Luciano Berio (1925-2003)

Sequenza VI (1967)

pour alto

  • Informations générales
    • Date de composition : 1967
    • Durée : 8 mn
    • Éditeur : Universal Edition, Londres, nº UE 13726 Mi
    • Dédicace : à Serge Collot
  • Genre
    • Musique soliste (sauf voix) [Alto]
Effectif détaillé
  • alto

Information sur la création

  • Lieu :

    États-Unis, New York


    Interprètes :

    Walter Trampler.

Observations

transcrit pour violoncelle par Rohan de Saram en 1981, créé à Londres en 1981

Note de programme

Les Sequenze sont en soi de véritables rencontres jalonnant l'œuvre de Luciano Berio depuis 1958 : rencontre avec la voix de Cathy Berberian, la flûte de Severino Gazzeloni, la harpe de Francis Pierre. Autant de « duos » instrument-instrumentiste dont Berio métamorphose les interactions afin d'en voir naître de nouveaux événements. Le compositeur s'attache ici comme ailleurs à la relation musicale, culturelle et sociale entre la pensée et la matière qu'elle modèle, entre la création de notre temps et l'histoire de la musique, entre le compositeur et son interprète.

Chaque Sequenza est une sorte de portrait-sculpture de l'instrument(iste). Elle fait référence à l'histoire de l'instrument ou à son répertoire. Il s'agit pour Berio d'intégrer cette histoire culturelle pour aller au-delà. Ces sequenze mettent alors en question l'image de l'instrument(iste).

Le rapport entre l'interprète soliste et son instrument est naturellement théâtral. Berio laisse jaillir cette théâtralité et peut aussi, comme dans les Sequenze pour voix, trombone, ou guitare, la rendre explicite par des jeux de scène ou d'expressions. De plus, ces Sequenze inaugurent des sonorités inouïes. Elles poussent jusqu'à leur limite les modes de jeu de l'instrument. La virtuosité que leur interprétation exige est essentielle. Cette virtuosité naît de ces conflits entre l'instrumentiste et son outil, entre sa pensée et sa technique ; conflits dont Berio sculpte les étincelles sonores.

« composer pour un virtuose digne de ce nom n'est aujourd'hui valable que pour consacrer un accord particulier entre le compositeur et l'interprète et aussi comme témoignage d'un rapport humain. » (Luciano Berio)

Luciano Berio explore la poésie de son ami Edoardo Sanguineti depuis trente ans (Epifanie (1959-1961), Laborintus II (1963-1965), A-Ronne (1974-1975), etc). En 1994-1995, le poète offre au compositeur un texte d'introduction à chaque Sequenza, ensemble intitulé « Incipit sequentia sequentiarum, quae est musica musicarum secundum lucianum »(Commencement à la séquence des séquences, qui est la musique des musiques selon Luciano)

Sur la Sequenza VI, pour alto

il mio capriccioso furore fu già la tua livida calmala mia canzone sarà il tuo silenzio lentissimo

ma frénésie fantasque fut jadis ton calme livide mon chant sera la lenteur de ton silence

Cette Sequenza est une sorte de chemin, de trajet. Elle voyage d'une structure harmonique très dense, faite d'accords en trémolos joués avec une énergie toujours maximale, pour rejoindre une mélodie assez simple. Ce passage exige de l'interprète un contrôle parfait de l'énergie musculaire et de son économie. Cette Sequenza explore tout particulièrement le procédé technique du trémolo. Elle le conjugue sous toutes ses formes, générant une grande palette de couleurs sonores grâce au jeu sur différentes parties de l'archet et des cordes.
Anne Grange.