updated 19 January 2012

Alberto Evaristo Ginastera

Compositeur argentin né le 11 avril 1916 à Buenos Aires, mort le 25 juin 1983 à Genève.

Ginastera a grandi à Buenos Aires dans une famille issue des immigrations catalane et italienne, sans rapport particulier avec la musique. Il commence à prendre des leçons de piano à l’âge de sept ans, puis fréquente le Conservatorio Alberto Williams, où il obtient en 1935 une médaille d’or de composition. De l’année précédente datent les premières esquisses de son opus 1, le ballet indigéniste Panambí, créé en 1937 au Teatro Colón par Juan José Castro, chef d’orchestre et compositeur qui deviendra son premier mentor. Entre-temps il s’est inscrit au Conservatoire national de musique, où il suit les cours d’Athos Palma, José Gil et José André, et d’où il sort en 1938 avec les honneurs et, comme travail final, une œuvre de musique sacrée, Salmo CL. Il écrit également à cette époque ses premières partitions inspirées du folklore argentin, notamment Malamboop. 7 pour piano*,* dont le rythme percussif en 6/8 et l’harmonie polytonale deviendront caractéristiques de son langage musical.

Sa carrière prend un tour nouveau en 1941, lorsque Aaron Copland découvre en lui la jeune promesse de la musique argentine. Presque au même moment, Lincoln Kirstein, directeur du American Ballet Caravan de George Balanchine, lui passe commande de celle qui demeure la plus célèbre de ses partitions : le ballet Estanciaop. 8, inspiré de la vie rurale dans la pampa. Toujours en 1941 Ginastera épouse Mercedes de Toro, qui sera souvent sa collaboratrice, et dont il aura deux enfants : Alex, né en 1942, et Georgina, née en 1944. En 1942 il décroche une bourse Guggenheim pour un séjour d’études aux Etats-Unis, lequel sera toutefois reporté jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs compositions viennent alors simultanément couronner son esthétique nationaliste, où le folklore dialogue avec la tradition savante, et marquer son évolution vers un imaginaire panaméricaniste.

À son retour de New York, Ginastera est reconnu comme l’un des principaux compositeurs argentins, régulièrement joué à l’étranger, aux Etats-Unis surtout, mais également en Europe. Des années suivantes date sa première Sonate pour piano (1952), ainsi que bon nombre de ses musiques de film. Pendant ce temps, il participe activement au développement institutionnel de son pays. En 1947 il est cofondateur, aux côtés de Castro, de la Liga de Compositores, section locale de la Société internationale de musique contemporaine. En 1948, sous le péronisme, il crée dans la ville de La Plata le Conservatoire de musique et arts scéniques de la province de Buenos Aires ; il en sera écarté en 1952, puis réintégré en 1956 à la chute de Perón. Il fonde en 1958 la Faculté de musique de l’Universidad Católica Argentina et, en 1962, le Centro Latinoamericano de Altos Estudios Musicales (CLAEM) de l’Instituto Di Tella, qui pendant cette décennie devient une référence incontournable pour les jeunes compositeurs de toute l’Amérique latine.

Aux débuts des années soixante Ginastera produit son chef-d’œuvre indigéniste, Cantata para América Mágicaop. 27,pour soprano et orchestre de percussions (1960), ainsi que le puissant Concerto pour piano et orchestreop. 28 (1962)qui, grâce à la reprise du quatrième mouvement par le groupe de rock progressif Emerson, Lake & Palmer, deviendra après 1973 son œuvre la plus largement connue. Bientôt il se tourne vers l’opéra, d’abord avec Don Rodrigo, d’après un livret d’Alejandro Casona, créé à Buenos Aires en 1964 ; ensuite avec Bomarzo, créé en 1967 à Washington, sur un livret du romancier Manuel Mujica Lainez inspiré des jardins de Bomarzo, près de Rome ; enfin avec Beatrix Cenci, tiré de Stendhal et d’Artaud, créé en 1971 à Washington, qui est peut-être la plus aboutie de ses œuvres lyriques – bien que Bomarzoreste la plus connue, à cause du scandale lié à son interdiction en 1967 par le dictateur Juan Carlos Onganía.

