Pedro Amaral (1972)

Organa (2001)

pour ensemble

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 2001
    • Durée : 15 mn
    • Éditeur : Inédit
    • Commande: « Porto 2001 - Capitale Européenne de la Culture » et Festival Musica Viva.
    • Dédicace : à Peter Eötvös
Effectif détaillé
  • flûte, hautbois, clarinette, percussionniste, piano, violon, alto, violoncelle

Information sur la création

  • Date : 6 April 2001
    Lieu :

    Portugal, Porto, festival Musica Viva


    Interprètes :

    l'Ensemble Recherche, direction : Johannes Kalitzke.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam
Dispositif électronique : temps réel (ad lib.)

Note de programme

« Ici, les sonorités sont généreuses (...). L'œuvre s'impose par une couleur unique chatoyante et par un goût pour le travail raffiné du timbre. La transparence des alliages se conjugue avec une magnifique solennité. » Alain Bioteau,
 Festival Ebruitez-vous!
 (Rennes, octobre 2006).

L'organum, en tant que forme musicale, correspond aux premiers pas de notre histoire dans le domaine de l'écriture polyphonique. D'une voix principale, héritée du chant grégorien, était dérivée une voix secondaire, les deux devant avoir en commun les mêmes notes initiales et finales, développant leur corps à travers un parallélisme plus ou moins strict, selon un certain nombre d'intervalles considérés, à l'époque, comme des consonances.

Ce passage de l'homophonie à la polyphonie, qui constitue probablement la métamorphose la plus profonde jamais opérée dans la pensée musicale, parallèle, dans le domaine de l'architecture, au passage du Romain au Gothique, est la projection d'une métamorphose plus ample, embrassant la culture occidentale dans toute sa profondeur : la séparation de l'art et du culte. La musique n'a plus comme fonction première la glorification de la divinité : elle se tourne sur elle-même et se manifeste comme étant le développement d'une logique et d'une spéculation purement esthétiques. Cette (re-) naissance de l'art correspond au début d'un cycle qui dure depuis à peu près mille ans et qui constitue le berceau même de notre civilisation musicale.

Ces deux idées — l'idée formelle de deux voix qui commencent et terminent sur le même point, tout en parcourant des chemins divers quoique souvent parallèles ; et l'idée philosophique d'un état primitif dans lequel l'art n'a pas encore cessé d'être rituel tout en apportant en soi le germe qui l'élèvera à l'état de pure spéculation poétique — ces deux idée sous-jacentes, pour moi, au concept même d'organum, ont marquée de façons très diverses la composition de cette pièce. Si, d'une part, tout le parcours à travers le temps correspond à une trajectoire de l'intériorité vers l'extériorité, d'autre part, le développement polyphonique, depuis les diaphonies les plus simples jusqu'aux canons les plus extravagants, toujours en contrepoint rigoureux, n'obéit pas à une quelconque chronologie historique dont il semblerait trop primaire de reproduire l'évolution. Seulement, par l'ironie du destin (ou celle du compositeur), la polyphonie n'apparaît jamais d'une manière tout à fait explicite, servant uniquement comme point de départ et structure de base à l'édification du discours.

Organa constitue une commande de Porto 2001 Capitale Européenne de la Culture / Festival Música Viva en collaboration avec l'Ircam, où fut réalisée la spatialisation en temps réel ad libitum.


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  5. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  6. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  7. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  8. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Pedro Amaral.