Christophe Bertrand (1981-2010)

Iôa (2003)

pour chœur de femmes à huit voix

  • Informations générales
    • Date de composition : 2003
    • Durée : 03 mn
    • Éditeur : partition retirée du catalogue
    • Dédicace : à Catherine Bolzinger
Effectif détaillé
  • chœur de femmes à 8 voix

Information sur la création

  • Date : 23 May 2003
    Lieu :

    France, Strasbourg, Palais du Rhin


    Interprètes :

    l'ensemble vocal féminin du conservatoire de Strasbourg, direction : Catherine Bolzinger.

Note de programme

Iôa a été composé à la demande de Catherine Bolzinger à qui la pièce est dédiée et qui en a assuré la création avec l'Ensemble Vocal Féminin du conservatoire de Strasbourg. Il s'agit d'une pièce très courte basée sur les rituels magiques. Les invocations sont d'ordre érotique : ont ainsi été choisis des poèmes extrêmement morcelés de Sapphô (dont la version traduite en français a été délibérément choisie pour son caractère étrange et difficilement classifiable, notamment au nouveau de la datation), des extraits de textes très « universitaires » décrivant le déroulement habituel desdits rituels, ainsi que des formules magiques déchiffrées sur des papyrus. Iôa est donc un rituel imaginaire, inspiré des atmosphères quasi oniriques des incantations et invocations divines, ainsi que des états de transe et d'extase qui accompagnent ses protagonistes. Certaines musiques me viennent à l'esprit quand j'évoque ces phénomènes, comme de nombreuses cérémonies africaines, voire les mélismes d'un Nusrat Fathé Ali Khan ou plus indirectement les longs ragas indiens.

Musicalement, la pièce est un unique crescendo dynamique et rythmique (sans que l'on sente de pulsation toutefois), ce qui est le trajet commun d'un rituel : les incantations formulées par la foule accompagnées de percussions qui rythment le rituel (ici les crotales sont discrets et ont une fonction métaphorique), la répétition obstinée qui génère la transe, et enfin l'acmé suivie de l'extase, sont autant de caractéristiques qui ont leur place dans Iôa. De plus une large gamme de traitement de la voix est employée : de la voix chantée (sans aucun vibrato !) à la voix parlée, en passant par les transformations de voyelles et les bruits « parasites » (voix chuchotée).


  1. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  2. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  3. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  4. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  5. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  6. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  7. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  8. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  9. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  10. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Christophe Bertrand