Bernard Parmegiani (1927-2013)

Mess Media Sons / La Table des matières (1979)

action musicale pour bande magnétique et divers interprètes

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1979
    • Durée : 44 mn

Information sur la création

  • Date : 28 April 1979
    Lieu :

    France, Paris, Maison de Radio France


    Interprètes :

    Bernard Parmegiani, Michel Redolfi et Frank Royon Le Mée.

Information sur l'électronique
Dispositif électronique : sons fixés sur support

Note de programme

« Mess : en français messe, mais aussi désordre, panique. C’est sur ce double sens que repose en partie le principe de cette pièce. Media est un terme fort connu des spécialistes de l’audiovisuel. Sons : de toutes sortes, de toutes sources, les sons représentent la nourriture dont sont gavées nos oreilles. Le haut-parleur, hautement fidèle, représente l’un des plus importants symboles de la communication par media. Il nous restitue dans l’instant ou “en différé” ce qui se passe aux antipodes ou à quelques kilomètres de notre cité. Il joue le rôle bien ingrat de serviteur. Vénérons-le ! Car sans lui, plus de messages, ni de nouvelles, plus de concerts non plus, et surtout, plus de musique acousmatique. Que serions-nous alors, nous qui vivons à longueur d’année face à ces membranes vibrant au moindre souffle de nos objets sonnants ? mais il semble que les haut-parleurs veuillent inciter les sons, surtout les plus “naturels”, à conquérir leur indépendance. Dans le but de mener plus efficacement cette lutte pour l’indépendance, les haut-parleurs ont délé­gué deux messagers, les homo-parleurs. Plus tout à fait des haut-parleurs mais pas non plus complètement hommes. Un jeu va s’engager entre les uns et les autres afin de manifester clairement leur entreprise. Mais la puissance des homo-parleurs est encore trop faible pour se confronter à la volonté d’un humain tel que le compositeur. Ce dernier va les dompter et les aider à regagner l’enceinte des haut-parleurs. Pour sanctionner leur attitude, il va leur infliger un traitement : de naturels, ou réalistes, les sons deviendront musicaux, ce qu’ils n’espéraient surtout pas. Ils deviendront une matière sonore allant rejoindre pour s’y dissoudre, d’autres matières formant « La Table des Matières ».

« Cette Table est large et les matières sont nombreuses. Tout comme dans leur milieu naturel, celles-ci se métamorpho­sent, s’induisent les unes des autres. À cette différence près que la nature nous offre des changements d’état (fluide/solide ; liquide/gazeux) auxquels la musique ne peut prétendre sans avoir recours à des artifices techniques et dans la mesure du possible musicaux. Auditivement, c’est par leur nomination que s’identifient certaines matières sonores. Rien en effet ne distin­gue a priori et dans ce contexte, deux bruits entre eux de source et quelquefois même de nature très disparates. Le naturel et l’ar­tificiel se confondent étrangement jusqu’à une limite marquée par un indice nous rap­pelant subitement que l’énergie dynamique du naturel, apparemment si simple, résiste à la logique énergétique de nos appareils électroniques (l’artificiel). Mais ce qui est jeu, généralement surprise, de la part des premiers, peut devenir jeu musical à travers les “gestes instrumentaux” accomplis sur les mêmes appareils dont ils sont issus. Il est alors captivant de saisir l’esprit de la matière en accusant les caractères qui constituent sa nature et d’entreprendre avec elle un jeu propre à lui donner une forme de vie dans un milieu pour lequel elle n’avait pas été promise.

La Table des Matières est aussi une syn­thèse des idées différemment abordées dans certaines pièces antérieures (l’Œil écoute, Capture éphémère, De Natura sonorum, Dedans-dehors) et c’est égale­ment à travers ces idées la reconsidération d’une matériologie sonore chère à l’au­teur. »


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  5. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

Bernard Parmegiani.