Pascal Dusapin (1955)

Quad (1996)

In memoriam Gilles Deleuze, pour violon et quinze instrumentistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1996
    • Durée : 19 minutes
    • Éditeur : Salabert, Paris
    • Commande: Ensemble intercontemporain
Effectif détaillé
  • soliste : violon
  • 2 flûte (aussi 1 flûte piccolo), hautbois, 2 clarinette (aussi 1 clarinette basse), basson, cor, trompette, 2 trombone, percussionniste, 2 violoncelle, 2 contrebasse

Information sur la création

  • 12 March 1997, France, Paris, Théâtre du Châtelet, par Hae Sun Kang : violon, Ensemble intercontemporain, direction : Markus Stenz.

Note de programme

Avec Quad, Pascal Dusapin poursuit son exploration de la forme concertante, cette œuvre en création ayant été directement suivie par l'écriture d'un concerto pour violoncelle, et succédant à Watt, pour trombone (1994), ou encore à Aria pour clarinette (1991). Mais l'œuvre de Dusapin n'aime pas le point final. Elle offre plutôt l'espace de virgules ou la respiration d'une page que l'on tourne, le compositeur citant Jasper Jones en marge de la première page de sa partition : « Faire quelque chose, puis faire quelque chose d'autre »…

Concert, et non concerto, Quad ne veut rien emprunter à l'esprit dialectique de la forme romantique. L'orchestration, hybride, met en miroir le violon solo et quinze instruments (bois, cuivres, percussion, et cordes graves). Dusapin joue cependant explicitement sur des fonctions classiques, inscrivant notamment à l'issue de l'œuvre une cadence suivie d'une coda concluant l'œuvre. Au-delà du canevas classique de la structure superficielle de Quad, tout se joue à un autre niveau. Et là peut-être s'inscrit la double référence mise en exergue par Dusapin.

Quad est l'une des dernières et courtes pièces de Beckett, éditée conjointement avec un commentaire de Deleuze, L'Epuisé. Cet essai met en lumière l'évolution de la langue beckettienne, sa recherche d'un épuisement du possible à travers une logique combinatoire, processus menant de l'implosion du langage vers la révélation d'une image pure, irradiante, toute de « tension interne ». Quad est aussi pour Dusapin l'évocation du son de l'archet ouvrant cette œuvre sur une note tenue grave : son âpre, geste de ponctuation, comme si l'œuvre s'ouvrait sur une fin possible. Quad : « in memoriam Gilles Deleuze ». La pensée du philosophe accompagne le compositeur depuis les années soixante-dix alors qu'il suivait ses cours à l'Université et découvrait Rizome, texte qui le guida dès lors dans sa recherche formelle. Deleuze, décédé alors que Dusapin écrivait les première mesures de Quad, y passe au crible de sa vision aigue ce qui sous-tend la pensée, la culture et la science occidentales, schémas calquant notre vision du monde sur une structure arborescente, générative, proliférante et réitérante. En musique, ces schémas dicteront la forme thème-variation. Forme dont Dusapin cherche toujours à échapper afin de trouver une forme ouverte, aux connexions infinies, aux directions « mouvantes ».

Quad, partition inscrite comme son auteur dans l'ici et maintenant, émaillée de notes et de dates rappelant tel ou tel événement de la vie privée ou sociale, l'inscrivant dans le présent de son écriture ; Quad, œuvre rizome, tels ces dessins introduisant le manuscrit de Dusapin, représentations de divers types d'éclairs, linéaires, sinueux, en boucle, ou rayonnants.

Programme de la création, mercredi 12 mars 1997, Théâtre du Châtelet.