updated 24 November 2017
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Karl Amadeus Hartmann

Compositeur allemand né le 2 août 1905 à Munich, mort le 5 décembre 1963 à Munich.

Né le 2 août 1905 à Munich, dont il ne s’éloignera guère, Karl Amadeus Hartmann est le quatrième garçon de Friedrich Richard Hartmann (1866-1925) et de sa femme Gertrud, née Schwamm (1874-1935). Son père est peintre, spécialiste des natures mortes, des fleurs et des paysages, puis professeur des écoles ; sa mère, amatrice de Wagner, Balzac et Zola, aime conter et joue des scènes de théâtre avec une grande force expressive. Karl Amadeus est élevé avec ses trois frères – Adolf (1900-1971), Fritz (1902-1974) et Richard (1903-1969) – et découvre en 1915 Der Freischütz, qui le décide, avec Schubert et Richard Strauss, à devenir musicien. En 1919, il entre à l’École normale de Pasing, où il obtient son diplôme en 1922. Après avoir été clerc de bureau, il commence en 1924 l’étude du trombone (dont il abandonnera la pratique en 1932), du piano et, de 1925 à 1929, de la composition, à l’Académie de musique de Munich. Adepte de l’anarchisme et du socialisme (son frère Richard est membre du Parti communiste et distribuera des tracts contre Hitler en 1933, ce qui l’obligera à quitter précipitamment l’Allemagne pour la Suisse), Hartmann y a pour professeur le conservateur Joseph Haas.

Influencées par le jazz, ses premières œuvres, des suites pour piano ou violon, et deux sonates pour violon, datent de 1927 et sont, pour certaines, créées dans la série des concerts de l’association Die Juryfreien (Les Sans-Jury), qu’il fonde en 1928. Le Cabinet de figures de cire (Wachsfigurenkabinett), que Hartmann compose en 1929-1930, à la demande d’Erich Bormann, son librettiste, et de Max See qui avaient créé à l’Opéra de Bavière un studio pour les jeunes compositeurs, est une suite de cinq opéras d’une durée de dix à vingt minutes environ chacun. La suite sera complétée par Günter Bialas, Hans Werner Henze et Wilfried Hiller, et créée dans son entier en 1988 seulement, à Munich, dans le cadre de la Biennale, à l’initiative de Henze, qui avait été proche du compositeur – outre une musique de scène pour Macbeth (1940), mentionnons deux autres projets scéniques ultérieurs : une symphonie mimée d’après Antigone en 1940 et un opéra sur Ondine de Jean Giraudoux en 1955.

En 1931, à l’occasion de la Troisième Semaine de la nouvelle musique à Munich, Hartmann rencontre le chef d’orchestre Hermann Scherchen, une autorité musicale et morale qui forge son art et contribuera à la création de ses œuvres : Concerto pour trompette et orchestre à vent (1932), à Strasbourg, en 1933, à la suite d’une séance de travail commune, mais sous la direction d’Ernst Klug ; daté « Dachau 1933-1934 » et dédié « à mes amis qui ont dû mourir par centaines et qui dorment aujourd’hui dans l’éternité », le poème symphonique Miserae (1933-1934), à Prague, lors du Festival de la Société internationale de musique contemporaine (SIMC), en 1935 ; à Darmstadt, en 1947, l’ouverture symphonique « La Chine lutte » (« China kämpft », 1942) qui, avec les Hymnes symphoniques (1941-1943) et la Suite symphonique « Vita Nova » (1943), constituent les Sinfoniae dramaticae.

Auparavant, dans les concerts de Die Juryfreien sont créés, entre 1931 et 1933, Suite de danse (Tanzsuite), pour quintette à vent, Musique burlesque (Burleske Musik), pour instruments à vent, percussion et piano, la Sonatine pour piano, Toccata variata, pour instruments à vent, piano et percussion, le Petit Concert (Kleines Konzert), pour quatuor à cordes et percussion, et la Sonate n° 1 pour piano. De la période datent une Messe profane (1929) et une Cantate (1933), pour chœur d’hommes à six voix, sur des textes de Johannes R. Becher et Karl Marx.

