Denis Cohen (1952)

Cantate (1982)

pour deux voix de femme et ensemble

  • Informations générales
    • Date de composition : 1982
    • Durée : 18 mn
    • Éditeur : Nodus, Paris
    • Commande: Ministère de la Culture pour l'Ensemble 2e2m
    • Livret (détail, auteur) :

      Georg Webern, Entweder, man versteht Worte...

Effectif détaillé
  • solistes : 1 soprano solo, 1 mezzo-soprano solo
  • 1 clarinette (aussi 1 clarinette en mib), 1 basson (aussi 1 contrebasson), 1 cor, 1 trompette, 1 trombone, 2 percussionniste, 1 harpe, 1 piano (aussi 1 orgue électrique), 1 alto, 1 contrebasse

Information sur la création

  • 15 March 1983, Paris, Centre Georges Pompidou, par Evelyne Razumowski : soprano, Marie-Claude Vallin : mezzo, l'ensemble 2e2m, direction : Denis Cohen.

Note de programme

L'utilisation d'un texte et de la voix chantée (ou parlée) dans une trame musicale peut obéir à deux modèles opposés mais complémentaires : d’un jeu « théâtral » – pouvant soutenir un sens, une information relativement pauvre (par exemple les opéras véristes) – à un jeu extrêmement subtil – le sens nécessitant un réseau de relations très riche et jouant sur l’ambiguïté d'un système constitué (par exemple certains lieders de Schubert) –, s'inscrivent de nombreuses réalisations qui (se) servent plus ou moins (de) l'information contenue dans une parole.

Dans cette « cantate », c'est la construction interne de chaque strophe, le verbe et ses intentions, ses résonances, qui a stimulé un choix d'écriture.

J'ai exploité dans cette œuvre ce que j'avais appelé « ambitus de temps » dans le concerto de chambre Transmutations ; chaque séquence observe un rapport de durée et de tempo déterminé, mais, au lieu que ces tempi et durées soient dans une relation d'or permutée par deux (Transmutations), ils sont ici choisis en fonction de l'espace suggéré par le texte, le lieu réclamé par le poème. Il s'agit en quelque sorte d'une hyper-permutation de rapports d'or. Ceci donne lieu à des séquences parfois de même durée, mais de vitesses, de pulsations différentes ; certains évènements étant troués, filtrés par ce paramètre « vitesse ».

La dimension directionnelle du déroulement (son anticipation possible dans le temps) est donc totalement déterminée par l'ordonnancement du texte ; certaines structures en arrière-plan dans le « poème écrit » apparaîtront plus en avant dans la réalisation musicale.

D’autre part, il y a dans ce texte une constante structurelle qui frappe dès la première ligne : « Entweder oder » (« ou bien... ou bien »), c’est-à-dire une alternance noir/blanc, rapidement, sec/résonnant etc. qui modèle le sens du début à la fin. Cette opposition est présentée musicalement d'abord de manière très simple au début de l’œuvre (phrases très découpées aux cuivres et percussions d'une part, évènements plus souple, identité plus harmonique au piano et harpe d'autre part (couple sec/résonnant) et débouche plus tard sur une réalisation simultanée de cette alternative par la superposition de deux tempi (et donc de deux groupes instrumentaux) différents (Aus jovialität, als auch ...., von klugheit... von sich selbst).

D'autres formes obliques ou décalées servent également à donner espace au sens des mots, leurs respirations devant s'imbriquer en retour dans le contexte musical.

L'identité musicale est axée ici non sur une polarisation permanente (rôle du thématisme ou même des motifs mélodiques qui « tissent » le temps), mais sur toutes les composantes mises en jeu à l'instant même de l'énonciation du texte poético-musical, de telle sorte que les matériaux « théoriquement équiprobables » seront déduits au cours de la composition ; seront éliminés certains éléments, d'autres transformés. La polarité d'un quelconque paramètre sera appariée à une idée matrice du texte.

L'éventuelle fusion poème/musique est à chercher dans le flux du sens, le moteur du verbe, davantage que dans la réalisation, ici aphoristique, de l'intention poétique, la traduction française ne pouvant en donner qu'une approximation.

Denis Cohen

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