Luciano Berio (1925-2003)

Coro (1974-1976)

pour quarante voix et orchestre

  • Informations générales
    • Date de composition : 1974 - 1976
    • Durée : 58 minutes
    • Éditeur : Universal Edition, Milan, nº UE 15044 Mi
    • Commande: Radio de Cologne (WDR)
    • Dédicace : à Talia
    • Livret (détail, auteur) :

      d'après Pablo Neruda et chants populaires

Effectif détaillé
  • chœur mixte(10 soprano, 10 contralto, 10 ténor, 10 basse)
  • 4 flûte, 2 hautbois, 4 clarinette, 2 saxophone, 3 basson, 3 cor, 4 trompette, 3 trombone, tuba, 2 percussionniste, orgue électrique, piano, 3 violon, 4 alto, 4 violoncelle, 3 contrebasse

Information sur la création

  • 24 October 1976, Allemagne, Donaueschingen (création partielle : 29 parties), par le chœur et l'orchestre symphonique de la radio de Cologne (WDR), direction : Luciano Berio. Création de la version complète (31 parties) le 16 novembre 1977 à Graz, par le chœur et l'orchestre de la ORF, direction : Leif Segerstam.

Note de programme

Composé entre 1974 et 1976 pour la radio Westdeutscher Rundfunk de Cologne (WDR) et dédié à Talia Berio, Coro renoue avec le chant populaire qui, de manière explicite, avait déjà fourni la base de Folk Songs (1964) et de Questo vuol dire che… (1969). Dans Coro, cependant, je n’ai pas cité ou transformé de chants populaires véritables (à l’exception de l’épisode VI, où j’ai employé une mélodie croate, et de l’épisode XVI, où je reprends une mélodie de mes Cries of London) mais on y trouve plutôt exposés et parfois combinés entre eux des modes populaires et des techniques les plus diversifiées, sans aucune référence à des chants spécifiques. Dans Coro, c’est la fonction musicale de ces techniques et de ces modes qui se voit constamment transformée. Il ne s’agit donc pas seulement d’un chœur de voix et d’instruments, mais aussi d’un chœur de techniques diverses allant du lied à la chanson, des hétérophonies africaines (comme les a analysées simha arom) à la polyphonie.

Dans l’éventail assez large des techniques adoptées dans Coro, l’élément populaire n’est naturellement pas le seul ; j’insiste sur cet élément car il est fondamental dans la structure générale de l’œuvre : une structure essentiellement épique et narrative, composée surtout d’épisodes clos, souvent contrastants entre eux. Il ne s’agit pas toutefois d’un contraste élémentaire : le même texte revient à plusieurs reprises avec des musiques différentes, ou bien le même modèle musical se représente plusieurs fois avec des textes différents. Tantôt les voix s’identifient totalement à l’articulation instrumentale tandis que le texte engendre ses propres transformations phonétiques qui se propagent d’un épisode à l’autre, tantôt la rapidité d’énonciation du texte change indépendamment de l’articulation générale.

Coro est donc aussi une anthologie des diverses manières de « mettre en musique », à écouter comme un projet ouvert qui pourrait engendrer situations et rapports toujours différents. Comme le plan d’une cité de l’esprit qui se réalise à divers niveaux, qui produit, rassemble et unifie choses et personnes diverses, et fait ressortir leurs caractères individuels et collectifs, leur distances, leurs parentés et leurs conflits, entre des confins réels et virtuels à la fois.

De tous les niveaux de Coro, le niveau harmonique est le plus déterminant : il en est la base, mais en même temps il en est le milieu et le paysage qui change lentement. un paysage, une base sonore qui engendre des événements toujours différents (chansons, hétérophonies, polyphonies, etc.) : des figures musicales qui s’inscrivent comme des graffitis sur le mur harmonique de la cité. La distribution particulière des voix et des instruments sur la scène, où chaque membre du chœur est assis à coté d’un instrumentiste de l’orchestre, a pour but de renforcer visuellement et acoustiquement le vaste champ d’interactions entre les voix et les instruments.

Les textes de Coro se situent à deux niveaux différents et complémentaires : un niveau populaire, pour les chants d’amour et de travail, et un niveau épique, pour un poème de Pablo Neruda (Residencia en la Tierra), qui place en perspective cet amour et ce travail.

Luciano Berio.