Klaus Huber (1924)

Protuberanzen (1985-1986)

trois petites pièces pour orchestre, successives ou simultanées

  • Informations générales
    • Date de composition : 1985 - 1986
    • Durée : between 06 mn and 10 mn
    • Éditeur : Ricordi, nº Sy. 3202 ; Sy. 3016
    • Commande: Hans Zender pour l'Orchestre Philharmonique de Hambourg
Effectif détaillé
  • 2 flûte (aussi 1 flûte piccolo, 1 flûte alto), 2 hautbois, cor anglais, clarinette, cor de basset, clarinette basse, 2 basson, contrebasson, 4 cor, 2 trompette, 3 trombone, timbales, 3 percussionniste, 16 violon, 14 violon II, 12 alto, 10 violoncelle, 8 contrebasse

Information sur la création

  • 1986, Allemagne, Hambourg (version successive) ; 1986, Freiburg (version simultanée), par Orchestre Philharmonique de Hambourg, direction: Hans Zender (les deux versions)

Observations

  • Version successive : 2 flûtes (aussi piccolo et flûte alto), hautbois, cor anglais, clarinette (aussi cor de basset), clarinette basse, basson, contrebasson, 2 cors, trompette, 2 trombones, timbales, perc., cordes : au moins 6.6.4.4.2. (Ricordi, Sy. 3202).
  • Version simultanée (les trois pièces se chevauchent) : 3 flûtes (aussi piccolo et flûte alto), 2 hautbois, cor anglais, clarinette, clarinette basse, cor de basset, 2 bassons, contrebasson, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, timbales, 3 perc., corde : 16.14.12.10.8. (Ricordi Sy. 3016).
Titres des parties
  • Die Enge des Markes (L'étroitesse du marché)
  • Implosion
  • Staübchen von Licht (Particules de lumière)

Note de programme

Commande du chef Hans Zender pour l'Orchestre Philharmonique de Hambourg, cette pièce existe sous deux formes. En trois mouvements :

  • Die Enge des Marktes (L'étroitesse du marché)
  • Implosion
  • Stäubchen von Licht (Particules de lumière)

ou en un seul mouvement résultant de la superposition (retravaillée) des trois parties de la première version.

Il s'agissait pour Klaus Huber, tout à la fois, de répondre à la demande précise de Hans Zender souhaitant une pièce courte pour grand orchestre ; de poser la question : « nous reste-t-il encore du temps et de la disponibilité pour écouter la musique contemporaine ? » — à quoi répond implicitement cette œuvre « repliable » ; et surtout de résoudre un problème d'écriture tout à fait original et fascinant : que se passe-t-il à l'écoute quand des sections musicales successives et opposées sont entendues simultanément, comment préserver la transparence de la musique malgré les recouvrements, le résultat est-il la somme des parties ou quelque chose de qualitativement autre ?

Là encore, la réponse est donnée par le titre : les protubérances sont ces immenses jets de gaz enflammé qui s'élèvent à des milliers de kilomètres au-dessus de la chromosphère solaire, mais qui ne sont observables que pendant les éclipses, quand le centre du soleil est occulté par la lune, ou, autrement dit, quand, comme dans cette pièce, les trois astres — le soleil, la lune et la terre (c'est-à-dire les trois mouvements) — sont alignés (superposés). Alors quelque chose d'entièrement neuf apparaît ; la complexité extrême de l'entrelac des éléments, obscurcissant le centre de l'œuvre, rend visibles ses protubérances.

Dans une longue analyse où il traite pour la première fois de façon appronfondie de la notion de « sémantique structurelle », Klaus Huber a décrit cette pièce qui est à plusieurs points de vue un tour de force contrapuntique. Chaque pièce est écrite pour une formation différente et complémentaire issue du grand orchestre, de façon à ce que l'orchestre ne joue tout entier que lors de l'exécution simultanée. La version simultanée n'est pas seulement la superposition des trois partitions indépendantes, car Klaus Huber ne voulant qu'un chef d'orchestre, dut réécrire dans la même métrique les trois sections superposées. Réaménagement indispensable également afin de mieux maîtriser la transparance globale de cette version.

Pour se repérer dans l'œuvre

I. Die Enge des Marktes : est un quintuple canon rythmique proportionnel en prolation dont les voix se meuvent à l'intérieur d'une série de hauteurs prédéterminées dont l'épaisseur décroît progressivement jusqu'au vide, et dont la rythmique se simplifie elle aussi jusqu'à ne plus faire entendre que des « rythmes triviaux », symbolisant ainsi le rabougrissement du marché de la musique contemporaine qui ne trouve son salut que dans la simplification.

II. Implosion : présente un espace sonore organisé selon des intervalles dégressifs (octave, septièmes et sixtes majeures puis mineures, quinte, triton, quarte...) qui va être transformé en son renversement avant de s'écrouler sur lui-même, symbolisant l'effondrement de la matière à la suite d'une explosion atomique.

III. Stäubchen von Licht... : Contrairement aux deux pièces précédentes qui suivent la logique d'une simplification formelle progressive, celle-ci se complexifie et s'épaissit peu à peu, avant de s'élégir dans le dernier fragment. Cette pièce repose sur le passage très progressif, presque imperceptible, via la micro-tonalité, de quatre accords qui se transmuent l'un en l'autre, avant de revenir à une variante de l'accord initial.

Marc Texier, notice du CD Una Corda 204 532.