Heinz Holliger (1939)

Beiseit (1990-1991)

douze lieder sur des poèmes de Robert Walser
[A l'écart]

  • Informations générales
    • Date de composition : 1990 - 1991
    • Durée : 40 mn
    • Éditeur : Schott
    • Dédicace : à György Kurtág
    • Livret (détail, auteur) :

      Robert Walser

Effectif détaillé
  • soliste : contre-ténor solo [ou contralto]
  • clarinette (aussi clarinette basse), accordéon, contrebasse

Information sur la création

  • 28 April 1991, Allemagne, festival de Witten, par David James : haute-contre, Elmar Schmid : clarinette, Theodoro Anzellotti : accordéon, Johannes Nied : contrebasse, direction : Heinz Holliger.

Titres des parties

  1. Beiseit
  2. Schnee
  3. Bangen
  4. Wie immer
  5. Trug
  6. Zu philosophisch
  7. Abend
  8. Weiter
  9. Angst
  10. Und ging
  11. Druckendes Licht
  12. Im Mondschein (Epilog)

Note de programme

Le poème de jeunesse Beiseit semble prophétiser le destin ultérieur de Robert Walser, qui fait partie, avec Georg Trakl, Nelly Sachs, Samuel Beckett et Friedrich Hölderlin, de ces poètes en marge auxquels Heinz Holliger voue depuis longtemps une attention particulière. Une des caractéristiques de l'ensemble du travail compositionnel de Holliger est l'emploi de données numériques déterminant la forme et la structure de l'œuvre. Dans l'opéra d'après Samuel Beckett intitulé Come and Go, le nombre trois était pour ainsi dire pris à la lettre. De même, le lied Und ging du nouveau cycle Beiseit est une étude sur le nombre cinq. Sa partie initiale, notamment, par l'intrication extrême de groupes instrumentaux en quinconce, combinée avec des formes en miroir et des intervalles correspondants, crée un mécanisme sonore de haute précision. Le tissage constructiviste constitue un des fondements de l'écriture de Holliger. Dans Schnee, les parties du contre-ténor, de la clarinette et de la contrebasse sont conduites selon un canon de proportions structuré en quarts de ton : la seconde et la troisième voix répètent les notes de la première avec des durées respectivement doubles et réduites de moitié. Dans le lied qui donne son titre à l'ensemble – Beiseit –, les staccatos de l'accordéon et les pizzicatos de la contrebasse entourant la voix chantée se déroulent en mouvement contraire.

Cependant, un tel constructivisme, quand bien même il serait au premier plan, ne constitue pas un but en soi. Chez Holliger comme chez Alban Berg, le savoir-faire implicite dans le moindre détail doit s'effacer devant l'essentiel : l'urgence de l'expression. Car c'est elle qui préside, notamment dans Schnee, au système des micro-intervalles, ou encore, dans Abend, à la sonorité expressionniste oppressante, qui compte peut-être parmi les moments les plus émouvants de tout le cycle. Les arrières-plans expressifs se prêtent également au déroulement simultané de différents processus temporels – dans Zu philosophisch, par exemple –, mais surtout, ils invitent à pénétrer des domaines sonores peu explorés. Le lied Wie immer est écrit pour un Sprechgesang au rythme déterminé, et un contrebassiste auquel sont assignées des activités tout à fait inhabituelles : actions avec une corde supplémentaire, avec du papier, une balle, un tuyau de verre, glissando tremblotant, imitations de bruits de respiration, figurations sonores de complaintes, de tortures, de cris. Le cycle d'après Robert Walser fait souvent incursion dans les territoires limites de l'expression et de la sonorité. Sur le plan de l'instrumentation, Holliger considère son ensemble comme une sorte de condensé du folklore suisse. L'organisation générale en douze lieder s'inspire du cycle de Schumann d'après Eichendorff ; on retrouve d'ailleurs dans le postlude instrumental au dernier lied une citation littérale de Mondnacht.

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