Lorenzo Pagliei (1972)

Le identità fluide (2010-2011)

pour quatuor à cordes et électronique live

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 2010 - 2011
    • Commande: Centre Henri Pousseur, Liège
Effectif détaillé
  • violon, violon II, alto, violoncelle

Information sur la création

  • 3 March 2011, Belgique, Liège, festival Ars Musica, par le Quatuor Danel.

Information sur l'électronique
Dispositif électronique : temps réel

Note de programme

Le identità fluide est une réflexion sur le concept d’identité. Deux « personnages » musicaux sont mis en relation. D’abord en écho/opposition, ils cherchent, tout au long de la pièce une possibilité d’intégration.

Ces entités musicales sont deux quatuors : un quatuor réel sur scène, face au public et un quatuor virtuel simulé, derrière le public. Le quatuor réel émet un son acoustique modifié par des traitements en temps réel. Son identité originelle et historique de quatuor acoustique est par conséquent détournée. Il devient une sorte d’hybride instrumental, réalisé en assignant à chaque interprète un haut-parleur de telle façon que la source sonore de chaque instrument réel vienne du même lieu physique. Ce système permet au musicien d’écouter le son qu’il produit en même temps que son expansion électronique comme s’il était produit avec son propre instrument et ainsi d'avoir une perception plus instrumentale du son électroacoustique.

Le son du quatuor virtuel, projeté par quatre haut-parleurs placés derrière le public, est réalisé avec des instruments virtuels – simulations de cordes, plaques de toute taille et divers matériaux – mis en vibration par des excitateurs virtuels (archets ou baguettes virtuels par exemple). Les sons sont produits par synthèse modale en temps réel, défi technologique que j’explore depuis trois ans à l’Ircam comme compositeur en recherche sur la synthèse sonore.

Le quatuor virtuel – sorte de collection de vrais instruments qui comme ceux-ci doivent être mis en vibration – est déclanché par le quatuor réel. Cette idée, déjà mise en œuvre dans L'Apparente, se développe différemment dans Le identità fluide : le quatuor virtuel ne résonne pas simultanément au jeu des instruments acoustiques mais après un délai très long au début de l'œuvre, se réduisant progressivement jusqu'à la dernière section où les deux quatuors s'intègrent l'un à l'autre : le quatuor réel joue une première section d’environ trois minutes enregistrée en temps réel ; après trois minutes le quatuor virtuel résonne derrière le public, « mis en vibration » par l’enregistrement de la musique des premières trois minutes.

La pièce est nourrie de courbes d’énergie variées déclanchant et modulant les instruments virtuels. La musique du quatuor virtuel est donc une identité imparfaite du quatuor réel car elle en est dérivée, suit les mêmes courbes d’énergie mais les couleurs, timbres et harmonies en sont transfigurés. Elle est une ombre du quatuor réel, plus ou moins fidèle selon les similarités des fréquences et les modes de résonance. Après deux minutes de jeu du quatuor virtuel, le quatuor réel réplique à sa propre « identité imparfaite » une nouvelle proposion musicale conditionnée par celle du quatuor virtuel et qui aura son écho après deux minutes. Les échos se rapprochent à chaque section, se superposant et se conditionnant toujours davantage. La section initiale conditionne ainsi toute la partition, on en suit la dérive et les possibilités de superposition de nouvelles couches sur chaque nouvel écho imparfait.

L’avant-dernière section est, par sa structure, une image réduite de la pièce entière : les entrées et les échos se resserrent en s’intensifiant jusqu’à aboutir à une improvisation en pizzicato et percussion qui se « déverse » dans la dernière section où les deux quatuors jouent enfin ensemble.

Les instruments acoustiques ne mettent pas seulement en vibration les instruments virtuels mais en varient des paramètres constitutifs. Il ne s'agit pas de simplement générer des échos ou des répétitions de structures musicales mais plutôt de créer une musique différente à partir des séquences originelles. Parfois, par exemple, la musique du quatuor réel modifie seulement certains paramètres du quatuor virtuel : la vitesse du tremolo d’archet virtuels ou la puissance d’excitation ou la masse d’une bille qui frappe une plaque, etc.

Le concept d’identité est aussi exploré à d’autres niveaux. Ainsi, dans la troisième section, le quatuor réel est divisé en deux parties qui parcourent le même type de réseau rythmique sur deux couches superposées et complémentaires qui à la fin s'unissent.

Lorenzo Pagliei.