Jean Barraqué (1928-1973)

Concerto (1962-1968)

pour six formations instrumentales et deux instruments (vibraphone et clarinette)

  • Informations générales
    • Date de composition : 1962 - 1968
    • Durée : 30 mn about
    • Éditeur : Bärenreiter, nº BA 7363, 1993
    • Dédicace : à Claude et Hubert Rostaing
Effectif détaillé
  • solistes : clarinette en la (aussi clarinette), vibraphone
  • violon [groupe I] , basson [I] , trompette [en ut, I] , alto [II] , cor anglais [II] , trombone [II] , violoncelle [III] , flûte alto [III] , saxophone ténor [III] , harpe [IV] , clarinette basse [IV] , saxophone baryton [IV] , clavecin [électrifié, V] , hautbois [V] , cor [V] , guitare [amplifiée, VI] , flûte [VI] , saxophone alto [VI]

Information sur la création

  • Date : 20 November 1968
    Lieu :

    Royaume-Uni, Londres, Royal Festival Hall


    Interprètes :

    Hubert Rostaing : clarinette, Tristan Fry : vibraphone et le BBC Symphony Orchestra, direction : Gilbert Amy.

Note de programme

En 1955, Michel Foucault fait lire à Jean Barraqué La Mort de Virgile de Hermann Broch qui vient de paraître en France. Barraqué est immédiatement fasciné et envisage désormais de consacrer toute sa vie à articuler son oeuvre à partir de ce roman, « commentaire lyrique de soi-même », comme le définit lui-même Hermann Broch.

Trois fragments – sur douze prévus – de ce monumental projet, drame sans acteurs ni action (André Hodeir), furent effectivement achevés : Le Temps restitué...au-delà du hasard et Chant après chant.

Quant au Concerto, ce sera la seule œuvre achevée (en tout cas sous forme d'un premier grand mouvement) en marge de ce projet, encore « qu'il regarde fixement du côté de la Mort de Virgile » (Jean Barraqué).

Il s'agit de seize séquences instrumentales enchaînées pour clarinette, vibraphone et dix-huit instrumentistes, répartis en six formations de trois membres, comprenant chacune : un bois, un cuivre – dont le saxophone – et une corde pouvant être, outre un instrument de quatuor à cordes, une harpe, un clavecin ou une guitare.

Le premier jet fut lancé en 1962, l'œuvre fut terminée en 1968 et créée le 20 novembre de cette même année, à Londres, avec Hubert Rostaing à la clarinette et le BBC Symphony Orchestra sous la direction de Gilbert Amy.

Sur le strict plan de la syntaxe, le Concerto révèle la même utilisation de la technique particulière dite « des séries proliférantes », qui est une manière pour Barraqué de s'affranchir sensiblement du système sériel orthodoxe, qui correspondait à sa quête d'une « rigoureuse liberté » et qui lui permettait de manifester musicalement l'idée qui l'obsédait, à savoir que tout doit bouger tout le temps.

« Curieuse œuvre que ce Concerto, écrit Jean Barraqué dans une lettre à un ami datant du 7 septembre 1968. Peut-être la seule dont j'ai rêvé – hors moi, à la frange de l'amusement, du rire, du jeu dans le drame et la tristesse. Une virtuosité somptueuse qui part, revient, se noie, oublie les paysages vus... comme un cerf-volant ! ! ! Oui, un peu ça... »

Esthétique du discontinu certes – Barraqué pensait que c'est le discontinu qui caractérisait le XXe siècle –, esthétique de brisures, mais, dans ce Concerto, discontinuité somptueuse, élans vers le ciel, arc-en-ciel, univers infiniment mouvant, qui ne se récapitule jamais, mécaniques oniriques... Et puis ce qu'il y a de bien particulier dans ce Concerto, c'est justement la façon d'aborder l'esprit du Concerto.

La conception de la partie clarinette a été marquée par le jeu de Hubert Rostaing, merveilleux clarinettiste de jazz (il a joué longtemps avec Django Reinhardt) et grand ami du compositeur, et la partie du vibraphone peut-être par celui de Milt Jackson que Barraqué appréciait beaucoup. Quelle joie, quelle émotion, mais quel déchirement aussi, pour le clarinettiste, de porter ces phrases souvent cadentielles, qui trahissent la séduction du monde, « la persistance grandiose et scintillante du monde » (Broch), phrases sensuelles, libres, qui « growlent » parfois de façon exubérante, quasi-mélodies empreintes de nostalgie souvent, toujours englouties – comme inéluctablement – par l'univers mouvant certes, d'une richesse et d'une intensité de coloris fabuleuses, mais d'une intégrité absolue, d'une rigueur – d'une certaine manière d'un ascétisme extrême, univers qui est le cœur même de la personnalité de Barraqué, et que révèle ici l'ensemble instrumental. ...Toujours englouties sauf à l'extrême – fin... comme un dernier soupir... avant le chiffre II (second mouvement qu'aurait peut-être envisagé le compositeur ?)... « l'inachèvement sans cesse »...


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  5. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

  6. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  7. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  8. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  9. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  10. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

Jean-Pierre Peuvion.