Eun-Hwa Cho (1973)

Jouissance de la différence II (2011)

pour ensemble

  • Informations générales
    • Date de composition : 2011
    • Durée : 12 mn
    • Commande: Ensemble intercontemporain, Tremplin 2010
Effectif détaillé
  • flûte (aussi flûte piccolo), hautbois, 2 clarinette (aussi petite clarinette, clarinette basse), basson (aussi contrebasson), cor, trompette, trombone, 3 percussionniste, harpe, piano, violon, violon II, alto, violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 20 October 2011, Paris, Centre Pompidou, Grande salle, concert Tremplin II, par l'Ensemble intercontemporain, direction : Alejo Pérez.

Note de programme

Votre nouvelle pièce s’appelle Jouissance de la différence II, en français dans le texte, pourquoi ce titre ?

Le titre fait référence au livre de Gilles Deleuze, Différence et répétition. Si mes réflexions autour de cet écrit sont loin d’avoir abouti, je voulais tout de même illustrer cette idée au travers de ma musique. J’ai donc commencé un cycle – dont la pièce que l’on jouera à Paris est le deuxième volet. J’y joue avec l’idée d’imitation et de répétition. La question de la répétition s’est imposée à moi un jour que j’écoutais une fugue de Bach. Dans une fugue, les expositions successives du sujet sont, essentiellement, faites du même matériau musical. Pourtant, le sujet sonne différemment à chaque occurrence. C’est l’idée fascinante de Deleuze : la répétition implique un changement.

Comment vos réflexions autour de Différence et répétition s’exprimaient-elles dans Jouissance de la différence I et comment s’expriment- elles à présent dans Jouissance de la différence II ?

Dans la première, le principe était : comment créer du contraste avec un matériau identique ? Je commençais la pièce avec un matériau minimal et les différences se faisaient jour une répétition après l’autre jusqu’à constituer une large structure, comme une forme itérative. Dans la seconde, je joue avec un nombre : 142 857. Ce nombre est assez spécial : c’est le résultat de la division de 1 par 7 (1 divisé par 7 donne 0,142857142857142857… et ainsi de suite à l’infini). C’est un nombre assez amusant car, quand on le multiplie, les chiffres permutent circulairement (1 x 142 857 = 142 857 ; 2 x 142 857 = 285 714 ; 3 x 142 857 = 428 571 ; 4 x 142 857 = 571 428 ; 5 x 142 857 = 714 285 ; 6 x 142 857 = 857 142 ; et, même si 7 x 142 857 = 999 999, les propriétés du nombre se retrouvent ensuite plus ou moins, par exemple : 8 x 142 857 = 1 142 856). Ce nombre régit donc la structure macroscopique et rythmique de la pièce. Par ses multiplications, le nombre se répète et s’applique tour à tour à tous les aspects de l’écriture musicale. Jusqu’aux textures. Ses propriétés de permutations suscitent à la fois la répétition et la différence.

La pièce comprend donc trois sections constituées à partir du même matériau musical de base. La déconstruction permettra alors d’éclaircir les différences entre les sections. Y aura-t-il une troisième Jouissance de la différence ?

Oui, en novembre, pour orchestre. Ce sera sur un autre principe. Comme dit Deleuze, il n’existe aucune réelle répétition. Même lorsque cela s’applique au principe générateur d’une œuvre musicale : si toutes les Jouissances de la différence trouvent leur origine dans l’idée de répétition, elles sont chaque fois différentes – à ce niveau-là encore, la répétition implique un changement. Cette troisième Jouissance de la différence traite plus particulièrement de limite et d’identité. Le matériau de base de la pièce est en fait la partition de Jouissance de la différence I. Un matériau dont j’ai voulu éprouver les limites au travers de maintes recombinaisons, variations, extensions et simplifications extrêmes.

Propos recueillis par Jérémie Szpirglas, octobre 2011.