Luciano Berio (1925-2003)

Sequenza VII (1969)

pour hautbois

  • Informations générales
    • Date de composition : 1969
    • Durée : 7 minutes
    • Éditeur : Universal Edition, Londres
    • Dédicace : Heinz Holliger
  • Genre
    • Musique soliste (sauf voix) [Hautbois]
Effectif détaillé
  • hautbois

Information sur la création

  • Suisse, Bâle, par Heinz Holliger.

Observations

transcription en 1993 pour saxophone soprano par Claude Delangle

Note de programme

 

Les Sequenze sont en soi de véritables rencontres jalonnant l'œuvre de Luciano Berio depuis 1958 : rencontre avec la voix de Cathy Berberian, la flûte de Severino Gazzeloni, la harpe de Francis Pierre. Autant de « duos » instrument-instrumentiste dont Berio métamorphose les interactions afin d'en voir naître de nouveaux événements. Le compositeur s'attache ici comme ailleurs à la relation musicale, culturelle et sociale entre la pensée et la matière qu'elle modèle, entre la création de notre temps et l'histoire de la musique, entre le compositeur et son interprète.

Chaque Sequenza est une sorte de portrait-sculpture de l'instrument(iste). Elle fait référence à l'histoire de l'instrument ou à son répertoire. Il s'agit pour Berio d'intégrer cette histoire culturelle pour aller au-delà. Ces sequenze mettent alors en question l'image de l'instrument(iste).

Le rapport entre l'interprète soliste et son instrument est naturellement théâtral. Berio laisse jaillir cette théâtralité et peut aussi, comme dans les Sequenze pour voix, trombone, ou guitare, la rendre explicite par des jeux de scène ou d'expressions. De plus, ces Sequenze inaugurent des sonorités inouïes. Elles poussent jusqu'à leur limite les modes de jeu de l'instrument. La virtuosité que leur interprétation exige est essentielle. Cette virtuosité naît de ces conflits entre l'instrumentiste et son outil, entre sa pensée et sa technique ; conflits dont Berio sculpte les étincelles sonores.

« composer pour un virtuose digne de ce nom n'est aujourd'hui valable que pour consacrer un accord particulier entre le compositeur et l'interprète et aussi comme témoignage d'un rapport humain. » (Luciano Berio)

Luciano Berio explore la poésie de son ami Edoardo Sanguineti depuis trente ans (Epifanie (1959-1961), Laborintus II (1963-1965), A-Ronne (1974-1975), etc). En 1994-1995, le poète offre au compositeur un texte d'introduction à chaque Sequenza, ensemble intitulé « Incipit sequentia sequentiarum, quae est musica musicarum secundum lucianum »(Commencement à la séquence des séquences, qui est la musique des musiques selon Luciano)


 

Sur la Sequenza VII, pour hautbois

il tuo profile è un mio paessaggio frenetico, tenuto a distanza
è un falso fuoco d'amore, ché è minimo : è morto

ton profil est un de mes paysages frénétiques, tenu à distance
c'est un feu d'amour faux, minimal : il est mort

Cette pièce se base sur la note si (H en allemand, référence à Holliger), note entretenue en coulisse soit par un autre instrument, soit par une bande. Autour de ce pôle fixe, le discours prolifère. La pièce se construit en parcourant les douze sons disponibles, chacun étant articulé ou positionné dans l'espace sonore de manière spécifique. Une écoute analytique permet de percevoir les variations très subtiles du timbre ou de saisir la relation de certains événements distants dans le temps. On peut ainsi percevoir la pluralité des voix, la polyphonie cachée.

Anne Grange