Yan Maresz (1966)

Répliques (2015-2016)

pour harpe augmentée et orchestre

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 2015 - 2016
    • Durée : 16 minutes
    • Éditeur : Durand
    • Commande: Radio-France, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Orchestre Philharmonique d'Helsinki, Françoise et Jean-Philippe Billarant.
Effectif détaillé
  • soliste : harpe [augmentée]
  • 2 flûte (aussi 1 flûte piccolo), 2 hautbois (aussi 1 cor anglais), 2 clarinette, 2 basson (aussi 1 contrebasson), 2 cor, 2 trompette [sourdines sèches, cup, harmon] , 2 trombone [plungers, sourdines sèches] , tuba, 2 percussionniste, timbales, 10 violon, 8 violon II, 6 alto, 6 violoncelle, 4 contrebasse [au moins deux à 5 cordes]

Information sur la création

  • 4 June 2016, Paris, Maison de la Radio, Auditorium, Festival ManiFeste-2016, par Nicolas Tulliez, harpe ; Orchestre Philharmonique de Radio France ; Julien Leroy, direction.

Information sur l'électronique
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Thomas Goepfer

Note de programme

Avec Répliques, Yan Maresz retrouve le harpiste Nicolas Tulliez, son ancien condisciple à la Juilliard School de New York, pour une troisième collaboration après Spirale d’énigme et Al Segno. L’œuvre n’est toutefois pas, en dépit des apparences, un concerto pour harpe et orchestre. C’est plutôt une pièce pour orchestre avec harpe obligée qui aspire, selon le compositeur, à s’affranchir des deux modèles concertants dominants : d’une part, la harpe ne porte pas le discours principal, ses cabrioles virtuoses ne sont pas commentées par l’orchestre – une solution peu adaptée à la harpe, dont la puissance est limitée –, et, d’autre part, Maresz ne cherche pas non plus à établir un dialogue qui leur donnerait tour à tour la parole – ce qui serait pourtant, de son propre aveu, la meilleure solution pour entendre l’un et l’autre convenablement. Pour mieux relever le défi, Yan Maresz a collaboré avec l’équipe Acoustique instrumentale de l’Ircam-STMS qui travaille à la mise au point de SmartInstruments : une nouvelle famille d’instruments de musique dont les qualités acoustiques sont programmables. Dans le cas présent, la harpe utilisée est celle du soliste, accordée normalement, et nullement préparée. Une seule chose la distingue : elle est équipée d’un système de capteurs et de transducteurs (collés sur la caisse à la patafix). Il n’y a aucune autre enceinte acoustique utilisée dans cette pièce : la harpe est l’origine de tous les sons électroniques. Outre une électronique très localisée (tout provient du soliste), cela permet de faire rayonner ces sons électroniques avec les qualités acoustiques de la harpe. Un des bénéfices premiers de cette « augmentation » est d’abolir les limites de la harpe, tout du moins celles liées à la technique de jeu : la harpe peut être polyphonique, chromatique, microtonale, elle peut jouer des accords de quinze sons à grande vitesse, et même réaliser un crescendo sur un accord tenu, le tout avec un timbre normal de harpe, localisé dans le corps de l’instrument... Naturellement, le concept d’instrument augmenté ne va pas sans quelques contraintes : dans le cas de la harpe, il est ainsi quasi impossible de traiter en temps réel le son de l’instrument – ce qui entraînerait de désagréables effets Larsen complexes, à moins d’y consacrer un très lourd attirail informatique pour les éviter. Yan Maresz a donc pris le parti d’échantillonner le son instrumental à la volée, pour générer des réponses informatiques complémentaires. « La plupart du temps, je joue avec des sons de harpe peu ou pas transformés. Par ailleurs, la caisse de résonance de la harpe ne transmet pas efficacement les graves – nous trichons donc un peu en utilisant un transducteur fixé sur la petite estrade du harpiste. L’auto-amplification électronique de la harpe (que permettrait en théorie l’augmentation) est également très limitée. Toutes ces petites limitations seront certainement levées dans un futur relativement proche par les avancées techniques de l’équipe de recherche – mais le temps de la recherche n’est pas le même que celui de la production. Au reste, la palette de fonctionnalités est aujourd’hui largement suffisante pour le projet compositionnel de Répliques. Ainsi, une oreille attentive peut parfaitement distinguer si un son isolé provient directement du jeu du harpiste (il est plus clair et plus vivant, grâce aux transitoires d’attaques plus brillantes des cordes pincées) ou s’il s’agit d’un son électronique injecté (moins présent), mais lorsque le harpiste joue avec l’orchestre, les perceptions de l’auditeur sont brouillées et le phénomène gagne une grande part de mystère – que j’aime à cultiver. »

Jérémie Szpirglas

Note de programme du concert du 4 juin 2016 à la Maison de la Radio

 

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