À la fin des années soixante, la fermeture du CLAEM, sa séparation d’avec Mercedes de Toro et sa rencontre avec la violoncelliste Aurora Nátola concourent à son établissement à Genève. Pour celle qui en 1971 devient sa seconde femme, Ginastera compose plusieurs œuvres pour violoncelle, dont le deuxième Concertoop. 50 (1981), qui vient clore son riche catalogue d’œuvres concertantes. Sa nouvelle vie en Suisse lui inspire l’intimisme de la Cantata Milenaop. 37(1971) pour soprano et orchestre, basé sur des lettres de Kafka, ainsi qu’un retour à la musique sacrée, Turbae ad Passionem Gregorianam op. 42 (1974). En 1980, il assiste au Teatro Colón à la création de Iubilumpour orchestre (op. 51), une commande de la Ville de Buenos Aires pour le quatrième centenaire de sa fondation. À sa mort en 1983, Ginastera laisse en friche plusieurs projets dont un work in progress où il renoue avec l’indigénisme de son premier opus : Popol Vuh op. 44 pour orchestre.


© Ircam-Centre Pompidou, 2012

Bibliographie

  • Alberto Ginastera,catalogue [1986], introductions de Malena Kuss et Aurora Nátola-Ginastera, Boosey & Hawkes, 1999, http://www.boosey.com(lien vérifié en janvier 2012).
  • Esteban BUCH, The Bomarzo Affair. Opera, perversión y dictadura, Buenos Aires, Adriana Hidalgo, 2003 ; en français : L’affaire Bomarzo. Opéra, perversion et dictature, Paris, EHESS, coll. « Cas de figure », 2011.
  • Esteban BUCH, « L’avant-garde musicale à Buenos Aires : Paz contra Ginastera », Circuit. Musiques contemporaines 17/2, Plein sud : avant-gardes musicales en Amérique latine au XXe siècle (J. Goldman éd.), 2007, p. 11-32.
  • Aaron COPLAND, « The Composers of South America », Modern Music 19/2 (1942), p. 75-82.
  • Gilbert CHASE, « Ginastera, Alberto (Evaristo) », The New Grove Dictionary of Music and Musiciens, Londres, vol. 7, 1980, p. 387-390.
  • Malena KUSS, « Ginastera, Alberto », Die Musik in Geschichte und Gegenwart, Kassel, 2002, p. 974-982.
  • Malena KUSS, « Symbol und Phantasie in Ginasteras Bomarzo (1967) », Friedrich SPANGEMACHER (éd.), Alberto Ginastera, Bonn, Boosey & Hawkes, 1984, p. 88-102.
  • Malena KUSS, « Type, Derivation, and Use of Folk Idioms in Ginastera’s Don Rodrigo (1964) », Latin American Music Review 1/2, automne – hiver 1980, p. 176-196.
  • Malena KUSS, avec la collaboration de Lukas HANDSCHEIN (éd.), Alberto Ginastera. Musikmanuscripte, Inventare der Paul Sacher Stiftung, Bâle, Amadeus, 1990.
  • Antonieta SOTTILE, Alberto Ginastera. Le(s) style(s) d’un compositeur argentin, préface de Jean-Jacques Nattiez, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • Friedrich SPANGEMACHER (éd.), Alberto Ginastera, Bonn, Boosey & Hawkes, 1984.
  • Eduardo STORNI, Ginastera, Madrid, Espasa-Calpe, 1983.
  • Deborah SCHWARTZ-KATES, « Ginastera, Alberto (Evaristo) », The New Grove Dictionary of Music and Musicians, Londres, vol. 9, 2001, p. 875-879.
  • Deborah SCHWARTZ-KATES, « Alberto Ginastera, Argentine Cultural Construction, and the Gauchesco Tradition », The Music Quarterly 86/2, été 2002, p. 248-281.
  • Deborah SCHWARTZ-KATES, « The Film Music of Alberto Ginastera: An Introduction to the Sources and Their Significance », Latin American Music Review 27/2, automne – hiver 2006, p. 171-195.
  • Deborah SCHWARTZ-KATES, Alberto Ginastera : A Research and Information Guide, Routledge, 2010.
  • Pola SUÁREZ URTUBEY, Alberto Ginastera, Buenos Aires, Ediciones Culturales Argentinas, 1967.
  • Pola SUÁREZ URTUBEY,Ginastera en cinco movimientos, Buenos Aires, Victor Lerú, 1972.
  • Michelle TABOR, « Alberto Ginastera’s Late Instrumental Style », Latin American Music Review / Revista de Música Latinoamericana 15/1, printemps – été 1994, p. 1-31.

