1951) ;
  • L’Automne de Boldino (1951, perdu ?) ;
  • Musée russe (1954, perdu ?) ;
  • Gogol (1954, perdu ?) ;
  • La Jeune Fille et le Crocodile (1956).

Catalog source(s)

Le catalogue de Galina Oustvolskaïa compte vingt-cinq œuvres, auxquelles il convient d’ajouter dix autres œuvres détruites, perdues, reniées ou rebaptisées :

  • Quatuor à cordes (1945), partition détruite au milieu des années 1960, création inconnue ;
  • Sonate pour violoncelle et piano (1946), partition détruite au milieu des années 1960, création inconnue ;
  • Sonatine pour violon et piano (1947), édition originale inconnue, création inconnue ;
  • Jeunes Pionniers (1950), suite symphonique, édition originale inconnue, création inconnue ;
  • Sinfonietta (1951), en trois mouvements, sur des thèmes propres et des thèmes populaires, partition détruite au milieu des années 1960, création inconnue ;
  • L’Homme de la haute montagne (1952), poème-cantate pour basse, chœur d’hommes et orchestre, partition probablement détruite, création inconnue ;
  • Aurore sur la patrie (1952), cantate, partition probablement détruite, création inconnue ;
  • Enfants (1955), suite symphonique, édition originale en 1958, création en 1957 ;
  • Chant de louange (1961), pour chœur d’enfants, trompettes, percussion et piano (sur un poème de Sergei Davidov), édition originale en 1974, création inconnue ;
  • Symphonie n° 2(1967), distincte de laSymphonie n° 2 du catalogue officiel, création inconnue, édition originale inconnue.

À ces œuvres s’ajoutent encore cinq musiques des films :

  • République de Mordovie (1951) ;
  • L’Automne de Boldino (1951, perdu ?) ;
  • Musée russe (1954, perdu ?) ;
  • Gogol (1954, perdu ?) ;
  • La Jeune Fille et le Crocodile (1956).

Bibliographie

  • MusikTexte. Zeitschrift für Neue Musik, 83 (2000).
  • Musik-Konzepte, 143 (2009),Galina Ustwolskaja.
  • Kurt ANGLET, Detonation des Schweigens. Galina Ustwolskaja zum Gedächtnis, Würzburg, Echter, 2008.
  • Louis BLOIS, « Shostakovich and the Ustvolskaya Connexion: a Textual Investigation », Tempo, 182 (1992), p. 10-18.
  • Simon BOKMAN, Variations on the Theme Galina Ustvolskaya, Berlin, Ernst Kuhn, coll. « Studia Slavica Musicologica », 2007.
  • Dmitri CHOSTAKOVITCH, Lettres à un ami. Correspondance avec Isaac Glikman, Paris, Albin Michel, 1994.
  • Thea DERKS, « Galina Ustvolskaya: “Sind Sie mir nicht böse!” (very nearly an interview) », Tempo, 193 (1995), p. 31-33.
  • Olga GLADKOWA, Galina Ustwolskaja. Musik als magische Kraft [1999], Berlin, Ernst Kuhn, coll. « Studia Slavica Musicologica », 2001.
  • Andreas HOLZER, Tatjana MARKOVIC, Galina Ivanovna Ulstvolskaja. Komponieren als Obsession, Cologne / Vienne / Weimar, Böhlau, 2013.
  • Klaus-Peter KOCHE et Helmut LOOS (sous la direction de), Religiöse Musik, Sinzig, Studio, p. 613-622.
  • Oliver KORTE, « Galina Ustwolskaja: Musik als geistliches Ritual », Individualität in der Musik, sous la direction d’Oliver Schwab-Felisch, Christian Thorau et Michael Polth, Stuttgart, Metzler, 2002, p. 309-319.
  • Frans C. LEMAIRE, La Musique du xxe siècle en Russie et dans les anciennes Républiques soviétiques, Paris, Fayard, coll. « Les chemins de la musique », 1994.
  • Frans C. LEMAIRE, Le Destin russe et la musique. Un siècle d’histoire de la Révolution à nos jours, Paris, Fayard, coll. « Les chemins de la musique », 2005.
  • Dorothea REDEPENNING, Geschichte der russischen und der sowjetischen Musik, II/2 : Das 20. Jahrhundert, Laaber, Laaber, 2008.
  • Dorothea REDEPENNING, « Schön oder wahr? Überlegungen zu Galina Ustwolskaja und ihrer Musik », Neue Zeitschrift für Musik, 168 (2007), p. 38-41.
  • Viktor SUSLIN, « The Music of Spiritual Independence: Galina Ustvolskaya », « Ex oriente… ». Ten Composers from the Former USSR, sous la direction de Valeria Tsenova, Berlin, Ernst Kuhn, coll. « Studia Slavica Musicologica », 2002, p. 99-114.
  • Stefan WEISS, « Klang und Seele, Musik als Licht. Kompositorische Avantgarde und Spiritualität in der Sowjetunion der 1980er Jahre », Musikgeschichte zwischen Ost- und Westeuropa: Kirchenmusik. Geistliche Musik.

