Georg Bönn (1965)

Protophonie 3 (1994)

pour clarinette et dispositif électroacoustique

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 1994
    • Durée : 13 mn
    • Éditeur : Inédit
Effectif détaillé
  • soliste : 1 clarinette

Information sur la création

  • Date : 14 January 1995
    Lieu :

    Paris, Ircam, Espace de projection, Cursus de composition


    Interprètes :

    Pierre Dutrieu, clarinette.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam, Cursus de composition et informatique musicale
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié

Note de programme

Protophonie 3 constitue le troisième volet d'une série d'œuvres, dans laquelle j'ai cherché à créer un langage susceptible d'une part de garantir un maximum de cohérence de tous les détails musicaux entre eux, et d'autre part d'assurer le développement des formes, qui conservent leur ambiguité propre en regard de leurs références mutuelles et de leurs potentialités d'évolution.

C'est à partir de réflexions sur la mathématique des nombres premiers que me sont apparues les perspectives d'extrapolation dans le domaine compositionnel. En effet, ces nombres premiers posent actuellement une série de problèmes non encore résolus, comme par exemple le fait qu'ils n'apparaissent pas de façon régulière. On ne connaît aucune formule permettant de les générer, alors que tous les nombres entiers en sont issus. Malgré cette individualité – au sens fort du terme – des nombres premiers, on peut toutefois relever certaines régularités dans la « modulo-arithmétique » et les lois des grandes séries dont ils relèvent. C'est cet connexité entre imprévisibilité du détail et probabilité stochastique, entre ordre et chaos, qui constitue la pierre d'achoppement de mon écriture. Les éléments sont ambigus dans leur fonctionnalité même, les processus dirigés peuvent subitement s'infléchir, se ramifier en labyrinthe ou même confiner à l'aliénation.

La disposition de la forme de Protophonie 3 tient compte de ce principe dans ses grandes lignes comme dans le détail, les 29 sections de la pièce ayant la propriété d'être interchangeables. Ces sections sont dérivées de deux cycles principaux, dans lesquels le temps est structuré par le biais d'ondes sinusoïdales différentes. Celles-ci provoquent une compression et une raréfaction du temps musical, sont distordues par les structures des nombres premiers et sont enfin distribuées en sections, au cours du processus compositionnel, par extraction d'une ambiguité de principe. En concert, ces ondes sont reconstituées par l'acte de l'interprète qui crée un espace sonore multiformel, variable à chaque exécution.

En plus de ce concept de variabilité de la forme, je me suis intéressé pendant la composition à sonder les états intermédiaires, à cette polyphonie de transitions du son au bruit, du son au son (micro-intervalles, effets de l'inflexion), au ralentissement ou l'accélération du temps, aux processus d'oscillation en début et en fin des sons, des groupes du son, des formes... Cette polyphonie de la transition décrit aussi le rapport entre le monde instrumental et les sons électroniques, puisque le son de la clarinette est transformé, par modulation variable de son spectre, en un son radicalement différent. Mais un même son est tout aussi apte à moduler des sons électroniques synthétisés par l'ordinateur en temps réel. Il en résulte une multiplicité de transitions et de mélanges potentiels. Dans l'espace enfin, grâce aux huit haut-parleurs contrôlés par les mêmes algorithmes qui régissent la synthèse additive et les modulations diverses, il est possible de réaliser des transitions du son d'un lieu à un autre.


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  5. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  6. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  7. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Georg Bönn.