Denys Bouliane (1955)

Paysage Qu (1993)

pour ensemble

  • Informations générales
    • Date de composition : 1993
    • Durée : 18 mn
    • Éditeur : Inédit
    • Commande: Société de musique contemporaine du Québec avec l'aide du Conseil des arts du Canada
    • Dédicace : à Michel-Georges Brégent
Effectif détaillé
  • clarinette, clarinette basse, 2 trompette, 2 trombone, 2 percussionniste, violon, alto, violoncelle, contrebasse à 5 cordes

Information sur la création

  • 21 October 1993, Montréal, par Ensemble de la SMCQ, direction: Walter Boudreau

Titres des parties

  • I. Arrachis (brutal)
  • II. Pics et arêtes (très brève transition)
  • III. Frâsil (lyrique)
  • IV. Côtes et coteillages (pour deux souffleurs impénitents)
  • V. Valse endémique

Note de programme
  • I. Arrachis (brutal), arbre arraché dont les racines sont à nu / ensemble d'arbres déracinés par un ouragan. Vous aimez les coupes à blanc ? Quant à moi, j'ai tendance à y réagir brutalement.
  • II. Pics et arêtes (très brève transition).
  • III. Frâsil (lyrique), petits cristaux de glace flottant à la surface de l'eau. Une vieille mélopée, quelques élans sans conséquence sur la froideur du frâsil.
  • IV. Côtes et coteillages (pour deux souffleurs impénitents). Coteillage : sentier, route qui serpente. Un sentier que l'on a peine à suivre et qui ne cesse de se ramifier. Peut-être le dernier sentier de Ste-Rose-du-Dégelis qui mène au néant.
  • V. Valse endémique. Endémie : maladie qui règne habituellement dans un canton / maladie qui est propre à certains pays. Vous connaissez les valses hésitations pratiquées en sol québécois ? Une valse malade de son grand rire jaune qui a maintenant son temple chez nous.

Un paysage ? Se pourrait-il que les dites nouvelles musiques soient en relation plus étroite avec leur contexte que l'on ne veut généralement l'admettre ? J'écoutais une émission comme je les aime, musiques tous genres confondus avec commentaires hautement subjectifs et aucune information. Vint donc une pièce orchestrale de laquelle se dégageait une nette saveur disons nordique. Probablement un compositeur suédois ou finlandais, me dis-je. Mais plus je l'écoutais, plus il me semblait sentir autre chose ; comme si ces impressions nordiques nous étaient livrées au travers d'un filtre, un filtre qui les aurait colorées dans une douce nostalgie pudique et l'élégance un peu démodée d'un salon de thé, un salon de thé victorien, oui c'était cela : un salon de thé où l'on s'échange des cartes postales des pays scandinaves. Je découvris plus tard que l'extrait que j'avais entendu provenait de la Sinfonia Antartica de Vaughan Williams. De retour chez moi, je me mis à feuilleter ma petite « québécomémorabilia » portative et je suis resté accroché à quelques définitions bien savoureuses du Dictionnaire de la langue québécoise. Probablement ai-je trouvé dans ces définitions mes propres cartes postales du Québec. Incidemment le fait de vivre en bonne partie à l'étranger conduit parfois à vivre le Québec comme par cartes postales interposées. Quoi qu'il en soit, je me suis laissé aller à des échos sonores. Musique à programme ? Qui sait ? Peut-être simplement des « attitudes » envers la matière sonore et ses mille et une façons d'éveiller et de combiner en nous les échos de notre mémoire.

Denys Bouliane, programme du Festival Agora, Paris 1999