Luciano Berio (1925-2003)

Sequenza XII (1995)

pour basson

  • Informations générales
    • Date de composition : 1995
    • Durée : 19 minutes
    • Éditeur : Universal Edition, nº UE 30264
    • Commande: Ensemble Intercontemporain
    • Dédicace : à Pascal Gallois
  • Genre
    • Musique soliste (sauf voix) [Basson]
Effectif détaillé
  • basson

Information sur la création

  • 25 June 1995, France, Paris, Théâtre du Châtelet, par Pascal Gallois.

Note de programme

Les Sequenze sont en soi de véritables rencontres jalonnant l'œuvre de Luciano Berio depuis 1958 : rencontre avec la voix de Cathy Berberian, la flûte de Severino Gazzeloni, la harpe de Francis Pierre. Autant de « duos » instrument-instrumentiste dont Berio métamorphose les interactions afin d'en voir naître de nouveaux événements. Le compositeur s'attache ici comme ailleurs à la relation musicale, culturelle et sociale entre la pensée et la matière qu'elle modèle, entre la création de notre temps et l'histoire de la musique, entre le compositeur et son interprète.

Chaque Sequenza est une sorte de portrait-sculpture de l'instrument(iste). Elle fait référence à l'histoire de l'instrument ou à son répertoire. Il s'agit pour Berio d'intégrer cette histoire culturelle pour aller au-delà. Ces sequenze mettent alors en question l'image de l'instrument(iste).

Le rapport entre l'interprète soliste et son instrument est naturellement théâtral. Berio laisse jaillir cette théâtralité et peut aussi, comme dans les Sequenze pour voix, trombone, ou guitare, la rendre explicite par des jeux de scène ou d'expressions. De plus, ces Sequenze inaugurent des sonorités inouïes. Elles poussent jusqu'à leur limite les modes de jeu de l'instrument. La virtuosité que leur interprétation exige est essentielle. Cette virtuosité naît de ces conflits entre l'instrumentiste et son outil, entre sa pensée et sa technique ; conflits dont Berio sculpte les étincelles sonores.

« composer pour un virtuose digne de ce nom n'est aujourd'hui valable que pour consacrer un accord particulier entre le compositeur et l'interprète et aussi comme témoignage d'un rapport humain. » (Luciano Berio)

Luciano Berio explore la poésie de son ami Edoardo Sanguineti depuis trente ans (Epifanie (1959-1961), Laborintus II (1963-1965), A-Ronne (1974-1975), etc). En 1994-1995, le poète offre au compositeur un texte d'introduction à chaque Sequenza, ensemble intitulé « Incipit sequentia sequentiarum, quae est musica musicarum secundum lucianum »(Commencement à la séquence des séquences, qui est la musique des musiques selon Luciano)

Sur la Sequenza XII, pour basson

mi muovo piano piano, ti sfaccetto, ti esploro le facce, ti palpo, meditabondo : ti volto e rivolto, variandoti, tremando : ti tormento, tremendo :

je bouge doucement, doucement, je te façonne, j'explore tes facettes, je te palpe, méditant : je te tourne et retourne, te variant, tremblant : je te tourmente, terrifiant :

Cette Sequenza est une sorte de « méditation » sur la personnalité très contrastée du basson. Le compositeur collabore avec Pascal Gallois sur une période de trois années, étudiant la vélocité maximale de l'instrument dans le passage du grave à l'aigu, puis répertoriant les jeux de sonorités offerts par l'instrument, initiant enfin l'emploi de sons continus et de glissandi. À partir de ce catalogue de possibles, Berio sculpte une structure musicale circulaire voyageant d'un extrême à l'autre des registres et des durées. Le passage rapide en trémolo du grave à l'aigu permet de créer des timbres complexes, inouïs jusqu'alors au basson.
Anne Grange.