Denis Cohen (1952)

Mémoire de vague (1996)

pour alto principal, clarinette, trompette, trombone, contrebasse

  • Informations générales
    • Date de composition : 1996
    • Durée : 23 mn
    • Éditeur : Nodus
    • Cycle : Concerti grossi a una parte
    • Commande: Ensemble intercontemporain
    • Dédicace : à Christophe Desjardins
Effectif détaillé
  • soliste : 1 alto
  • 1 clarinette, 1 trompette, 1 trombone, 1 contrebasse

Information sur la création

  • Date : 24 May 1996
    Lieu :

    Paris, Centre Georges-Pompidou, Grande salle


    Interprètes :

    les solistes de l'Ensemble intercontemporain.

Note de programme

Mémoire de vague marque pour Denis Cohen un retour à la forme chambriste purement instrumentale, après une longue période dominée par la voix et l'orchestre, aboutissant à l'opéra. La formation très inusitée de ce quintette met en présence un bois (la clarinette), deux cuivres et deux cordes. L'alto joue un rôle prépondérant tout au long de la pièce. La fonction de polariser le discours sur une voix soliste est une constante dans les œuvres plus récentes de Denis Cohen, notamment dans les Neuf cercles d'Alighieri pour soprano et orchestre ; le soliste est médiateur entre la complexité compositionnelle et l'écoute immédiate.

Bien qu'étant écrite en une coulée d'une vingtaine de minutes la pièce comporte trois moments principaux.

La première partie, plus développée, est marquée par l'alternance de textures souples et mouvantes de l'ensemble et d'inserts solistes de l'alto, traits d'une grande vélocité, à la limite du possible, pulsés par les accents des vents et de la contrebasse. Le principe d'alternance se retrouve dans les constants changements de tempo.

Des accords réguliers propulsent l'œuvre dans sa deuxième phase. Une polyphonie bruissante de notes répétées crée un dépaysement sonore. L'écriture progresse alors vers une scission en deux groupes homorythmiques ; ce dispositif nouveau cède peu à peu devant le retour des percées du soliste. Le gel des autres instruments sur un accord permet l'essor d'une cadence de l'alto.

La troisième phase se caractérise par un traitement plus global. L'alto, toutefois, s'individualise encore par ses figurations propres, tandis que le reste du quintette se souvient des formulations qui ont jalonné la pièce depuis son commencement. L'écriture se densifie, puis se réduit en intensité laissant l'espace aux phrases lyriques de l'alto en sourdine. L'œuvre s'apaise finalement dans la douceur.

Dans Mémoire de vague, Denis Cohen se montre toujours résolument attaché à une écriture extrêmement travaillée. Il explore en profondeur les combinaisons de rythmes, figures mélodiques et les mutations de timbres, usant dans ce foisonnement sonore des variations de mode de jeu (trémolos, glissandi, harmoniques etc.) et des changements de sourdines des cuivres.Les instruments sont sollicités sur l'étendue de leur registre et particulièrement dans l'aigu. Comme dans nombre de ses partitions, Denis Cohen joue sur une perception directionnelle « où la prévisibilité demeure possible ». Les retours par vagues de l'alto sont vecteurs de cette perception et les formules rythmico-mélodiques récurrentes irriguent le flux musical jouant sur la mémoire et l'instant.


  1. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  2. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  3. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  4. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  5. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  6. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  7. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  8. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

Michel Rigoni, programme du concert solistes EIC, 24 mai 1996