Fabien Lévy (1968)

Les murmures d'une orchidée solitaire (2004)

pour cithares chinoises, flûtes chinoise, claviers, harpe, violon et violoncelle

  • Informations générales
    • Date de composition : 2004
    • Durée : 12 mn
    • Éditeur : Billaudot, Paris
    • Commande: Ensemble l'Itinéraire et l'ensemble chinois Fleur de Prunus
Effectif détaillé
  • 2 cithare [chinoises] , sheng - shô - orgue à bouche [Sheng, flute Xiao, ocarina] , orgue électrique [Hammond] (aussi célesta), harpe, violon, violoncelle

Information sur la création

  • 4 May 2004, Paris, Cité Universitaire, Concerts Réplique, par l'Itinéraire et l'ensemble chinois Fleur de Prunus : Yang Lining : qin 1, Luca Bonvini : qin 2, François Picard : ocarina, flûte xiao et orgue à bouche sheng, Virginie Tarrête : harpe, Fuminori Tanada : orgue hammond et celesta, Florian Lauridon : violoncelle, direction : Mark Foster.

Note de programme

À la clôture de l'écriture et de la perception. Ce qui m'a fasciné dans le répertoire de la cithare chinoise Guqin, et plus généralement dans de nombreux répertoires savants d'Asie de l'est et du sud-est, c'est la subtilité du matériau sonore. Dans ce répertoire écrit, on ne note pas seulement les hauteurs, mais aussi et surtout le mouvement par lequel la main gauche atteint le blason d'une corde puis entretient la résonance et les nombreux vibratos, et par quel doigté, quel mouvement des doigts, quelle position, quelle image poétique, la main droite pince, frôle et attaque la corde. En d'autres termes, le compositeur compose d'emblée la subtilité et la complexité de chaque son.

À l'inverse, en occident, partant d'une pensée cartésienne et simplifiée de la note réduite en un alphabet discret et fini de hauteurs, de durée et de nuances, la complexité d'une musique se construit souvent non par le choix d'un matériau de base riche et unique mais par la combinatoire et l'accumulation de notes élémentaires. Pour offrir une métaphore, le compositeur occidental est un peu comme un menuisier qui, admirant la complexité et la subtilité des formes d'un arbre, le transforme d'abord en planches carrées élémentaires, vocabulaire basique et général, puis agence, combine et accumule ces planches pour obtenir des formes plus complexes. Pour chacune de ces cultures, il s'agit donc de deux façons d'écrire et de penser la musique, mais aussi de deux types de la percevoir : s'il veut saisir la subtilité de chaque son du Guqin, l'auditeur occidental doit tendre l'oreille et développer une véritable éthique de l'écoute à laquelle il n'est pas toujours habitué.

Dans cette création, je me suis amusé à développer et confronter ces deux plans d'écoute : une subtilité à l'intérieur de chaque son et une subtilité par accumulation, afin que l'oreille de l'auditeur se perde entre l'écoute de la surface en vibration et l'écoute de ses détails. J'ai également tenté d'éviter, dans cette pièce, tout folklorisme, bien que chaque style soit fortement contraint par son écriture et les conventions d'interprétation des musiciens : les musiciens de tradition chinoise ne sont par exemple pas habitués à lire une partition occidentale complexe, à suivre les départs et les tempi d'un chef ou à s'insérer dans une polyphonie ; autre contrainte, leurs instruments sont de nature pentatonique, et d'intensité faible, ce qui connote rapidement une musique ; les musiciens de tradition occidentale sont eux peu habitués à attaquer et entretenir des sons de façon diverse et précise, ou à suivre les autres musiciens dans un tempo subjectif et contextualisé. Malgré ces contraintes fortes d'écriture et d'interprétation, j'ai préféré revenir aux essences musicales de chacune de ces musiques, ne « sonner » ni « chinois », ni « français », ni « contemporain », ni « traditionnel », mais plutôt poser musicalement une question et reculer un peu plus la clôture de l'écriture et de la perception.

Fabien Levy.