Alberto Posadas (1967)

Voces Nómadas (2016-2017)

pour chœur de chambre et électronique

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 2016 - 2017
    • Durée : 26 mn
    • Éditeur : Durand
    • Commande: Annie Clair, Festival Messiaen au pays de la Meije, Musicatreize, Ircam-Centre Pompidou.
    • Dédicace : Annie Clair et Musicatreize
    • Livret (détail, auteur) :

      Texte d'Alberto Posadas.

Effectif détaillé
  • ensemble de voix solistes(12 voix soliste non spécifiée)

Information sur la création

  • 13 June 2017, France, Marseille, salle Musicatreize, par Musicatreize, Roland Hayrabedian, direction.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Thomas Goepfer
Dispositif électronique : temps réel

Note de programme

Le titre Voces Nómadas (« voix nomades ») fait avant tout référence à l’idée de départ de la pièce : comment sonnerait une voix si elle chantait dans l’espace acoustique intérieur d’un instrument de musique ? Tout du long de la pièce, le son des voix du choeur va donc voyager d’un espace acoustique intérieur d’un instrument à un autre, parfois dans la continuité, parfois en sautant de l’un à l’autre, et dans certains cas, avec un espace acoustique différent pour chacune des voix du choeur de chambre.
Avant de poursuivre, précisons d’emblée le concept d’espace acoustique intérieur d’un instrument. Depuis quelques années, on parvient, en mesurant un certain nombre de réponses impulsionnelles d’un espace acoustique (c’est-à-dire en mesurant l’écho, dans toutes les directions spatiales, d’une impulsion sonore localisée), à modéliser ledit espace pour le simuler ensuite dans un autre espace (comme une salle de concert par exemple). Cela a pu se faire sur l’espace acoustique d’une salle de concert, d’une église… Il s’agit ici de s’intéresser à l’espace acoustique de l’intérieur d’un instrument (en l’occurrence quatre instruments principaux : trombone, clarinette, saxophone et flûte), en mesurant, à l’aide de divers micros (dont des micros de contact), la réponse des instruments à un son émis à divers endroits de leurs intimités pour modéliser leurs comportements acoustiques.
La grande différence avec l’utilisation de l’espace acoustique d’une salle de concert, dans le cas d’une performance en temps réel, c’est que les paramètres utilisés ne sont pas statiques : en variant les techniques de jeu ainsi que les combinaisons instrumentales au cours des séances d’échantillonnage et de mesure, l’espace acoustique d’un instrument réagit aux changements et peut être modélisé de manière dynamique.
Lorsqu’est venu le temps des travaux pratiques – appliquer concrètement à une voix l’espace acoustique intérieur d’un instrument – avec Thomas Goepfer, son réalisateur en informatique musicale, Alberto Posadas s’est aperçu que certaines techniques utilisées (et notamment le filtrage par le spectre d’une source sonore et la synthèse croisée) étaient très sensibles aux spectres des sons et des voix. En conséquence, le procédé ne fonctionnait pas avec certaines voyelles chantées.
Faire chanter un texte préexistant, comme le compositeur en avait le projet initialement, devenait donc impossible – dans un texte écrit sans avoir conscience de ces contraintes, coexisteraient indistinctement voyelles « compatibles » et « incompatibles » avec les outils. « Il fallait donc que j’écrive moi-même un texte pour privilégier les voyelles adéquates, dit Alberto Posadas. Et, bientôt, cette pièce musicale, née d’une problématique assez abstraite, a pris un tour très concret à mesure que le texte prenait la forme d’une réflexion sur le nomadisme, et notamment sur la manière dont le concept de « nomadisme » a changé de sens, et en change encore et toujours – tant il est vrai qu’il devient aujourd’hui de moins en moins volontaire et de plus en plus forcé. Gardant en tête l’idée de nomadisme, j’ai tenté d’écrire le texte comme une chaîne de mots, le suivant reprenant le précédent en changeant l’ordre des lettres, pour prendre un sens différent dans une forte proximité phonétique. Si le procédé n’est pas systématique dans le texte achevé (1), le principe directeur demeure. Les autres passages en sont comme des échos qui se perdent dans le désert jusqu’à devenir « gris », parfois métaphoriquement, parfois concrètement. »
C’est ainsi qu’est apparue la deuxième dimension de « nomadisme » de Voces Nómadas, bientôt suivie par une troisième : le texte, lui-même, qui s’est peu à peu transformé en une réflexion sur la tragédie des réfugiés.
« Il me fallait le faire, dit le compositeur. Il me fallait parler de cette traversée du désert que doivent faire ces nouveaux nomades. Sans perdre espoir. »

(1) Il l’est pour les parties en gras dans le livret.

Jérémie Szpirglas
Note de programme du concert du samedi 17 juin 2017 au Centre Pompidou dans le cadre du festival ManiFeste.

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