De 1933 à 1945, Hartmann refuse que sa musique soit programmée dans l’Allemagne nazie, mais compose dans une forme de résistance singulière, un « exil intérieur » : l’opéra Simplicius Simplicissimus (1934-1936, création concertante à Munich, sous la direction de Hans Rosbaud, à la Radio de Bavière, en 1948 seulement, malgré un projet de création à la Radio de Bruxelles en mai 1940, abandonné en raison de l’occupation de la Belgique ; création scénique à Cologne, en 1949, dans une mise en scène d’Erich Bormann ; création de la version révisée au Théâtre national de Mannheim en 1957), d’après Hans Jakob Christoph von Grimmelshausen ; le Concerto funebre, pour violon et orchestre à cordes (1939, création à Saint-Gall, en 1940 ; création de la version révisée à Braunschweig, en 1959) ; ainsi que des œuvres pour orchestre qui seront partiellement reprises et révisées dans ses premières symphonies : le Fragment symphonique ou Cantate ou Cantate « Lamento » (1936-1937), pour voix d’alto et orchestre, d’après Walt Whitman, est un premier stade de la Symphonie n°1 ; la Symphonie « L’Œuvre » ou Esquisses symphoniques (1937-1938), d’après le roman de Zola, l’est de la Symphonie n° 6 ; la Sinfonia tragica (1940-1943) est en partie reprise dans la Symphonie n° 3, comme la Symphonie « Lamentation » (« Klagegesang », 1944-1945), dédiée au chimiste communiste Robert Havemann, emprisonné par les nazis ; la Symphonie pour orchestre à cordes et une voix de soprano (1938) nourrira la Symphonie n° 4… Aucune des six premières symphonies que Hartmann composera après la Seconde Guerre mondiale ne sera tout à fait inédite.

En 1934, le compositeur épouse Elisabeth Reussmann, dont il aura, l’année suivante, un fils, Richard. En 1936, il remporte le Prix de musique de chambre de Gand (Ernest Ansermet, Henri Gagnebin, Gian Francesco Malipiero et Albert Roussel sont membres du jury) pour son Quatuor à cordes n° 1 « Carillon » (1933), dédié à Scherchen, créé la même année, à Gand, par le Quatuor Végh, et repris à Londres en 1938, lors du Festival de la SIMC, par le Quatuor Kutcher – Hartmann y apparaît dans le programme sous l’étiquette « Allemand, indépendant ». Sa cantate Friede Anno 48 (1936), sur des textes d’Andreas Gryphius, in memoriam Alban Berg, est distinguée en 1937 par la Fondation à la mémoire d’Emil Hertzka – dans le jury siège Anton Webern, dont Hartmann deviendra l’élève à Maria Enzersdorf, non loin de Vienne, en novembre 1942. Entre-temps, en 1939, la Symphonie « L’Œuvre » (1936-1938) est créée dans le cycle de concerts du Concours Guillaume Lekeu à Liège, en relation avec l’Exposition universelle, et sous la direction d’un chef que Hartmann juge « impossible », puis reprise, à l’initiative d’un fidèle du compositeur, Paul Collaer, à Bruxelles, sous la direction de Franz André.

En 1943, devant l’avancée de la guerre, Hartmann enterre ses partitions, par sécurité, dans une boite en zinc. À la libération des détenus de Dachau, il voit passer leur cortège, « interminable était la file – interminable était la tristesse – interminable était la douleur », qui détermine la Sonate pour piano n° 2 « 27 avril 1945 » (1945). Peu après, au cours de l’été, les autorités américaines lui proposent de diriger l’Opéra national de Bavière, ce qu’il refuse par manque d’expérience, mais il en est dramaturge musical. Il fonde également les concerts Musica Viva, qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Les symphonies se succèdent : la première, issue du Fragment symphonique de 1936, est créée à Francfort en 1948, sous le même titre avec l’ajout « Essai d’un Requiem » (« Versuch eines Requiems »), avant d’être révisée et de prendre le titre de Symphonie n° 1 en 1950 et d’être révisée à nouveau en 1955 (création à Vienne, la même année) ; la quatrième (1948), issue de la Symphonie pour orchestre à cordes et une voix de soprano, est créée à Munich, en 1948, sous le titre Symphonie pour cordes, avant de prendre le titre de Symphonie n° 4 ; la Symphonie n° 3 (1948-1949), issue de la Sinfonia tragica et de la Symphonie « Lamentation », est créée à Munich, en 1950 ; la Symphonie n° 2 (Adagio) (1946), issue de la Suite symphonique « Vita Nova », est créée à Donaueschingen, en 1950 ; la Symphonie n° 5 ou Symphonie concertante (1950), issue du Concerto pour trompette et ensemble à vent, lui-même révisé en un Concerto pour ensemble à vent, contrebasses et deux trompettes, est créée à Stuttgart, en 1951 ; commande de la Radio de Bavière, la Symphonie n° 6 (1951-1953), issue de la Symphonie « L’Œuvre », est créée à Munich, en 1953. Viennent ensuite les deux dernières symphonies, à la musique pleinement inédite : la Symphonie n° 7 (1958), commande de la Fondation Koussevitzsky (Boston), est créée à Hambourg, en 1959 ; et la Symphonie n° 8 (1960-1962) est créée à Cologne, en 1963, avant des reprises à la Biennale de Venise, au Festival de la SIMC à Amsterdam, aux Cours d’été internationaux pour la nouvelle musique de Darmstadt et dans le cadre des Berliner Festwochen. D’éminents chefs de l’époque les dirigent, parmi lesquels Rafael Kubelík, Eugen Jochum et Hans Rosbaud.

