updated 31 January 2011

Luigi Dallapiccola

Compositeur italien né le 3 février 1904 à Pisino, Istrie, mort le 19 février 1975 à Florence.

Né en 1904 de parents italiens à Pisino, ville d’Istrie sous contrôle de l’empire austro-hongrois à cette époque (aujourd’hui Pazin en Croatie), Luigi Dallapiccola commence très jeune le piano dans sa ville natale, puis l’écriture dès l’âge de dix ans. Ce n’est pourtant qu’après la guerre, à Trieste, qu’il pourra poursuivre ses études de piano et d’harmonie avec Antonio Illersberg, qui lui transmet son enthousiasme pour la musique ancienne italienne, en particulier Monteverdi, dont Dallapiccola adaptera pour la  scène moderne, en 1941-1942, l’opéra Il ritorno d’Ulisse in Patria. En effet, pendant la première guerre, sa famille suspectée d’irrédentisme, sera comme de nombreuses autres déplacée et cantonnée à Graz durant deux années. Là, l’audition des opéras de Mozart et de Wagner sera, selon le compositeur, et à l’égal des œuvres lyriques de Puccini sur lesquelles il écrira plus tard plusieurs articles, déterminante dans son choix de devenir musicien. En 1921, il découvre tour à tour le Traité d’harmonie de Schoenberg et la musique de Debussy : deux événements qui le décident à partir à Florence poursuivre son apprentissage du piano et surtout de la composition avec Roberto Casiraghi puis Vito Frazzi. En 1924, il est très impressionné par sa première audition du Pierrot lunaire dirigé par Schoenberg lui-même qu’il rencontre à cette occasion. Il attendra 1949 pour adresser directement un hommage à Schoenberg en lui dédicaçant ses Tre poemi, mais l’influence de la seconde École de Vienne marquera progressivement son travail de compositeur au cours des années trente.

Durant ces années, Dallapiccola poursuit une carrière de pianiste et d’enseignant, parallèlement à l’écriture de ses premières œuvres. Il donne des récitals dans différentes villes d’Europe en compagnie du violoniste Sandro Materassi avec lequel il devient un fervent défenseur de la musique nouvelle et pour qui il écrira les Tartiniana (en 1951 et 1956). À partir de 1931, il enseigne le piano à Florence où il sera aussi, à partir de 1940, professeur de composition. Il y formera de nombreux compositeurs parmi lesquels Luciano Berio. Il sera plus tard nommé « Accademico » di Santa Cecilia à Rome. Ses voyages, qu’il tente de poursuivre pendant les premières années de la guerre, lui permettent de rencontrer Berg, Webern, Milhaud, Poulenc et au delà des cercles musicaux, Antoine de Saint-Exupéry qui accepte l’utilisation de son roman Vol de nuit pour le livret de sa première œuvre scénique Volo di Notte, créé en 1939 dans une atmosphère de confusion générale.

