Lucas Fagin (1980)

Lanterna Magica (2010-2011)

pour ensemble de percussion et cordes

  • Informations générales
    • Date de composition : 2010 - 2011
    • Durée : 13 mn
    • Éditeur : BabelScores
    • Commande: Ensemble intercontemporain, Tremplin 2010
Effectif détaillé
  • percussionniste, violon, violon II, alto, violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 15 October 2011, France, Paris, Ircam, Espace de projection, par l'Ensemble intercontemporain : Gilles Durot : percussion, Jeanne Marie Conquer et Diego Tosi : violons, Christoph Desjardins : alto, Eric Maria Couturier : violoncelle, Frédéric Stochl : contrebasse.

Note de programme

Avant même de commencer à écrire la partition proprement dite, j’ai réuni dans un recueil quelques idées sonores et conceptuelles. C’étaient des idées archétypiques de ma psyché, des images/sons qui me venaient de très loin, qui avaient toujours fait partie de mon imaginaire, mais imprécises, qu’il fallait faire émerger. Pour mieux les conserver, les consigner, je les ai dessinées – traçant ainsi un plan de la pièce, sous forme de puzzle qu’il me faudrait ensuite remettre en ordre. La forme et les différentes sections de la pièce – les contrastes, les objets musicaux et leurs évolutions – ont donc été élaborées à partir de ces idées/images/sons. Tout droit sorties de mon imaginaire, ce sont en fait des images voilées, peu définies, comme celles que projetait la vieille lanterne magique qu’avait mon grand-père.

Chacune des sept sections (enchaînées) s’organise donc autour d’une image génératrice :

  1. Nouveau rotor : l’image se rapproche un peu de celle d’une machine à kebab. La matière agrégée autour d’un axe en rotation s’érode et s’amenuise jusqu’à épuisement, tandis que la matière érodée ou éjectée reste en suspension, tel un nuage autour de l’axe, et se densifie. 
  2. Orbites concentriques/spirale : les vestiges des particules de la première section s’accumulent autour d’un noyau, à partir duquel se développent des orbites concentriques – des glissandi qui partent en spirale.
  3. Nouvelles comètes : orbites et spirales se discrétisent et leurs éléments constitutifs se font de plus en plus distincts – les glissandi deviennent gammes et arpèges… Comme si on se rapprochait de ces astres nébuleux pour en distinguer les détails. Ce sont donc cinq comètes qui se superposent, et dont on percevrait la queue, dans les moindres imperfections de sa texture.
  4. Comète sur fond de soleil : l’attention se focalise sur une seule de ces comètes. L’approche du soleil lui rend sa véritable allure, sa véritable matière – on la voit enfin dans tous ses détails, et sa matière se consume. C’est le soleil qui donne à la comète son aspect en même temps que son statut de comète.
    Ici, une grande pause interrompt le discours. Les sections suivantes appartiennent à autre monde, plus mécanique.
  5. Articulations : le discours est fragmenté, pointilliste. Articulations et attaques deviennent de plus en plus rapides. les sons courts prolifèrent.
  6. Phonographes ou projecteurs : les gestes musicaux ont la forme d’un phonographe qui s’ouvre ou d’enveloppes qui se ferment.
  7. Tentative d’imbriquer des objets : on imagine l’un de ces modèles cosmologiques – comme un modèle héliocentrique. Et on imagine que chaque instrument se répartit sur ce modèle, incarnant ainsi un ou plusieurs objets célestes. le modèle tourne et, tous ensemble, les instruments cherchent à se synchroniser et à former un ensemble cohérent – une synchronisation délicate de la mécanique, qui ne se parfait qu’à de rares moments.
    Suit une coda plus ou moins conclusive qui prend le contre-pied de toutes les autres sections.

Lucas Fagin, octobre 2011.