Ajoutons le Quatuor à cordes n° 2 (1945-1946), créé par le Quatuor Végh, en 1948, à Milan, lors d’un séminaire sur le dodécaphonisme, deux concertos, l’un pour piano, instruments à vent et percussion (1953), l’autre pour alto avec piano, accompagnés d’instruments à vent et de percussion (1954-1956), ainsi qu’une inachevée Scène chantée (Gesangsszene, 1962-1963), pour baryton et orchestre, d’après Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux. Lauréat de nombreuses distinctions (Prix de la Ville de Munich en 1949, Prix de l’Académie des Beaux-Arts de Bavière en 1950, Médaille Schoenberg de la SIMC en 1954, Grand Prix du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie en 1957, Prix Ludwig-Spohr de la Ville de Braunschweig en 1959, Prix de la Ville de Berlin en 1961…), Hartmann est nommé membre de l’Académie des Beaux-Arts de Bavière (1952), président de la section allemande de la SIMC (1953), membre de l’Académie des arts de Berlin-Ouest (1955) et docteur honoris causa du Conservatoire de Spokane, Washington (1962), mais décline des propositions d’enseignement et de direction à la Musikhoschule de Berlin-Est (1950), à celle de Cologne (1957), au Conservatoire de Berlin (1961). Il meurt, des suites d’un cancer, à Munich, le 5 décembre 1963.


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Bibliographie

  • Epitaph Karl Amadeus Hartmann, Munich, Richard P. Hartmann, 1966.
  • Carola ARLT, Von den Juryfreien zur Musica Viva. Karl Amadeus Hartmann und die Neue Musik in München, Francfort, Peter Lang, 2010.
  • Rüdiger BEHSCHNITT, « Die Zeiten sein so wunderlich… », Neumünster, Bockel, 1997.
  • Ulrich DIBELIUS (dir.), Karl Amadeus Hartmann. Komponist im Widerstreit, Cassel, Bärenreiter, 2004.
  • Ulrich DIBELIUS (dir.),Karl Amadeus Hartmann,  Komponisten in Bayern, vol. 27, Tutzing, Hans Schneider, 1995.
  • Norbert GÖTZ et Manfred WEGNER (dir.), Gegenaktion. Karl Amadeus Hartmann. Ein Komponistenleben in München (1905-1963), Munich, Münchner Stadtmuseum, 2005.
  • Inga Mai GROOTE (dir.), Karl Amadeus Hartmann. Komponist zwischen den Fronten und zwischen den Zeiten, Tutzing, Hans Schneider, 2010.
  • Barbara HAAS, Karl Amadeus Hartmann (1905-1963): Zeitzeugen und Dokumente, Wilhelmshaven, Florian Noetzel, 2004.
  • Karl Amadeus HARTMANN, Kleine Schriften, Mayence, Schott, 1965.
  • Marie-Therese HOMMES, Verkettungen und Querstände: Weberns Schüler Karl Amadeus Hartmann und Ludwig Zenk und die politischen Implikationen ihres kompositorischen Handelns vor und nach 1945, Schliengen, Argus, 2010.
  • Andreas JASCHINSKI, Karl Amadeus Hartmann. Symphonische Tradition und ihre Auflösung, Munich, Katzbichler, 1983.
  • Michael KATER, Huit Portraits de compositeurs sous le nazisme [2000], Genève, Contrechamps, 2011, p. 115-142.
  • Mathias LEHMANN, Der dreissigjährige Krieg im Musiktheater während der NS-Zeit, Neumünster, Bockel, 2004.
  • Andrew D. McCREDIE, Karl Amadeus Hartmann. Sein Leben und Werk, Wilhelmshaven, Florian Noetzel, 1980 (première édition), 2004 (deuxième édition).
  • Andrew D. McCREDIE, Karl Amadeus Hartmann. Thematic Catalogue of his Works. Catalogue of Musical Sources, Wilhelmshaven, Heinrichshofen, 19821, 19942.
  • Heinz-Klaus METZGER und Rainer RIEHN (dir.), « Karl Amadeus Hartmann-Zyklus », edition text+kritik, 1989, (Musik-Konzepte extra, 1989-1990).
  • Karl-Heinz RUPPEL (dir.), Musica Viva, Munich, Nymphenburger Verlagshandlung, 1959.
  • Ulrich TADDAY*,* « Karl Amadeus Hartmann. Simplicius Simplicissimus », Musik-Konzepte, n° 147, Munich, Text + Kritik, 2010.
  • Renata WAGNER (dir.), Karl Amadeus Hartmann und die Musica Viva, Mayence, Schott ; Munich-Zurich, R. Piper, 1980.
  • Raphael WOEBS, Die politische Theorie in der Neuen Musik. Karl Amadeus Hartmann und Hannah Arendt, Munich, Wilhelm Fink, 2010.

