Lorenzo Pagliei (1972)

L'Apparente (2008)

pour un percussionniste/mime, deux percussionnistes d'objets, violoncelle, trompette et dispositif électronique live

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 2008
    • Durée : 23 minutes
    • Éditeur : Suvini Zerboni, Milan
    • Commande: Ircam, projet Cursus 2
    • Dédicace : à Carlo Enzo K.S. Caselegno
Effectif détaillé
  • percussionniste (aussi mime), 2 percussionniste, trompette, violoncelle

Information sur la création

  • 22 October 2008, Paris, Ircam, Espace de Projection, par Florent Jodelet : percussion/mime, Benjamin Huyghe, Hervé Trovel : percussions, Jean Bollinger : trompette, Alexis Descharmes : violoncelle.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Jean Lochard (encadrement pédagogique)
Dispositif électronique : temps réel

Observations

Vidéo sur YouTube (lien vérifié en février 2013).

Note de programme

L’idée centrale de cette œuvre est le rapport et la distance entre geste et son, expérimentée en utilisant trois types différents de corps de production sonore : deux instruments acoustiques (trompette et violoncelle) ; deux plaques en bois amplifiées sur lesquelles deux percussionnistes produisent des sons de différentes façons avec les mains ou à l’aide d’objets de matériaux divers ; un mime qui n’utilise aucun corps résonnant physique mais exclusivement ses mains dans l’espace qui l’entoure. À l’aide de deux capteurs sans fils, conçus à l’Ircam, il synthétise les sons et les modifie en temps réel.

Chaque type d’instrument adopte des relations particulières « geste – son » : les instruments traditionnels explorent une palette de gestes culturels connus, dont les conséquences sont amplifiées par l’utilisation de l’électronique. Les deux percussionnistes approchent le son de façon plus intuitive et primitive parce que sans appuis culturels ; ils réalisent plusieurs types de mise en vibration (percussion, frottement, rebondissement, etc.). Enfin, le « percussionniste – mime » n’a pas de rapport tactile avec un objet. Ses gestes appartiennent au domaine scénique et esthétique.

Les gestes dans l’Apparente peuvent être « fonctionnels », s’ils produisent directement le son, ou bien « esthétiques », s’ils ont uniquement une valeur en tant que geste, s’adressant ainsi au regard de l’auditeur : certains gestes sont symboliques ou suggèrent des associations. Tracer une ligne peut devenir caresse ou écriture ou peinture, selon la position des doigts. La main peut devenir flèche ou archet ou marionnette ou bouche. Cette œuvre est donc une sorte de « théâtre de gestes ».

Les mouvements du mime et le son des instrumentistes mettent en vibration des instruments virtuels en temps réel. Ces instruments simulent des corps vibrants de plusieurs dimensions et matériaux. Ils réalisent un orchestre de matériaux qui élargit les archétypes instrumentaux de l’ensemble utilisé : corde, plaque et tuyau. Toutefois, à la différence des instruments réels, les instruments virtuels peuvent modifier leur type de matériau, même au cours de leur mise en vibration.

La synthèse d’instruments virtuels en temps réel est une situation très expérimentale et risquée, possible seulement ces dernières années. Ce projet a pris en charge, sans aucun compromis ni artifice, tous les risques de cette situation car elle permet d’atteindre un lien direct entre l’instrumentiste et le monde de l’électronique. En fait, l’utopie de cette œuvre est de recréer une situation de musique de chambre entre les instrumentistes et surtout entre instrumentistes et électronique. En collaborant à plusieurs à la production des sons électroniques, les musiciens sont obligés de s’écouter entre eux, d’écouter la conséquence électronique de leurs actions et d’utiliser leur sensibilité musicale en rapport aux moyens électroacoustiques.

Lorenzo Pagliei.