Site internet

Discographie

La discographie de Galina Oustvolskaïa compte plus d’une centaine d’enregistrements (dix, pour la seule Sonate n° 5). Nous avons retenu ceux dont la compositrice se déclara satisfaite et qu’elle considérait comme des enregistrements de référence. Pour une discographie complète, voir http://ustvolskaya.org/eng/performers.php (lien vérifié en août 2013).

  • Galina USTVOLSKAYA, Sonate n° 2, Anatoli Vedernikov : piano, 1 cd Teichiku, 2002, TECC-28170.
  • Galina USTVOLSKAYA, Six Sonates, Frank Denyer : piano, 1cd Conifer, 1995, 75605-51262-2.
  • Galina USTVOLSKAYA, Six Sonates, Markus Hinterhäuser : piano, 1 cd Col legno, 1998, WWE 20019 et 2012, WWE 50502.
  • Galina USTVOLSKAYA, Six Sonates et Douze Préludes, Ivan Sokolov : piano, 1 cd Triton, 1996, 17-014 et 1 cd Piano Classics, 2013, PCL0050.
  • Galina USTVOLSKAYA, Douze Préludes, David Arden : piano, 1 cd Koch, 1995, 3-7301-2-H-1.
  • Galina USTVOLSKAYA, Sonate n° 5 et Duo pour violon et piano, Vera Beths : violon et Reinbert de Leeuw : piano, 1 cd Hat Hut, 1992, hat-ART 6115.
  • Galina USTVOLSKAYA, Trio pour clarinette, violon et piano, Kyrill Rybakov : clarinette, Alexander Trostianski : violon, Alexeï Lioubimov : piano, 1 cd ECM, 2006, 1959-4763108.
  • Galina USTVOLSKAYA, Concerto pour piano, orchestre à cordes et timbales, Ingrid Jakoby : piano, Royal Philharmonic Orchestra, direction : Sir Charles Mackerras, 1 cd Dutton, 2002, CDSA 4804.
  • Galina USTVOLSKAYA, Concerto pour piano, orchestre à cordes et timbales, Alexeï Lioubimov : piano, Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, direction : Heinrich Schiff, 1 cd Erato, 1996, 0630-12709-2, 1 cd Apex, 2003, 2564-604-912, 1 cd Solyd, 2004, SLR 0361.
  • Galina USTVOLSKAYA, Octuor pour deux hautbois, quatre violons, timbales et piano, Schönberg Ensemble, direction : Reinbert de Leeuw, 1 cd Etcetera, 2006, KTC 9000.
  • Galina USTVOLSKAYA, Grand Duo pour violoncelle et piano, Oleg Stolpner : violoncelle et Oleg Malov : piano, 1 cd BGM, 1997, 74321-49-956-2.
  • Galina USTVOLSKAYA, Grand Duo pour violoncelle et piano, Mstislav Rostropovitch : violoncelle et Alexeï Lioubimov : piano, 1 cd EMI, 1997, 7243-5-72029-2-3.
  • Galina USTVOLSKAYA, Trois Compositions, Schönberg Ensemble, direction : Reinbert de Leeuw, 1 cd Philips, 1995, 442-532-2.
  • Galina USTVOLSKAYA, Symhonie n° 5, Sergei Leiferkus : récitant, London Musici, direction : Mark Stephenson, 1 cd Conifer, 1994, 75605-51-194-2 et 1 cd Catalyst, 2004, 82876 654545 2.
  • Galina USTVOLSKAYA, Poème symphonique n° 1, Orchestre Philharmonique de Leningrad, direction : Arvid Jansons, 1 LP Akkord, 1961 [?], 010305-06.