Discographie

  • Karl Amadeus HARTMANN, Huit Symphonies, Gesangsszene, Dietrich Fischer-Dieskau (baryton), Sinfonieorchester des Bayerischen Rundfunks, sous la direction de Rafael Kubelík, Fritz Rieger, Ferdinand Leitner et Zdenek Macal, 4 CDs, Wergo WER 60187-50, 1989.

  • Karl Amadeus HARTMANN, Quatuors à cordes nos 1 et 2, Pellegrini Quartett, CD, cpo 999 219-2, 1993.
  • Karl Amadeus HARTMANN, Simplicius Simplicissimus, solistes, chœur et Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, sous la direction de Heinz Fricke, 2 CDs, Wergo WER 6259-2, 1995.
  • Karl Amadeus HARTMANN, Concerto funebre, Symphonie n° 4,Kammerkonzert, Isabelle Faust (violon), Paul Meyer (clarinette), Petersen Quartett, Münchener Kammerorchester, sous la direction de Christoph Poppen, CD, ECM 1720, 2000.
  • Karl Amadeus HARTMANN, Wachsfigurenkabinett, Symphonie-Orchester Berlin, sous la direction de Roger Epple, CD, Wergo WER  6640-2, 2001.
  • Karl Amadeus HARTMANN, Hymnes symphoniques, Concerto funebre, Concerto pour piano, instruments à vent et percussion, solistes et Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, sous la direction de Rafael Kubelík, CD, Orfeo, C 718 071 B, 2007.
  • Karl Amadeus HARTMANN, Des Simplicius Simplicissimus Jugend, solistes, chœur et Münchner Rundfunkorchester, sous la direction d’Ulf Schirmer, 2 CDs, BR 403571900301, 2009.
  • Karl Amadeus Hartmann, Musique burlesque, Concerto pour piano, instruments à vent et percussion, Concerto funebre, Concerto pour alto avec piano, accompagnés d’instruments à vent et de percussion, solistes et SWR Rundfunkorchester, sous la direction de Paul Goodwin, CD, Wergo WER 67142, 2009.
  • Karl Amadeus Hartmann, Lamento, Julian Banse (soprano) et Aleksander Madzar (piano), CD, ECM 2153, 2010.
  • Karl Amadeus Hartmann, Symphonies nos 1 à 6, Bamberger Symphoniker, sous la direction d’Ingo Metzmacher, 2 CDs, EMI 50999 0 94666-2, 2011.
  • Karl Amadeus Hartmann, Symphonies nos 7 et 8,Sonate pour piano «27 avril 1945», Sonatine, Jazz-Toccata und -Fugue, Petites Suites nos 1 et 2, Bamberger Symphoniker, sous la direction d’Ingo Metzmacher, Siegfried Mauser (piano), 2 CDs, EMI 50999 6 78403-2, 2012.

DVD

  • Karl Amadeus HARTMANN, Simplicius Simplicissimus, solistes, chœur et Staatorchester Stuttgart, sous la direction de Kwamé Ryan, mise en scène de Christof Nel, DVD, Arthaus Musik, Arte Edition 101 255, 2007.

Divers

  • Karl Amadeus Hartmann und das Streichquartett. Mit historischen und neuen Sprachaufnahmen der Familie Hartmann, 3 SACDs, Cybele Records, Edition Künstler im Gespräch, 2009.

Liens internet

(liens vérifiés en novembre 2017).