Malgré ses contacts, la position singulière qu’occupe Dallapiccola dans le XXème siècle s’explique néanmoins par un relatif isolement sur le plan esthétique : ni la vie musicale italienne, dominée par le néoclassicisme, ni les circonstances politiques en Allemagne ne favorisent alors la diffusion et la connaissance théorique des œuvres atonales. Aussi l’attrait qu’exerce sur lui le dodécaphonisme, à travers les œuvres d’Alban Berg et surtout d’Anton Webern dont il entend le Konzert opus 24 en 1935 à Prague, le conduit à une exploration très personnelle des potentialités de la technique des douze sons, sans que son style ne connaisse de rupture radicale. La fréquentation de la littérature moderne (Proust, Joyce) nourrit également, selon les dires du compositeur lui-même, sa réflexion sur l’évolution de la musique. Les derniers des « néo-madrigaux » Cori di Michelangelo Buonarroti il giovane (1933-1936) et les Tre Laudi (1937) témoignent des premiers essais sériels. La période d’« imprégnation progressive » s’approfondit avec les Canti di prigionia (1938-1941) au sein desquels le vocabulaire nouveau s’intègre à un univers fortement diatonique, où la suggestion tonale reste très présente, quand, parallèlement, les principes de l’écriture polyphonique sérielle s’affinent – canons complexes, contrepoints stratifiés. Le lyrisme et le dramatisme de ces textes de condamnés donnent à l’œuvre une force immédiate, une expressivité poignante ; ils témoignent d’un appel profondément humaniste à l’heure même où le gouvernement fasciste, pour lequel Dallapiccola marqua quelques sympathies à ses débuts, engage irrémédiablement l’Italie dans un processus de rapprochement avec l’Allemagne nazie. Les Liriche greche (1942-1945) seront la première œuvre entièrement dodécaphonique, alors que le ballet Marsia (1942-1943), composé à la même période, relève d’un pur style diatonique. Né pendant la guerre, Il Prigioniero (1944-1948), opéra court qui renvoie à Erwartung de Schoenberg, témoigne finalement de manière solenelle de la détresse humaine face aux atrocités de la guerre. Il est écrit pour grand orchestre, chœurs, orgue, cuivres et un carillon placé en coulisse, et utilise de plus des haut-parleurs pour donner au son toute sa puissance.

Après la guerre, Dallapiccola cultivera un style plus dépouillé, parfois austère, souvent transparent, qui rompt avec le caractère passionné et profondément lyrique de ses œuvres antérieures. A partir de Quaderno musicale di Annalibera jusqu’à Commiato (1972), sa dernière œuvre, ses pièces sont strictement sérielles, marquées par le style webernien autant que par les écrits esthétiques de Ferruccio Busoni – dont Dallapiccola assure une nouvelle édition en 1954 – à l’image des Cinque canti (1956) ou de son dernier grand opéra d’après Homère, Ulisse (1959-1968).

Il participe au périodique Florentin Il mondo et s’engage pour la réhabilitation des compositeurs italiens à l’étranger, notamment à travers leur réadmission à l’ISMC. Avec la reprise des échanges artistiques internationaux, ses œuvres commencent à être jouées à l’étranger. Mexico lui offre son premier concert monographique. En 1951, Koussevitzky invite le compositeur à donner des cours à Tanglewood, ce qui augure d’une reconnaissance américaine importante : Due liriche di Anacreonte, puis Il Prigioniero sont représentés à New York ; Dallapiccola rencontre Varèse à plusieurs reprises, enseigne la composition plusieurs semestres au Queens College de New-york à partir de 1956. En 1953 sont créés les Goethe-Lieder et Dallapiccola est nommé à la Bayerische Akademie der Schönen Künste de Munich.

Le compositeur meurt à Florence en 1975, après avoir rassemblé ses conférences et écrits dans l’ouvrage Appunti, incontri, meditazioni.


© Ircam-Centre Pompidou, 2009

Sources

  • John C. G. Waterhouse, Virgilio Bernardoni, « Luigi Dallapiccola » Grove Music Online, Oxford University Press 2007-2009.
  • éditions Suvini Zerboni.
  • Pierre Michel, Luigi Dallapiccola, édition Contrechamps, Genève, 1996.

