Denis Cohen (1952)

Ajax-Opéra interrompu (1983)

pour 12 voix mixtes, 2 percussions, contrebasse et bande magnétique

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1983
    • Durée : 36 mn
    • Éditeur : Nodus
    • Dédicace : à « Margot » (Margaret Cohen-Delvitto-Bernard)
Effectif détaillé
  • ensemble de voix solistes à 12 voix
  • 2 percussionnistes, 1 contrebasse

Information sur la création

  • Date : 24 September 1984
    Lieu :

    Strasbourg, Festival Musica


    Interprètes :

    le Groupe Vocal de France, direction : Michel Tranchant.

Information sur l'électronique
Dispositif électronique : sons fixés sur support

Note de programme

Appeler aujourd'hui une œuvre « opéra » est-il un défi ?

Oui, dans la mesure ou ce terme, avec son histoire, doit communiquer une intention qui ne coïncide pas totalement avec ce que l'on peut croire être les caractéristiques d'un opéra : l'évolution d'un nœud dramatique, la construction et/ou la résolution d'un conflit, la présence de voix solistes, de personnages musicaux/théâtraux, le tout pris en charge par une systématique musicale propre au compositeur et aux moyens de son époque. Le fait que cet opéra soit « interrompu » est sans doute un signe de subversion d'un terme très connoté.

Par ailleurs, tout compositeur, aujourd’hui, me semble redevable de la notion de « développement continu ». Cette notion nous vient du post-romantisme, de l'école de Vienne en passant par l'épuration radicale des années cinquante.

Si cette notion est commune à toute démarche compositionnelle (ce que je pense), laissons-la à son destin, un peu comme les « sériels » ont renoncé à la systématique de la série pour s'occuper plus précisément de ses conséquences.

Pour ma part, j'extrais de l'opéra une des caractéristiques qui me semble avoir fait l'objet de nombreuses spéculations. C'est justement cette notion de continuité (j'entends cohérence de l'enchaînement formel), mais cette fois-ci comme conséquence d'une intention préalable opérant une sorte de « forcing » sur un texte qui ne répond pas toujours aux manipulations artisanales.

C'est moins la tragédie d'Ajax comme « représentation de la terreur et de la pitié », telle que l'énonce Aristote dans La Poétique, que la systématique représentative du chœur antique dans les tragédies grecques en général – particulièrement le fait de ponctuer le cours du « drame », de donner une place à la réflexion « hors action », « hors personnages » (même si le désespoir peut sembler ne pas être un « réfléchi ») – qui m'ont porté intuitivement à penser une autre systématique, musicale celle-là, de manière à suggérer cette continuité malgré les « interruptions » du texte.

Il s'agissait donc d'utiliser les six parties, les six morceaux, comme une proposition d'un seul tenant, et de donner une cohérence d'une autre nature là ou n'existait « que » l'unité de représentation théâtrale du chœur.

Que l'intervention soit valide ou non, seule le dira l'impression produite : assister à deux spectacles simultanés, voir la cohérence de l'un prévaloir sur celle de l'autre, ou percevoir dans cette proposition artistique une dimension nouvelle.


  1. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  2. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  3. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

Denis Cohen