Heinz Holliger (1939)

nicht Ichts nicht Nichts (2012)

10 Monodisticha von Angelus Silesius, pour quatre voix a cappella

  • Informations générales
    • Date de composition : 2012
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : Schott
    • Livret (détail, auteur) :

      Angelus Silesius

Effectif détaillé
  • ensemble de voix solistes à 4 voix

Information sur la création

  • 1 September 2012, Suisse, Lucerne, par les Neue Vocalsolisten.

Note de programme

Heinz Holliger : J’ai composé le premier Monodisticha d’après Angelus Silesius à l’occasion de l’anniversaire de mon ami Clytus Gottwald, qui est né en Silésie ! Il y avait d’ailleurs un peu de Celan dans ce madrigal — c’est autour de Celan que Gottwald et moi nous sommes rencontrés, pour le Psaume de Celan (1971).

Les neuf autres relèvent d’une tout autre démarche : j’étais alors très malade, à l’hôpital puis en clinique de rééducation. La composition de ces Monodisticha était pour moi une manière de marquer le temps physique, chaque journée supplémentaire, chaque battement de cœur, chaque respiration. Chaque jour, j’écrivais l’un de ces madrigaux, comme un journal intime. Je n’étais alors pas du tout conscient de ce que cela représenterait.

Fait rare chez les poètes que vous « mettez en musique », il y a chez Angelus Silesius une dimension mystique…

C’est juste. Pourtant, de manière générale, je n’aborde pas facilement le mysticisme. Je n’ai jamais nié le « transcendant » — un terme qui d’ailleurs revient souvent dans ma bouche —,mais le mysticisme véritable est pour moi le contraire du brouillard que la religion ou l’église répand : c’est une pensée on ne peut plus claire. J’ai même eu parfois l’intention de me servir de textes hérétiques, discours de sorcières, minutes de procès d’inquisition, ou textes apocryphes.

Pour moi, Silesius était un converti qui a tourné au fanatisme et à l’intolérance extrême. Ce n’est pas un exemple à suivre ! Mais les textes que j’ai choisis sont d’une grande pureté : sa langue est riche et belle. J’ai découvert plus tard que c’est l’un des poètes le plus souvent mis en musique : une multitude de compositeurs suisses s’y sont attelés dans les années trente, peut-être en réaction au régime nazi ?

À propos de l’écriture de Scardanelli-Zyklus, vous parlez aussi parfois de l’écriture d’un journal intime. Ces deux œuvres seraient-elles parentes ?

Il y a en effet quelques similitudes entre les textes de Scardanelli et ceux de Silesius. Ce sont des textes courts, très dépouillés — qui dégagent un sentiment assez proche de celui des haikus japonais. Le panthéisme qui s’exprime dans l’œuvre d’Hölderlin relève lui aussi de la poésie religieuse : il les écrivait peut-être lui aussi pour jalonner le temps, dans l’emprisonnement de sa tour — pour marquer la succession des saisons. Dans un cas comme dans l’autre, j’ai choisi ces textes pour leur régularité : ils ont toujours la même forme. Le défi pour moi était d’écrire chaque fois une musique différente sur cette forme unique. Cela dit, nicht Ichts nicht Nichts est une œuvre moins ambiguë que Scardanelli-Zyklus.

Pourquoi ce titre ?

C’est une citation de Silesius — qui n’apparaît toutefois pas dans les poèmes dont je me suis servi. Ichts c’est « quelque chose », ce qui donne « ne pas quelque chose — ne pas rien ». C’est bien entendu le sens qui m’a plu — cette évocation du néant, quasi existentialiste —, mais aussi la rythmique et la musicalité de la phrase.

Heinz Holliger, ManiFeste 2013, concert du 30 juin 2013, propos recueillis par Jérémie Szpirglas.