Ivan Fedele (1953)

Pentalogon quartet (1987)

second quatuor à cordes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1987
    • Durée : 10 mn
    • Éditeur : Suvini Zerboni, nº 9736
Effectif détaillé
  • violon, violon II, alto, violoncelle

Information sur la création

  • Date : 9 May 1989
    Lieu :

    Italie, Rende


    Interprètes :

    l'ensemble instrumental Musica d'oggi.

Note de programme

Pentàlogon Quartet est une réécriture pour quatuor à cordes d’une œuvre antérieure spécialement écrite pour la radio: Pentàlogon, dont le sous-titre « commentaire radio en musique » est une référence explicite à l’un des genres emblématiques d’émission radiophonique – le commentaire sportif.

L’idée à l’origine du livret était en soi un défi: comment bâtir un drame musical à partir d’un des plus célèbres paradoxes du philosophe présocratique Zénon d’Élée : celui d’Achille et la tortue, autrement dit le conflit entre le sens commun et la pensée philosophique. Le compositeur Ivan Fedele et son librettiste, Giuliano Corti, ont ainsi eu recours à de nombreuses solutions inédites qui se sont avérées déterminantes dans l’élaboration de l’œuvre. D’abord, ils ont décidé de mettre en jeu cinq tortues, une pour chacun des fondamentaux logiques servant de base à la pensée d’Anaximandre (le principe physique), de Pythagore (le nombre), d’Héraclite (le concept), de Xénophane (l’indéterminé) et d’Anaxagore (le principe mental). Ensuite, on a donné à la compétition le décor d’un stade imaginaire – le Pentàlogon – résonant des chants enthousiastes des fans et des cris du commentateur radiophonique. Pour ce dernier rôle, un authentique spécialiste a été choisi (Ezio Luzzi lors de la création), lequel lit le texte à son rythme habituel, rapide et impromptu, condensant le contenu conceptuel de la course en une forme extrêmement superficielle de communication, une sorte de grommelot, laissant à la musique (le quatuor à cordes) la charge de porter les concepts.

La traduction des cinq principes philosophiques en autant de processus compositionnels a bouleversé la logique de composition du point de vue poétique et conduit le compositeur à structurer l’œuvre en une suite de cinq mouvements : Fanax (Metallico) ou « dell’Apeiron » (la séparation et l’union des opposés); Pus (E-statico) ou « del Numero » (la formule ésotérique) ; Fert (Scorrevole) ou « del Lògos » (la mutation au sein du permanent) ; Fans (Luminoso) ou « dell’Uno » (la lumière infinie) ; Gramah (Elettrico) ou « dell’Intelletto » (l’ordre qui traverse le chaos).

En réécrivant la partition instrumentale de Pentàlogon pour en faire une œuvre autonome, Fedele a donc donné naissance à son deuxième quatuor à cordes. La structure respecte scrupuleusement le découpage de la première version – et ce deuxième quatuor peut là se comparer à son premier, dans lequel le compositeur avait créé un ensemble formel complexe et organique inscrit dans une temporalité parfaitement structurée. Cette manifestation impérieuse de l’ordre est formellement subordonnée aux thèmes philosophiques sous-jacents de Pentàlogon, mais son influence s’étend ici à la sphère harmonique, au sens des figures musicales, à la caractérisation des gestes physiques et à la clarté des relations entre les instruments. Une cohérence totale, indifférente à l’explosion continue des événements dynamiques imprévisibles, qui renforce au contraire l’idée d’une situation totalement unifiée mais fluide et segmentée.


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  5. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

  6. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  7. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  8. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  9. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  10. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

Ali di Cantor. The Music of Ivan Fedele. Édition réalisée par Cesare Fertonani Milano, Edizioni Suvini Zerboni. Programme ManiFeste-2015 (tr : J.S.).