Marco Antonio Suárez-Cifuentes (1974)

Poetry for // dark -/ dolls (2008)

pour soprano, ensemble et électronique

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 2008
    • Durée : 40 mn about
    • Éditeur : Inédit
Effectif détaillé
  • 1 soprano solo, 1 flûte, 1 clarinette basse, 1 violon, 1 violoncelle, 1 contrebasse

Information sur la création

  • 10 January 2009, Paris, Ircam, Espace de projection, concert Cursus II, par Valérie Philippin : soprano, Emmanuelle Ophèle : flûte, Alain Billard : clarinette basse, Jeanne-Marie Conquer : violon, Eric-Maria Couturier : violoncelle, Nicolas Crosse : contrebasse, Jean-Michaël Lavoie : direction.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam, Cursus II composition et informatique musicale.
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Marco Antonio Suárez-Cifuentes, Robin Meier (encadrement pédagogique)
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié

Note de programme
Poetry for//dark-/dolls est une performance à deux faces, mettant en présence deux mondes isolés et interdépendants et formant un tout insaisissable depuis un seul point de vue — d’écoute.

L’espace de diffusion et le lieu de construction de la fiction musicale se situent au sein d’un dispositif multi­canal, où une expérience perceptive jouant sur le manque et la complémen­tarité est proposée.

En découle la conscience de l’existence d’un autre monde ; l’appréhension d’un tout offert au spectateur, et l’usage de la mémoire pour recomposer ce tout.

La salle de spectacle est divisée pour y faire cohabiter deux espaces de diffusion partiellement perméables. Dans la zone A se trouve un ensemble instrumental, dans la zone B, une chanteuse soprano. Le son de chaque zone est transformé et diffusé en temps réel de l’autre côté.

La même performance sera jouée deux fois de suite. Pendant la pause, le public changera de zone de diffusion, de la zone A à la zone B ou inversement.
Ce changement de point de vue et d’écoute, ainsi que la dissociation des deux espaces, ont pour objectif de sti­muler la mémoire du spectateur afin d’en faire le lieu de résonance et de connexion des événements.

Les relations sont multiples ; pendant l’écriture de cette pièce, il a été très important pour moi de trouver des analogies instrumentales entre les deux zones d’écoute. Ce travail à été possible grâce à une étroite collaboration avec les interprètes de l’œuvre.

Valérie Philippin et moi-même avons mené une recherche approfondie sur les différents types de distorsion obtenus par des modifications extrêmes des modes de vibration des cordes vocales. Nous avons finalement défini un langage pour l’écriture détaillée.

Ma collaboration avec le contrebassiste Nicolas Crosse a apporté à mon écriture des éléments fondamentaux depuis la réalisation de Máquina Mística en 2007. Ici, ce langage a évolué vers la formali­sation de modes de jeux analogues aux qualités acoustiques de la parole.

Les musiciens de l’Ensemble intercontem­porain ont également été très engagés dans ce projet et ont apporté une dynamique de travail et des conseils importants pour l’écriture instrumentale. Le texte utilisé dans certains passages de la partie vocale est extrait de deux fragments du poème Noir de Christophe Tarkos. Ce poème est écrit en un paragraphe de trente pages dans lesquelles les mots sont séparés uniquement par des virgules. Ceci forme un flux continu autour du mot « noir ».
À l’origine, je voulais simplement souli­gner certains passages de mon projet en utilisant la parole et des mots qui mar­queraient la mémoire du spectateur en l’aidant à confronter les deux versions de l’œuvre. Cette idée a évolué vers une recomposition des structures phonétiques primaires du poème en créant un effet proche de la synthèse granulaire.

La voix parlée reprend des passages originaux du texte de Tarkos et offre une force particulière qui s’intègre à la la performance, la voix, l’ensemble, les espaces acoustiques et le public.

La pièce est centrée sur la perception acoustique liée au dispositif spatial ; j’ai cherché à trouver des moyens efficaces de rendre possible la dissociation de la perception. Deux phénomènes m’ont particulièrement intéressé et ont été à l’origine de mes recherches : le masquage acoustique et la délocalisation des sources.

Dans le cadre de la formation spécialisée en composition recherche et nouvelles technologies, j’ai trouvé les réponses nécessaires à la réalisation de ce projet.

Poetry for//dark-/dolls
utilise un outil informatique d’analyse-synthèse en temps réel conçu et développé avec Norbert Schnell et réalisé avec FTM-Gabor. Le rôle de ce dispositif est de trouver la meilleure correspondance entre le coefficient spectral d’un son source à un instant donné et une base de données créée et enregistrée à des moments choisis de l’œuvre. Cette tech­nique à été très utile dans la formalisation des effets de masquage acoustique et une grande source d’inspiration pour l’écriture des parties instrumentales.

Je suis très reconnaissant des contri­butions de Grégoire Carpentier et de l’équipe d’orchestration, de Diemo Schwarz avec CataRT et d’Olivier Warusfel qui a proposé la disposition acoustique de la salle comme solution aux besoins du projet.

Le projet a été réalisé avec l’aide et le soutien de Robin Meier, Éric Daubresse, Cyril Béros, Mikhail Malt, Emmanuel Jourdan, Jean Lochard et Yan Maresz.

Marco Suárez Cifuentes, programme de la création.

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