Discographie

  • Alberto GINASTERA, Popol Vuh op. 44 ; Cantata para América Mágica op. 27, Rayanne Dupius : soprano, Bugalo-Williams : duo de pianos, Ensemble S. Schlagzeugerensemble der Musikhochschule Köln, WDR SInfonieorchestrer Köln, direction : Stefan Asbury, 1 sacd Neos, 2010.
  • Alberto GINASTERA, Glosses on Themes of Pablo Casals op. 48 ; Variaciones Concertantes ; Glosses on Themes of Pablo Casals, London Symphony Orchestra, Israel Chamber Orchestra, direction : Gisele Ben-Dor, 1 cd Naxos, 2010.
  • Alberto GINASTERA, Estancia, suite de ballet pour orchestre op. 8a ; Suite de danzas criollas op. 15 (arr. S. Cohen pour orchestre) ; Panambí, suite de ballet pour orchestre op. 1a ; Ollantay op. 17 ; Popol Vuh op. 44, Gisèle Ben-Dor, London Symphony, Jerusalem Symphony, BBC National Orchestra of Wales, 1 cd Naxos, 2010.
  • Alberto GINASTERA, « Cello Concertos » : Concerto n° 1 op. 36 ; Concerto n° 2 op. 50, Aurora Nátola-Ginastera : violoncelle, Orquesta Sinfónica de Castilla y León, direction : Max Bragado Darman, 1 cd Pierian, 2009.
  • Alberto GINASTERA, « Complete String Quartets », Quatuor à cordes n° 1 op. 20 ; Quatuor à cordes n° 2 op. 26 ; Quatuor à cordes n° 3 avec soprano op. 40, Cuarteto Latinoamericano, Claudia Montiel : soprano, 1 cd Brillant, 2009.
  • Alberto GINASTERA, « Complete String Quartets », Quatuor à cordes n° 1 op. 20 ; Quatuor à cordes n° 2 op. 26 ; Quatuor à cordes n° 3 avec soprano op. 40, Enso Quartet, Lucy Shelton : soprano, 1 cd Naxos, 2009.
  • Alberto GINASTERA, « Complete Music for Cello and Piano » : Pampeana n° 1 op. 21 ; Cinco canciones populares argentinas, op. 10 (arr. M. Kosower) ; Puneña n° 2, op. 45 « Hommage a Paul Sacher » ; Cello Sonata op. 49, Mark Kosower : violoncelle, Jee-Won Oh : piano, 1 cd Naxos, 2008.
  • Alberto GINASTERA, Concerto per corde op. 33, Musici de Montréal, direction : Yuli Turovsky, 1 cd Chandos, 2006.
  • Alberto GINASTERA, Ollantay op. 17 ; Pampeana n° 3 op. 24 ; Iubilum op. 51, Orchestre de Louisville, directions : Jorge Mester, Robert S. Whitney et Akira Endo, 1 cd First edition, 2003.
  • Alberto GINASTERA, « The Complete Music for Piano and Piano Chamber Ensemble » : Sonate n° 1, op. 22 ; Sonate n° 2, op. 53 ; Sonate n° 3, op. 55 ; Danzas argentinas op. 2 ; Tres Piezas op. 6 ; Malambo op. 7 ; Doce Preludios Americanos op. 12 ; Suite de Danzas Criollas op. 15 ; Rondó sobre temas infantiles argentinos op. 19 ; Pampeana n° 1 op. 16 ; Milonga de Dos canciones op. 3 ; Tres Danzas de « Estancia » op. 8 ; Toccata d’après Domenico Zipoli ; Quintette pour piano op. 29 ; Pampeana n° 2 op. 21 ; Sonate pour violoncelle et piano op. 49, Barbara Nissman : piano, Rubén González : violon, Aurora Nátola-Ginastera : violoncelle, 2 cds Pierian, 2001.
