Luciano Berio (1925-2003)

Sequenza I (1958)

pour flûte

  • Informations générales
    • Date de composition : 1958
    • Durée : 6 minutes
    • Éditeur : Suvini Zerboni, nº SZ 5531
    • Dédicace : pour Severino Gazzelloni
  • Genre
    • Musique soliste (sauf voix) [Flûte]
Effectif détaillé
  • flûte

Information sur la création

  • Allemagne, Darmstadt, festival, par Severino Gazzelloni.

Note de programme

Les Sequenze sont en soi de véritables rencontres jalonnant l'œuvre de Luciano Berio depuis 1958 : rencontre avec la voix de Cathy Berberian, la flûte de Severino Gazzeloni, la harpe de Francis Pierre. Autant de « duos » instrument-instrumentiste dont Berio métamorphose les interactions afin d'en voir naître de nouveaux événements. Le compositeur s'attache ici comme ailleurs à la relation musicale, culturelle et sociale entre la pensée et la matière qu'elle modèle, entre la création de notre temps et l'histoire de la musique, entre le compositeur et son interprète.

Chaque Sequenza est une sorte de portrait-sculpture de l'instrument(iste). Elle fait référence à l'histoire de l'instrument ou à son répertoire. Il s'agit pour Berio d'intégrer cette histoire culturelle pour aller au-delà. Ces sequenze mettent alors en question l'image de l'instrument(iste).

Le rapport entre l'interprète soliste et son instrument est naturellement théâtral. Berio laisse jaillir cette théâtralité et peut aussi, comme dans les Sequenze pour voix, trombone, ou guitare, la rendre explicite par des jeux de scène ou d'expressions. De plus, ces Sequenze inaugurent des sonorités inouïes. Elles poussent jusqu'à leur limite les modes de jeu de l'instrument. La virtuosité que leur interprétation exige est essentielle. Cette virtuosité naît de ces conflits entre l'instrumentiste et son outil, entre sa pensée et sa technique ; conflits dont Berio sculpte les étincelles sonores.

« composer pour un virtuose digne de ce nom n'est aujourd'hui valable que pour consacrer un accord particulier entre le compositeur et l'interprète et aussi comme témoignage d'un rapport humain. » (Luciano Berio)

Luciano Berio explore la poésie de son ami Edoardo Sanguineti depuis trente ans (Epifanie (1959-1961), Laborintus II (1963-1965), A-Ronne (1974-1975), etc). En 1994-1995, le poète offre au compositeur un texte d'introduction à chaque Sequenza, ensemble intitulé « Incipit sequentia sequentiarum, quae est musica musicarum secundum lucianum » (Commencement à la séquence des séquences, qui est la musique des musiques selon Luciano)

Sur la Sequenza I, pour flûte

e qui incomincia il tuo desiderio, che é il delirio del mio desiderio :la musica é il desiderio dei desideri : et ici commence ton désir, qui est le délire de mon désir : la musique est le désir des désirs

L'image de la flûte, instrument monodique, est ici proprement métamorphosée. A l'écoute, plusieurs voix semblent être émises simultanément grâce à la rapidité et la mobilité du jeu instrumental, aux sauts d'un registre à l'autre et aux changements de timbre ou d'articulation. Pour exemple, vers le milieu de la pièce, une voix se fait entendre reliant les sons joués dans le registre aigu, alors qu'une seconde voix naît dans le médium grave formée d'une succession de trilles. Dès le début de l'œuvre, Berio expose le réservoir de motifs qu'il reprend par la suite. Il crée ainsi les repères auditifs structurant la pièce au-delà de sa virtuosité.
Anne Grange.

Anne Grange