Johannes Maria Staud (1974)

Par ici ! (2011)

pour ensemble

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 2011
      Dates de révision : 2012
    • Durée : 08 mn
    • Éditeur : Universal Edition
    • Commande: Ensemble intercontemporain pour le festival Agora
    • Dédicace : à Sylvia
Effectif détaillé
  • flûte (aussi flûte alto), clarinette, basson, cor, trompette [en ut] , percussionniste, clavier électronique/MIDI/synthétiseur, violon, alto, violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 17 June 2011, France, Paris, Cité de la musique, festival Agora, par l'Ensemble intercontemporain, direction : Susanna Mälkki.
  • 2 February 2013, Autriche, Salzbourg, Haus für Mozart, Mozartwoche, par l'Ensemble intercontemporain, direction : George Benjamin.

Information sur l'électronique
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Robin Meier
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié

Note de programme

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : « Par ici ! Vous qui voulez manger
Le Lotus parfumé ! »

C’est autour de ces quelques vers, empruntés au « Voyage » de Baudelaire (dernier poème des Fleurs du Mal), que se cristallise aujourd’hui la musique de Johannes Maria Staud, figure de proue de la jeune génération autrichienne. Sans relever de l’illustration musicale, sa création Par ici ! est pour lui un premier pas vers la poétique baudelairienne, avant de s’y perdre corps et âme l’an prochain, dans une mise en musique de ce même « Voyage ».

Première expérience du jeune compositeur à l’Ircam, Par ici ! peut s’entendre comme une esquisse préparatoire, exploration préliminaire des richesses micro-tonales rendues possibles par les outils informatiques développés dans les studios de l’institut. S’inspirant du piano scordatura de Gérard Grisey – qui, dans Vortex Temporum, désaccordait légèrement quelques notes de l’instrument – ainsi que des tempéraments orientaux singuliers utilisés par les pianistes perses, Johannes Maria Staud et Robin Meier ont mis au point un piano d’un nouveau genre. Sous ses dehors anodins de piano électronique MiDi, c’est en réalité un piano micro-tonal, dont l’accord peut être modifié à tout moment, jusqu’au quart de ton supérieur ou inférieur pour chaque touche. Tout au long de l’œuvre, pas moins de onze notes (lesquelles varient en cours de route) sont ainsi désaccordées d’un bout à l’autre du clavier, qui peut alors se lancer d’égal à égal dans le jeu de la micro-tonalité avec les autres instruments de l’ensemble.

S’armant d’octaves « impures », c’est-à-dire très légèrement augmentées ou diminuées, et autres accords complexes plus ou moins altérés, Johannes Maria Staud ouvre une brèche dans notre perception harmonique : « Ce n’est pas pour moi une démarche spectrale, dit-il, et je ne veux pas non plus donner l’impression d’un piano désaccordé, mais bien plutôt celle d’une nouvelle harmonie intrinsèque au clavier. Les notes désaccordées ne sont pas perçues comme fausses, mais comme participant d’une conception micro-tonale de l’harmonie. Comme bien d’autres systèmes harmoniques avant lui, celui-ci se déduit de la ligne mélodique. Mais il permet en outre tout un jeu avec les fameux battements, bien connus des accordeurs, que font naître les interférences acoustiques au sein de ces micro-accords. »

Une nouvelle dimension de l’harmonie : il n’en faut pas moins pour rendre justice à cette « poésie violente, ponctuée de moments d’intimité et de fragilité » qu’est pour Johannes Maria Staud la poésie de Baudelaire.

Jérémie Szpirglas, programme du concert du 17 juin 2011 à la Cité de la musique, festival Agora.