Bibliographie

  • In ricordo di Luigi Dallapiccola, ouvrage collectif, Milan, Suvini Zerboni, 1975.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Appunti, Incontri, Meditazioni, Suvini Zerboni, Milan, 1970.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Paroles et Musique [recueil d’articles], Minerve, coll. « Musique ouverte », Paris, 1992.
  • Raymond FEARN, Selected letters of Luigi Dallapiccola, Ashgate, à paraître (décembre 2009).
  • Raymond FEARN, The music of Luigi Dallapiccola, University of Rochester Press, coll. « Eastman Studies in Music », 2005.
  • Dietrich KÄMPER, Gefangenschaft und Freiheit - Leben und Werk des Komponisten Luigi Dallapiccola, Cologne, Gitarre + Laute Verlag, 1984.
  • Pierre MICHEL, Luigi Dallapiccola, éditions Contrechamps, Genève, 1996.
  • Fiamma NICOLODI, Saggi, testimonianze, cartegggio, biografia e bibliografia, ed. Suvini Zerboni, Milan.
  • Sandro PERROTTI, Ira Da Ira - analisi della musica strumentale di Dallapiccola, Guerini e Associati, Milan, 1988.
  • Romano PEZZATI, *La memoria di Ulisse, studi sull’*Ulisse di Luigi Dallapiccola, ed. Suvini Zerboni, Milan.
  • Arigo QUATTROCCHI (a cura di), Studi su Luigi Dallapiccola - Un Seminario, Libreria Musicale Italiana, Lucca, 1993.
  • Rudy SHACKELFOR (sous la dir. de), Dallapiccola on Opera, - Selected writtings, vol. 1, Toccata Press, Londres, 1987.
  • Massimo VENUTI, Il teatro  di Dallapiccola, Suvini Zerboni, Milan, 1985.
  • Roman VLAD, Luigi Dallapiccola, Suvini Zerboni, Milan, 1957 [versions italienne et anglaise].
  • Bruno ZANOLINI, Luigi Dallapiccola - La conquista di un linguaggio (1928-1941), Padoue, 1974.

