John Chowning (1934)

Stria (1977)

pour bande magnétique

Œuvre électronique , Ircam

Date de composition : 1977
Durée : 15 minutes
Éditeur : Inédit
Commande : Ircam - Centre Pompidou

Genre
Musique électronique / sur support / instruments mécaniques [Musique électronique / sur support / instruments mécaniques]

Information sur la création

  • 13 October 1977, Paris, Centre Georges-Pompidou.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : réalisée par ordinateur PDP 10 de l'Université de Stanford CCRMA
Dispositif électronique : sons fixés sur support

Cette œuvre a été créée au CCRMA, à l'Université de Stanford. Elle fait appel à l'ordinateur PDP-10, à des programmes écrits en SAIL, au langage Music 10 et aux techniques de modulation de fréquence (développée par Chowning lui-même) appliquées à la synthèse sonore, L'œuvre est entièrement basée sur des spectres non-harmoniques élaborés à partir de la synthèse FM.

C'est probablement la seule composition musicale pour ordinateur (ou peut-être la seule composition) dans laquelle le compositeur exploite la série de Fibonacci (une équation mathématique qui repose sur l'addition des deux derniers nombres et qui attire depuis longtemps les musiciens – 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, etc) à la fois pour le spectre et pour la forme. Cette série proportionnelle (qui se réfère au nombre d'or) engendre divers spectres de sonorité homogène. Si on utilise l'ordinateur pour analyser deux différentes séquences au début de l'œuvre, il s'avère impossible de trouver la série Fibonacci dans le spectre, ce qui révèle peut-être l'inadaptation des programmes usuels d'analyse par ordinateur, surtout ceux qui traitent des composants du spectre.

La série Fibonacci apparaît parfois sous une forme réduite. Les proportions se retrouvent entre certains débuts de spectres voisins, ainsi que dans les durées des divers spectres (par exemple après les 55 premières secondes de musique, il y a un changement de spectre clairement perceptible). Ces proportions sont quelquefois prises en sens inverse, comme 8532, pour souligner le développement musical et amener à certains points culminants. Les proportions à grande échelle restent introuvables. Le principal temps fort se situe presque au milieu de l'œuvre (vers 8'-9'). Ainsi la forme globale peut s'apparenter a une arche, la seconde moitié ressemblant à la première. La partition s'achève sur un dénouement général.

L'application des mêmes proportions à la structure des spectres et de la forme se rapproche du principe général de construction sérielle. L'organisation de l'œuvre suit le principe de « l'emboîtement », un terme d'informatique qui implique la récurrence de structures identiques à divers niveaux d'un programme.

Dans Stria, les spectres non-harmoniques ne rappellent pas ceux des timbres instrumentaux, sauf peut-être à certains endroits où l'on peut entendre des sons évoquant l'orgue (particulièrement, au principal temps fort). Le compositeur crée des spectres non-harmoniques de façon à éviter la sensation de « dissonances ». Divers fragments de la composition offrent des sons « métalliques » spécifiques, alors que d'autres sont plus doux. Parfois, des spectres non-harmoniques comportent aussi un certain degré d'harmonie. Certaines fréquences d'un même spectre se trouvent alors en relief, créant ainsi un son complexe.

L'œuvre est de structure homogène. Elle résulte de superpositions de divers spectres non-harmoniques de densité différente. La texture n'est jamais très dense, sauf à l'apogée de l'œuvre. Le changement de densité joue un rôle structures important ; il permet d'éviter le caractère statique du développement. Il est possible que la densité des spectres et leurs durées soient interdépendantes. Grâce à la création du « relief » spectral, on peut entendre isolément plusieurs couches sonores. L'utilisation de spectres se chevauchant comme procédé structurel (absence de points de texture, de lignes musicales et autres figures graphiques) donne à l'œuvre un débit musical lent qui est sa caractéristique spécifique.

Plusieurs spectres non-harmoniques créent un champ qui donne à la forme une unité structurelle importante. Cette forme comporte plusieurs parties clairement perceptibles.

On peut écouter simultanément différents spectres non-harmoniques dispersés dans l'espace (quadriphonie). En outre, il arrive souvent qu'un spectre se déplace dans l'espace. Pour obtenir cet effet, le compositeur a utilisé les algorithmes mentionnés dans son article « la simulation des sources sonores mobiles ».

La réverbération est à peine utilisée, afin de conserver toute la clarté indispensable à une bonne restitution sonore des divers spectres non-harmoniques.

Grâce à l'homogénéité de ses moyens de composition, Chowning a réalisé avec Stria une œuvre d'une grande unité expressive.