Christophe Bertrand (1981-2010)

Haos (2003)

pour piano solo

  • Informations générales
    • Date de composition : 2003
    • Durée : 11 mn
    • Éditeur : Suvini Zerboni
    • Commande: Festival Rendez-vous Musique Nouvelle de Forbach
    • Dédicace : à Laurent Cabasso
Effectif détaillé
  • 1 piano

Information sur la création

  • 9 November 2003, France, Forbach, Festival Rendez-vous Musique Nouvelle, par Raoul Jehl.

Note de programme

« Plante des Îles Sandwich dont les fleurs sont blanches le matin, jaunes à midi, rouges le soir et mortes le lendemain » (Littré). Cette définition poétique épouse parfaitement le profil de cette pièce pour piano, dans laquelle l'idée de démultiplication (des figures, des vitesses, voire des mains du pianiste !) domine tout le long des trois sections qui la composent.

La première partie (saggio e con dolcezza), au champ harmonique très diatonique, consiste en la superposition de sons répétés à des périodes différentes (jusqu'à huit voix différentes), le tout nimbé de pédale, et où la sensation de pulsation n'est jamais perceptible. Le champ harmonique initial évolue constamment, malgré l'impression de répétitivité, de polarisation voire d'immobilité, et ce, par ajout ou suppression de sons, ou bien par glissement progressif, tout en suivant un phénomène d'accélération, de resserrement (toujours sans ressentir la pulsation pourtant toujours la même).

La seconde partie, extrêmement virtuose (Veloce, sempre molto ritmato) consiste bel et bien en un dédoublement des motifs musicaux : les deux mains du pianiste jouent des gammes rapides, d'abord courtes et fragmentées, créant par là des rythmiques presque jazzy, puis de plus en plus régulières et lisses, jusqu'à foisonner en donnant l'impression à la fois d'un surplace et d'une ascension continue. Le même principe est ensuite appliqué à une section d'arpèges descendants (Vivo, molto rimbalzando), cette fois plus rythmiques et entrecoupés de nombreux accents, qui débouche sur un immense crescendo : des aigus de plus en plus rapides et martelés (composés de patterns de longueurs différentes et d'accentuations asynchrones), sous-tendus par des figures rythmiques et une harmonie très influencées par le jazz ; le champ harmonique décliné ici est finalement brouillé par un la grave, cette même note qui plus tard donnera tout son sens à de volubiles aigus.

Après une transition évoquant la superposition de différentes vitesses du début, commence une section d'abord éthérée et suspendue (rythmiquement plus libre : vitesses variables, motifs presto possibile, etc.) puis de plus en plus virtuose (virtuoso, sempre più frenetico) : le champ harmonique de cette section, sans cesse polarisé, se développant vers le grave ou se rétrécissant vers les aigus, est soudain mis en lumière par le même la grave que précédemment, et lui confère une couleur quasi harmonique. Puis les arpèges s'égrènent de façon de plus en plus déchirée et ralentie presque jusqu'à l'arrêt, avec cette fois-ci des valeurs rythmiques complexes générant une instabilité et une grande tension, grimpant une dernière fois vers l'extrême aigu, pour finalement s'échouer avec une violence inattendue, celle de la répétition d'une seule note, isolée, dans la nuance "ffff estremo".

Christophe Bertrand