Discographie

  • Luigi DALLAPICCOLA, Intégrales des œuvres pour piano, Raffaele Mani : piano, Paul Phillips : direction, 1 Cd Meta Records, 2009.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Due liriche di Saffo, dans « La voce contemporanea in Italia, vol. 1», avec des œuvres d’Azio Corghi, Domenico Guaccero, Luigi Nono, Goffredo Petrassi, Giacinto Scelsi, Riccardo Piacentini ; Tiziana Scandalleti : soprano, Riccardo Piacentini : piano, 1 Cd Stradivarius, 2008.
  • Luigi DALLAPICCOLA, « A portrait » : Sonatina canonica ; Quaderno musicale di Annalibera ; Quattro liriche di Antonio Machado ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Goethe-Lieder ; Tre episodi dal Balletto Marsia, David Wilde : piano, Susan Hamilton : soprano, Robert Irvine : violoncelle, Nicola Stonehouse : mezzo-soprano, 1 Cd Delphian Records, 2007.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Karl Amadeus HARTMANN, Wolfgang von SCHWEINITZ, Lieder, Barainsky, Erdmann, Soffel, Enschel, Bauni, Reimann, 1 Cd Orfeo, 2007.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana ; Due pezzi ; Piccola Musica Notturna ; Fragments symphoniques du ballet Marsia ; Variations pour orchestre, James Ehnes : violon, BBC Philharmonic, direction : Gianandrea Noseda, 1 Cd Chandos Records, 2006.
  • Luigi DALLAPICCOLA, intégrale de l’œuvre pour violon et piano, Roberto Prosseda : piano, Duccio Ceccanti : violon, 1 Cd Naxos, 2006.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana seconda ; Parole di San Paolo,  avec les œuvres de Goffredo Petrassi, ensemble Dissonanzen, Claudio Lugo : direction, Cristina Zavalloni : mezzo-soprano, 1 Cd Mode, 2006.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Ulisse, Paul Guigue, Claudio Desderi, Louis Hagen-William, Nicole Robin, Gwynn Cornell, William Workman, Schuyler Hamilton, Nicole Oxombre, Colette Herzog, Marjorie Wright, Denise Boitard, Jean-Pierre Chevalier, Stan Unruh, Christopher Wells Orchestre philharmonique de Radio-France, direction : Ernest Bour, 2 Cds Naïve, 2003.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Il prigioniero, Augusto Pedroni, Giampaolo Corradi, Mario Jr. Basiola, chœur et orchestre du théâtre La Fenice de Venise, direction : Ettore Gracis, 2 Cds Disques dom, 1999.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana seconda ; Due studi ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Quaderno musicale di Annalibera, Rodolfo Bonucci : violon, Arturo Bonucci : violoncelle, Bruno Canino : piano, 1 Cd Stradivarius, 1997.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tre liriche greche ; Tre poemi ; Due liriche di Antonio Machado ; Sicut umbra ; Commiato, Natalia  Zagorinskaïa, Luisa Castellani, Magali Schwartz, Ensemble Contrechamps, Giorgio Bernasconi : direction, 1 Cd Stradivarius, 1996.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Il prigioniero ; Canti di Prigionia, Phyllis Bryn-Julson, Jorma Hynninen, Swedish Radio Choir, Eric Ericson Chamber Choir, Swedich Radio Symphony Orchestra, Esa-Pekka Salonen : direction, 1 Cd Sony Classical, 1995, n° SK 68323.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Liriche greche ; Canti di Prigionia ; Sei cori di Michelangelo Buonarroti il Giovane (1 et 2) ; Tempus destruendi, tempus aedificandi, Ensemble intercontemporain, direction : Hans Zender, New London Chamber Choir, direction : James Wood, Julie Moffat : mezzo-soprano, 1 Cd Erato, 1995, n° 4509-98509-2.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Canti di Prigionia ; Sei cori di Michelangelo Buonarroti il Giovane (1 et 2) ; Inni (Musica per tre pianoforti) ; Estate, chœur contemporain d’Aix en Provence, Percussions de Strasbourg, Robert Hayrabedian : direction, 1 Cd Accord, 1995, n° 242052.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Three Questions with Two Answers, Bruno MADERNA, Aura, BBC Symphony Orchestra, Zoltán Peskó, direction, 1 Cd Fonit Cetra, 1994, n° CDC 85, CD00031501.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Ulisse, Erik Saeden, Annabelle Bernard, Helut Melchert, Hildegard Hillebrecht, Victor von Halem, Jean Madeira, José ven Dam, Catherine Gayer, Lorenz Driscoll, choru et orchestre du Deutsche Oper de Berlin, Lorin Maazel : direction, 2 Cds Stradivarius, 1992, n° STR 10063.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana seconda ; Due studi ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Parole di San Paolo, Sandro Materassi : violon, Pietro Scarpini : piano, Amedeo Baldovino : violoncelle, Magda László : mezzo-soprano, Zoltán Peskó : direction, 1 Cd CGD/ESZ, 1989, n° 84002.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Il prigioniero, Liliana Poli, Eberhard Wächter, Gerard english, Werner Krenn, Christian Bösch, chœur et orchestre de la radio autrichienne, Carl Melles : direction, 1 Cd CGD/ESZ n° 84002, 1989.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Liriche greche ; Divertimento in quattro esercizi ; Piccola musica notturna, Jane Manning : soprano, Australia ensemble, Graham Hair : direction, 1 Cd Entracte, 1988, n° ESCD 6504.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Piccolo concerto per Muriel Couvreux ; Liriche greche ; Tratiniana Seconda, Dallapiccola ensemble, Luigi Suvini : direction, Bruno Canino : piano, Anita Morrison : soprano, Marco Rizzi : violon, 1 Cd Nuova Era, 1992, n° 7109.
  • Luigi DALLAPICCOLA, I. Il prigioniero  ; II. Cinque canti ; III. Preghiere, H. Pilarczyk, E. Wächter, H. Krebs, chœur et orchestre symphonique du Bayerischen Rundfunk, direction Hermann Scherchen (I), Mario Basiola : baryton, orchestre du théâtre La Fenice, direction Hermann Scherchen (II ; III), 1 Cd Stradivarius, coll.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Divertimento in quattro esercizi ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Due studi ; Piccola musica notturna ; Quadero musicale di Annalibera ; Rencesvals, Ensemble Recherche, Sarah Leonard, Tawako Sato-Schöllhorn, 1 Cd Accord n° 202 882.