Klaus Huber (1924)

Schattenblätter (1975)

trio pour clarinette basse, violoncelle et piano
[Les feuilles d'ombre]

  • Informations générales
    • Date de composition : 1975
    • Durée : 12 mn
    • Éditeur : Ricordi, nº Sy. 2434
    • Dédicace : à Marek Kopelent
Effectif détaillé
  • 1 clarinette basse, 1 piano, 1 violoncelle

Information sur la création

  • 1975, Prague (version clarinette et piano) ; version trio : Boswil 1976, par Seiju Kato : clarinette, Walter Grimmer : violoncelle, Werner Bärtschi : piano.

Observations

Autres versions : clarinette basse, piano ou violoncelle et piano ou piano seul (voir Blätterlos).

Note de programme

Schattenblätter (Les feuilles d'ombre) furent composées en 1975 pour Josef Horak et Emma Kovarnova, qui en assurèrent la création à Prague fin novembre 1975 dans une version pour clarinette basse et piano. La version originale fut créée le 2 octobre 1976 à Boswil dans une interprétation de Seiju Kato, Walter Grimmer et Werner Bärtschi. L'œuvre est dédiée au compositeur tchèque Marek Kopelent.

Schattenblätter : « Feuilles d'ombre, ... Feuilles caduques dont la constitution anatomique témoigne d'une forte dépendance par rapport à l'exposition à la lumière. Situées au cœur du feuillage ou sur la face nord des arbres, les feuilles d'ombre sont sensiblement plus tendres, plus fines, mais aussi plus grandes que les feuilles exposées au soleil » (Brockhaus, Wiesbaden 1973).

C'est à partir de cette exergue encyclopédique que Klaus Huber a composé sa pièce, qui, comme un arbre, peut perdre ses feuilles. Trio pour clarinette basse, violoncelle et piano, il est loisible d'en dépouiller plus ou moins le feuillage instrumental (toutes les combinaisons sont permises : clarinette et piano, violoncelle et piano, clarinette et violoncelle, et même piano solo — mais alors sous le titre de Blätterlos, Sans feuille) ; mais même avec toute sa frondaison, l'ouvrage crée une impression extrêmement pénétrante de solitude, d'isolement, de tristesse. Un abandon dans le froid comme un arbre dénudé seul au milieu de la brume. Sans doute aussi le froid humide des prisons, puisque l'œuvre, dédiée à son ami le compositeur tchèque Marek Kopelent (dont la musique était alors interdite), veut rappeler le sort de tous ceux qui sont prisonniers pour des raisons de conscience — comme on pouvait l'être encore dans cette Tchécoslovaquie de 1975.

La pièces est construite comme un arbre dont le tronc serait une tierce diminuée, do dièse - mi bémol ; intervalle qui débute l'œuvre et charpente toute la partie de piano. Ses branches sont les accords qui se répartissent symétriquement par rapport à ce tronc, et dont les harmoniques (renforcées par une légère préparation du piano) font entendre encore ces deux notes. Les feuilles, ces larges feuilles d'ombre décolorées, ce sont les instruments graves qui couvrent de nuances très douces le bois du piano. Seuls quatre éclats viennent romprent le lent étiolement de cette musique de l'amitié mélancolique.

Marc Texier, notice du CD Una Corda 201 652