Franco Donatoni (1927-2000)

De près (1978)

pour voix de femme, deux piccolos et trois violons

  • Informations générales
    • Date de composition : 1978
    • Durée : 04 mn
    • Éditeur : Ricordi, Milan, nº 132778
    • Dédicace : à Dorothy Dorow
    • Livret (détail, auteur) :

      Jean Robertet

Effectif détaillé
  • soliste : voix de femme non spécifiée solo
  • 2 flûte piccolo, 3 violon

Information sur la création

  • 17 June 1978, Italie, Naples, Festival Nuova Musica e Oltre, par Dorothy Dorow : soprano.

Note de programme

L’œuvre est dédiée à Dorothy Dorow. La voix chante un seul vers de Robertet, accompagnée de trois violons et de deux petites flûtes. Elle procède par fragmentation du texte (selon une pratique qui n’est pas usuelle) jusqu’au phonème simple, pour recomposer les unités musicales selon une changeante répétition. Les dimensions exiguës de l’œuvre me dispensent de commentaires complémentaires et me limitent à rappeler que De près est la première œuvre portée à son terme pour la voix humaine depuis la Serenata composée en 1958.

Franco Donatoni.

L'année 1978 marque d'une façon toute particulière l'œuvre de Donatoni : les œuvres composées cette année-là sont vocales : De Près, ...Ed insieme bussarono, Arie, ce sont les premières du compositeur si l'on excepte Serenata qui date de 1958 et que Donatoni a reniée par la suite.

Dans De Près, la voix, celle de Dorothy Dorow à qui la pièce est dédiée, est traitée comme le serait un instrument et est accompagnée d'un quintette formé de deux flûtes et de trois violons. Donatoni choisit un texte mais le fait aussitôt éclater pour n'en conserver que des lambeaux, constamment permutés : le chant représente, en définitive, une série de sonorités pratiquement inintelligibles. « [La voix] procède par fragmentation du texte (selon une pratique qui n'est pas usuelle) jusqu'au phonème simple, pour recomposer les unités musicales selon une changeante répétition. » (Donatoni)

La référence littéraire révèle certains caractères du compositeur, à la fois soucieux de la forme, sensible aux paradoxes, secrètement passionné. Il s'agit d'un vers de Jean Robertet, poète du XVe siècle :

Je tiens de près celle qui m'est lointaine

tiré d'une ballade présentant une suite de paradoxes de ce type, selon un procédé cher aux rhétoriqueurs de la fin du Moyen-Age. Référence à cette source archaïque ? Donatoni nous propose une partition pleine d'ornements, de ports de voix, de mordants et de trilles ; les sonorités s'enchaînent, et progressivement ce matériau d'autrefois se transforme en puissantes vocalises puis en véritables cris, culminant sur le mot « près » lancé sur un si bémol aigu ! En deux pages, la musique s'éteint ensuite, comme s'éteignent les feux d'artifice.

Alain de Chambure, notice du cd Adda 581143, Donatoni par l'Ensemble 2e2m.