  • Alberto GINASTERA, Estancia ; Concerto pour harpe ; Glosses sobre temes de Pau Casals ; Panambí, Isabelle Moretti : harpe, Orchestre national de Lyon, direction : David Robertson, 1 cd Naïve, 2000.
  • Alberto GINASTERA, Danzas argentinas op. 2, dans « Récital Argerich - Live from the Concertgebouw 1978 & 1979 », Marta Argerich : piano, 1 cd EMI, 2000.
  • Alberto GINASTERA, Harp Concerto op. 25 ; Estancia, suite de ballet op. 8a ; Piano Concerto n° 1 op. 28, Nancy Allen : harpe, Oscar Tarrago : piano, Orchestre de la Ville de México, direction : Enrique Batiz, 1 cd Asv Living Era, 1998.
  • Alberto GINASTERA, Panambí op. 1 ; Estancia op. 8, London Symphony Orchestra, Luis Gaeta : baryton, direction : Gisèle Ben-Dor, 1 cd Conifer Classics, 1998.
  • Alberto GINASTERA, « The Complete Piano Music & Chamber Music vith piano, Vol. 3 » : Dos Canciones op. 3 ; Cinco canciones populares argentinas op. 10 ; Las horas de una estancia, op. 11 ; Pampeana n° 1, op. 16 ; Quintette pour piano et cordes, op. 29, Alberto Portugheis : piano, Bingham Quartet, Olivia Blackburn : soprano, 1 cd Asv Living Era, 1994.
  • Alberto GINASTERA, « The Complete Piano Music & Chamber Music vith piano, Vol. 1 » : Danzas Argentinas, op. 2 ; Pequeña danza (de Estancia, arrangement pour piano) ; Doce preludios americanos, op. 12 ; Sonate pour piano n° 1, op. 22 ; Pampeana n° 2, op. 21 ; Triste (de Cinco canciones populares argentinas, op. 10 n° 2) ; Sonate pour violoncelle et piano, op. 49, Alberto Portugheis : piano, Aurora Nátola-Ginastera : violoncelle, 1 cd  Asv Living Era, 1993.
  • Alberto GINASTERA, « The Complete Piano Music & Chamber Music vith piano, Vol. 2 » : Piezas infantiles ; Dos canciones, op. 3 (arrangement pour piano) ; Tres Piezas, op. 6 ;  Malambo, op. 7 ; Suite de danzas criollas, op. 15 ; Rondo sobre temas infantiles argentinos, op. 19 ; Sonata para piano n° 2, op. 53 ; Toccata, d’après Domenico Zipoli ; Sonata pour piano n° 3, op. 55, Alberto Portugheis : piano, 1 cd Asv Living Era, 1993.
  • Alberto GINASTERA, « Ginastera’s Sonata », Sonate pour guitare op. 47, Carlos Barbosa-Lima : guitare, 1 cd Concord Records, 1993.
  • Alberto GINASTERA, Toccata d’après le quatrième mouvement du Concerto pour piano n° 1 op. 28 dans « Emerson, Lake & Palmer, Brain Salad Surgery », 1 cd Rhino.