Philippe Hurel (1955)

Tour à Tour I (2008)

pour orchestre

  • Informations générales
    • Date de composition : 2008
    • Durée : 21 mn
    • Éditeur : Lemoine, Paris, nº 28733
    • Cycle : Tour à Tour
Effectif détaillé
  • 3 flûte (aussi 3 flûte piccolo, 1 flûte alto), 3 hautbois (aussi 1 cor anglais), 3 clarinette en la (aussi 3 clarinette basse), 3 basson (aussi 1 contrebasson), 4 cor, 3 trompette, 3 trombone, tuba, 3 percussionniste, harpe, célesta, piano, cordes

Information sur la création

  • 3 October 2008, Norvège, Oslo, Ultima Festival, par l'Orchestre philharmonique d'Oslo, direction : Christian Eggen.

Observations

Cycle complet à la Maison de la Radio dans le cadre du festival ManiFeste 2015 de l'Ircam : https://medias.ircam.fr/xbf15ff

Note de programme

Le cycle Tour à Tour brosse, à grands traits comme dans le détail, un portrait de l’orchestre tel que Philippe Hurel se le représente entre 2007 et 2015 – sachant que cette vision est susceptible d’avoir évolué en cours de route. S’y concrétise sa pensée de l’orchestre, en termes de timbres, de traitement des masses : « Je me retrouve totalement dans cette musique, dit-il. Je l’ai laissée mûrir, elle a longtemps mijoté. Depuis quelques années, je laisse davantage parler la « tripe », en lâchant la bride à une certaine forme d’intuition dans les moments où je n’arrive plus à calculer. Le privilège de l’âge, peut-être : on met du temps à se connaître. Je me suis méconnu à une époque : il y a dans mon catalogue quelques pièces où j’ai tenté de tout formaliser – sans succès. Cela ne va pas à ma personnalité : ça me bloque et assèche la musique. »

Tour à Tour est d’abord conçu comme un concerto pour orchestre. Dans ce contexte, l’expression « tour à tour » se réfère à un jeu constant sur toutes les dualités que le compositeur peut y trouver : alternance de couleurs – écriture libre de groupes orchestraux très identifiables ou de blocs massifs rugueux d’une part, et, d’autre part, grands processus polyphoniques réalisés avec OpenMusic, mais très libres en apparence –, alternance d’une orchestration par groupes et d’une instrumentation spectrale micro-intervallique, écriture pulsée/écriture de flux, écriture « thématique » (ou motivique)/écriture de masse, mise en avant de groupes solistes/écriture purement orchestrale... La forme complète, tri-partite, respecte cette idée de dualité, que ce soit par l’intervention de l’électronique dans le deuxième volet, ou par l’atmosphère générale de chaque partie.

« Tout s’organise autour de quelques gestes et situations musicales identifiables, dit le compositeur, élaborés à partir d’un matériau constitué d’une chaîne d’objets harmoniques et d’un motif, un pattern unique et reconnaissable. Possibilité est ainsi donnée à l’auditeur d’identifier et de reconnaître ce matériau de départ pour en repérer la réapparition récurrente, soit sous la même forme que la première fois, soit sous une forme détournée (retraité par l’électronique, par exemple) : les dérives du matériau finissent toujours par me ramener sur des éléments familiers. J’aime travailler la répétition, la remémoration, la réitération... Cette obsession de la « cellule » génératrice (et de ses dérives possibles) – que ce soit un motif, une suite de spectres ou une situation musicale plus complexe – me vient évidemment de l’enseignement structural mais aussi de compositeurs tels que Beethoven ou Richard Wagner. Ce dernier reste d’ailleurs l’un des compositeurs du passé qui m’inspirent le plus. »

Ce pattern unique, véritable Gestalt, sert ainsi de colonne vertébrale à la composition. Autour des larges situations musicales qu’il ordonne, s’agglutinent des gestes locaux qui réapparaissent dans les trois volets, le tout concourant à faire du cycle entier un gigantesque Thème et variations...

Dans la troisième partie, des matières apparaissent ainsi comme des « rémanences » de la première, des souvenirs et des images passés à travers le prisme du temps. Ces situations musicales resteront toujours identifiables, bien que déformées, inversées, étirées, compressées, réorchestrées, comme des thématiques articulant la forme. De fait, Tour à Tour III a été composée à partir de la partition de Tour à Tour I : « Écrire une pièce en comparant, pas à pas, avec ce qui a déjà été fait est un travail incroyablement pénible, avoue d’ailleurs Philippe Hurel : on perd un temps fou. Mais tout est récupéré, pas un élément n’est abandonné. »

La chronologie des commandes a voulu que Tour à Tour II, volet mitan avec électronique, soit le dernier réalisé – mais ces circonstances permettent au compositeur une astuce formelle « d’anticipation » : il extirpe de vastes blocs du troisième mouvement pour les varier, à l’aide de l’électronique, dans le deuxième...

J. S., programme ManiFeste-2015