Carlos de Castellarnau (1977)

Antropofauna. Hommage à Manolo Millares (2015)

pour dix instruments

  • Informations générales
    • Date de composition : 2015
Effectif détaillé
  • flûte piccolo, saxophone soprano, clarinette basse, contrebasson, piano, percussionniste, violon, alto, violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 20 June 2015, France, Paris, Centre Pompidou, Grande Salle, par l'Ensemble Court-Circuit.

Note de programme

Comme l’indique le sous-titre de l’œuvre, Antropofauna est un hommage au peintre canarien Manuel Millares (1926-1972), figure de proue du mouvement « informaliste » espagnol. Le titre lui-même est emprunté à l’une de ses dernières séries de toiles, réalisées entre 1969 et 1972. Les « informalistes » aspiraient à redonner la primeur au geste créateur, à la « praxis », au détriment de la théorie et du concept qui prenaient trop d’importance à leur goût. C’est ce cheminement que j’ai voulu emprunter à mon tour, pour réaffirmer mes intuitions en m’appuyant sur une démarche solide. Sans rechercher une quelconque ressemblance ou similitude avec l’œuvre de Millares, j’ai été fasciné par son travail de la matière, son attirance pour la fibre même de la toile – sa préférence allait d’ailleurs à la toile à sac ou à la toile de jute, qu’il brûlait, déchirait et cousait... Ainsi Antropofauna est-elle le résultat d’une démarche aveugle, d’un tâtonnement dans l’obscurité. La forme n’a fait l’objet d’aucune planification préalable. Elle est née au contraire d’un ensemble d’échantillons complexes préenregistrés, qui sont à la fois les générateurs de l’écriture instrumentale et les briques élémentaires à partir desquelles j’ai bâti l’électronique diffusée au moment du concert.

La matière sonore enregistrée et ses propriétés spécifiques ont ainsi généré de nouvelles situations compositionnelles qui m’ont poussé hors de mes habitudes musicales, et m’ont ainsi permis de m’échapper à moi-même et à mes tics de compositeur. Interroger le son jusque dans ses détails les plus microscopiques, étudier sa texture en profondeur, analyser ses gestes et interstices pour en tirer la substantifique moelle expressive, profiter au maximum de son pouvoir suggestif mais aussi pour articuler, voire imbriquer, l’espace acoustique instrumental et l’espace sonore diffusé par les haut-parleurs, dans une volonté d’homogénéité la plus complète. Autrement dit : l’œuvre est née de sa matière même.

Je voudrais remercier ici toute l’équipe pédagogique de l’Ircam, et notamment Éric Daubresse et Hèctor Parra ; l’ensemble Court-circuit, Jean Deroyer et Alexis Descharmes ; Philippe Esling, Aaron Eindbond ; et Roser Mestrich et Lluc de Castellarnau.

Carlos de Castellarnau, programme ManiFeste-2015.